Comment choisir ses livres?

Samedi soir, une de mes (meilleures) copines m’a demandé comment je faisais pour choisir mes livres. Alors, face à mon verre de vin blanc, je me suis rendu compte que ce qui me semble tout à fait naturel depuis des années, non seulement ne l’était pas au début mais surtout que, finalement, ce processus de choix n’a rien de simple. On pourrait presque parler de « système de choix » (ça fait très chic en plus).

En fait, quand j’écris « système », ce que je veux dire c’est que « ça dépend ».
Il y a d’abord les livres que je repère en amont. Généralement ce sont les livres que j’ai le plus envie de lire et que je lis le plus vite. Comprendre : ce sont ceux qui passent le moins de temps sur la pile de livres en attente et ce sont aussi ceux qui, au départ, ont le moins de chance de finir leur vie sur les étagères de Gibert ou, pire, BookOff – mais un malheur peut arriver.

Exemple malheureux : il y a 7-8 ans, je regardais régulièrement l’émission « ça balance à Paris » sur Paris Première. A l’époque, c’était Pierre Lescure qui présentait et j’aimais bien. Toujours est-il que suite à deux émissions plus ou moins consécutives où les titres avaient été loués, j’ai acheté deux livres : Un très grand amour, de Franz-Olivier Giesbert et Le Système Victoria d’Eric Reinhardt. J’étais étudiante à l’époque et deux grands formats, ça vous fait dans les 40 euros, c’est quand même pas rien. Bref. Le premier m’est tombé des mains, je me souviens l’avoir trouvé déshonorant. Je n’avais jamais rien lu de FOG, je n’ai plus jamais rien lu de lui depuis et je pense m’en tenir là. En ce qui concerne le second, je vais être un peu plus longue. J’avais lu Le Système Victoria jusqu’au bout mais il m’avait posé un réel problème de morale. Je m’explique. En gros, Eric Reinhardt fait se rencontrer une DRH sans pitié et un directeur de travaux parti de rien. Tout le roman est construit comme ça sur un enfilage de clichés : le monde extérieur est réduit à un assemblage de clichés, le monde intérieur des personnages est cliché, leur psychologie est cliché, leur histoire… Bon, vous avez compris. J’ai revendu tout de suite le FOG et j’ai quand même gardé Le Système Victoria… Je ne sais même pas pourquoi (peut-être parce qu’il y a « système » et « Victoria » dans le titre?) . En vrai, sans doute parce que sa lecture m’a marquée. Pas dans le bon sens en effet… Mais le premier livre que vous avez détesté, ce premier livre dont vous êtes capable d’expliquer pourquoi il vous a posé problème marque, il me semble, un tournant important dans la constitution de votre esprit critique de lecteur – c’est à partir du moment où vous pouvez mettre au point une réflexion construite sur les motifs de votre colère à l’égard d’un titre et/ou d’un auteur que vous pouvez faire confiance à votre jugement parce que ça veut simplement dire que vous ne lisez plus de façon passive. Vous vous êtes forgé une personnalité de lecteur, un « profil ». Et une fois que vous savez ce que vous aimez et ce que vous n’aimez pas, il est tout d’un coup beaucoup plus facile de choisir!

NB: je dis du mal de ces deux romans mais d’autres lecteurs les auront aimés, certains diront même peut-être que le FOG est un chef d’oeuvre et que je me trompe en réduisant le Reinhardt à un cliché. Je pense qu’il est très difficile (à quelques exceptions près) de rendre un avis objectif et immuable (les avis sur la littérature évoluent avec le temps et l’Histoire, Dieu merci! Sinon nous n’aurions jamais pu lire La Philosophie dans le boudoir – smiley avec des lunettes d’intello) sur tel livre ou tel auteur. Je peux développer ma réflexion sur les clichés chez Reinhardt, aussi étayée soit-elle, elle trouvera toujours des contradicteurs… et c’est heureux! La littérature est faite pour vivre, pour être aimée, détestée, critiquée, encensée… Il vaut juste mieux éviter de la brûler ou de la censurer. C’est généralement mauvais signe quand on commence à se réchauffer les fesses avec des pages de Rousseau.

Donc, pour en revenir à notre sujet, les livres que je « repère » sont ceux dont j’ai entendu parler d’une façon ou d’une autre.
Je peux par exemple avoir lu quelque chose dessus qui m’a donné envie de les lire (Le Despote-consommateur de Yves-Paul Robert, « Réflexions sur un monde de communications »).
Et puis il y a les listes des prix de la rentrée qui donnent une indication sur les titres qui se distinguent, mais il ne faut pas trop s’y fier non plus (L’Art de perdre d’Alice Zeniter qui attend sagement depuis des mois sur sa pile).
Lire les « critiques » de livre (dans la presse, sur les blogs, sur des sites…) reste une bonne façon de vous faire une idée, pour savoir si un titre peut vous plaire ou non. Car si on peut avoir des surprises (bonnes ou mauvaises) quand on ne connaît pas un auteur et son style, si le sujet vous parle c’est déjà pas mal.

Depuis quelque temps d’ailleurs je prends les petits cahiers de sélection des librairies. Je lis les avis des libraires et je fais parfois une première sélection en fonction (ça m’occupe un peu à la façon des listes de noël). Généralement, dans ces avis, différents libraires donnent une idée du sujet mais surtout de la façon dont celui-ci est traité. Ils disent surtout pourquoi ce livre leur a plu et avec un peu de chance, ça me parle.

Même si, ne nous leurrons pas, rien ne vaut le flanage physique dans les rayons. Et rien ne vaut non plus un bon libraire qui vous connaît et qui saura vous conseiller en vous indiquant tel ou tel livre qui, pense-t-il, devrait vous plaire. C’est donc là qu’intervient le choix spontané, celui qu’on fait sur place, quand un livre s’impose un peu par hasard, en tout cas sans qu’on l’ait prévu. Pour moi, dernièrement, ça a été un essai de Maurice Daumas, Qu’est-ce que la misogynie? et un autre d’Antoine Compagnon, Les chiffonniers de Paris. 

Ce qui nous amène à parler de la dialectique librairie-Amazon.
Je suis cliente d’Amazon et j’ai tendance à penser que nier le e-commerce c’est renier notre temps, refuser d’évoluer avec la société. Amazon a été pour moi une vraie révolution quand j’étais en fac de Lettres parce que je pouvais avoir un livre obscur (et indisponible en librairie) le lendemain de ma commande. Et j’avais souvent besoin d’avoir accès rapidement à un texte. Je travaillais sur mes propres livres de poche, je n’empruntais pas en bibliothèque car j’avais besoin de pouvoir annoter (au crayon papier, ne hurlez pas). Ensuite, il y a le fait que je pouvais trouver, sur Amazon, des livres épuisés ou des thèses pointues que je ne trouvais plus nulle part ailleurs (parfois même plus chez l’éditeur, ni en bibliothèque).
Mais pour être honnête, depuis que j’ai fini mes études, je n’achète plus de livres sur Amazon. Mon usage du site marchand se résume à l’achat de DVD en import (« The Affair season 3″ que j’ai essayé de regarder en streaming mais je n’ai pas la patience pour attendre 3 secondes que la pub s’en aille etc.) et des jouets que le magasin de jouets n’a pas et qui mettraient trop de temps à arriver si je les commandais auprès du magasin. Je préfère donc acheter mes livres en librairie, surtout parce que je trouve parfois des titres étonnants et dont je ne soupçonnais pas l’existence avant de passer le pas de la boutique.
Mais, encore une fois, j’habite à Paris, c’est facile pour moi de vanter les commerces de proximité avec trois librairies différentes dans un rayon de 5 minutes à pieds, au moins 3 cavistes (poke Nora Hamzawi), 2 magasins de jouets…
Quand je me retrouve chez mes grands-parents, sur leur île de Bretagne, je suis bien contente qu’Amazon existe. Parce que le seul endroit où vous pouvez acheter des livres, c’est la maison de la presse (et le choix est, comment dire, exotique). La librairie de l’île a fermé il y a plusieurs années et personne ne l’a reprise. Je ne pense pas que ç’ait été une affaire très rentable en hiver…
Ma théorie, c’est que les gens qui avaient l’habitude d’aller en librairie et qui aiment ça continueront de le faire. Amazon c’est pratique mais ça n’est pas vraiment source de plaisir et puis il faut vraiment savoir ce que vous allez y chercher (les conseils à partir de vos achats précédents sont généralement assez nazes).

Enfin, je terminerais avec le dernier type de livres que je lis : ceux qui me sont offerts. Là, c’est plus hétérogène… Certaines personnes me connaissent bien et me font donc toujours plaisir (cf. Le fight club féministe, de Jessica Bennett offert par un collègue qui s’avère être aussi le papa de ma super copine) et puis il y a les gens qu’on ne connaît pas très bien et qui se risquent à vous offrir un livre. Et là, ça fait généralement assez mal. Pourtant ces gens-là se disent sans doute : « oh après tout, tu sais quoi, on va lui offrir un livre, on prend pas de risque! » ERREUR! Offrir un livre c’est prendre un risque, le risque suprême! (ok j’exagère un peu) Parce que le livre que ces gens-là vous offrent, il reflète l’image que ces gens-là ont de vous justement (et comment vous dire, ce n’est jamais très juste ni très flatteur).
Mais en vrai, plus personne ne m’offre de livres à part mon mec, le papa de ma copine et les gens à qui je donne des conseils en amont. Tous les autres ont d’ailleurs arrêté de me faire des cadeaux tout court, je me demande bien pourquoi…

Review #6 / « Heather, par-dessus tout » de Matthew Weiner

« Je me suis dit que tu allais aimer, c’est le créateur de Mad Men« .

C’est ce qu’on m’a dit quand on m’a présenté Heather par-dessus tout de Matthew Weiner. C’est vrai, j’aime beaucoup la série même si je n’en ai vu que les premières saisons. Mais ce qui est rigolo dans l’affaire, c’est que du coup j’ai regardé le livre comme quelque chose de très différent de ce qu’il est en réalité.

Ce phénomène a tout à voir avec « l’horizon d’attente », un concept sociologique appliqué à la littérature par un mouvement critique qu’on a appelé « l’Ecole de la réception » et qui explique, en gros, que quand on lit un livre, on arrive avec son bagage personnel. Ce qui veut dire que nous, lecteurs, influençons ce que nous lisons par notre subjectivité.
Exemple: on me présente le récit comme un roman donc je pars du principe que je vais lire de la fiction, quelque chose qui a été inventé par l’auteur (c’est un peu le problème pour des livres comme La Disparition de Josef Mengele, d’Olivier Guez, qui est estampillé roman alors que les trois quarts sont un compte-rendu de recherches).
Dans le cas présent, on me dit que l’auteur est le même que celui qui a créé Mad Men donc je me dis que je vais lire un récit qui se situe dans les années 60 avec des femmes dactylo et des hommes publicitaires qui les méprisent plus ou moins. Je m’attends à une intrigue qui touche le couple, la société et ainsi de suite.

Or Heather par-dessus tout est l’histoire d’un père dans le New York d’aujourd’hui. Un homme qui n’a rien à voir avec Don Draper, et qui veut à tout prix protéger sa fille. Mais je ne vais pas mentir, le couple passe bien à la casserole, il est « égratigné » comme l’indique très justement la 4e de couverture et il est le terreau même du drame.

Sans spoiler, je peux quand même résumer : Heather est la fille de Mark et Karen, un couple tardif qui a vécu sa naissance comme un miracle. Karen a cessé d’exister, elle ne vit plus que pour sa fille qu’elle ne lâche pas d’une semelle. Mark, quant à lui, est un homme plutôt médiocre mais qui, étonnamment, réussit dans la finance (il en est le premier étonné). Sans plaisir aucun, il voit sa femme s’éloigner de lui et éloigner de lui, du même coup, la petite Heather. La famille vit confortablement dans le New York des riches, même si le couple est perpétuellement au bord de l’implosion. Puis Heather grandit, sa mère ne peut plus la suivre à la trace. Et c’est là que Bobby entre en scène : petit génie élevé par une mère célibataire toxicomane, l’enfant devient vite un ado délinquant dont le fantasme suprême est le viol suivi de meurtre.
Les trajectoires de ces deux personnages aux antipodes se rencontrent quand Bobby trouve un job sur le chantier du ravalement de l’immeuble de Heather. Il se met à l’épier et ses fantasmes le submergent peu à peu. Mark, qui comprend le drame qui sourd, va tout faire pour l’empêcher, sans aucun secours d’une Karen complètement aveugle.

Si vous voulez savoir si le père réussira à sauver sa fille, achetez, empruntez ou faites-vous offrir le livre (un charmant petit format chez Gallimard). Moi j’ai adoré!

Heather par-dessus tout, roman de Matthew Weiner
Gallimard, 135 pages,
14,50 euros
Paru le 2 novembre 2017

« Aimez-vous lire? »

« Aimez-vous lire? », sujet de rédac’ proposé par ma prof de français de 4e avant les vacances de la Toussaint. Je devais avoir quoi, 13 ou 14 ans et je n’aimais pas lire. Mais c’était aussi l’époque où tout le monde s’en foutait, on parlait de tout sauf de littérature dans la cour de récré, donc c’était pas grave. Et puis je n’étais pas « populaire » alors que j’aime lire ou non, ça n’allait pas changer la face du monde prépubère.
Quand je suis rentrée chez moi, après le collège ce jour-là, j’ai demandé à ma mère si je pouvais répondre franchement à la question qui m’était posée.
Etait-il acceptable de construire ma rédaction de français (qui allait être notée, on est en France les gars) sur un postulat anticlérical?
Etant donné que je ne me souviens plus de ce que ma mère m’a répondu, je vais énoncer les deux seules réponses qu’elle peut vraisemblablement m’avoir données : 1) oui (« il faut être honnête dans la vie » même si ça plombe ta moyenne générale) 2) Non (« La réponse est dans la question, enfin » levée d’yeux au ciel – si vous lisez ce post à voix haute précisez bien que je n’ai pas écrit « levez Dieu au ciel »).

Toujours est-il que j’ai hésité tout le long des vacances (comme je ne lisais pas, j’avais pas mal de temps pour me prendre la tête avec ce genre de trucs).
Devais-je avouer que je n’aimais pas lire ou devais-je mentir? Dans les deux cas je pouvais pondre le texte de l’année mais la deuxième solution était plus sûre, moins risquée. Je ne savais pas si répondre non à la question « aimez-vous lire? » vous enlevait d’office des points. J’avais peur de tomber dans un piège. Et comme je réfléchissais beaucoup à la question, j’ai fini par devenir complètement paranoïaque et par me dire, donc, que « si ça se trouve, elle me la fait à l’envers et elle me donnera une note encore meilleure si j’arrive à étayer mon raisonnement » comprendre: à expliquer qu’on pouvait ne pas aimer lire sans pour autant être un déchet.

Parce que quelques semaines plus tôt, on avait dû lire Dora Bruder de Patrick Modiano. J’avais beaucoup aimé (spoiler : je vais expliquer après pourquoi je pensais « ne pas aimer lire » alors qu’en fait j’adorais ça) mais un garçon de ma classe (un mec « pas populaire ») avait dit qu’il avait détesté parce qu’il n’y avait pas d’histoire. Bon, aujourd’hui je peux expliquer que c’était juste une erreur de vocable, que ce qu’il voulait dire par là c’était qu’il n’y avait pas d’ « action » mais sur le coup j’ai été interpellée parce que j’étais un peu d’accord. Et puis une fille de ma classe qui était comédienne (ce qui lui attirait un certain respect) avait explosé : « si tu cherches des histoires, tu n’as qu’à lire J’aime lire« . Sur le coup j’ai pris l’attaque pour moi. Je me suis dit que, mince, en fait si on cherchait de l’action dans les livres c’est qu’on était un enfant, qu’on était retardé quoi.
Tout ça pour expliquer pourquoi j’ai tant hésité à expliquer pourquoi je n’aimais pas lire. Et surtout pourquoi je pensais ne pas aimer lire. Parce que moi je cherchais bien des histoires dans ce que je lisais, j’aimais bien qu’il y ait un peu d’action même.

J’ai finalement écrit que je n’aimais pas lire parce que j’avais l’impression que ça me coupait du monde. Et je ne savais pas, en l’écrivant, que c’était la raison précise pour laquelle j’allais adorer ça. Le premier symptôme de la bibliophilie.
Car j’ai souvent constaté que les gens qui n’aiment pas vraiment la lecture ont du mal à rentrer dans un livre, à intégrer un récit à leur corps défendant. Certains lisent sans aimer ça, se forcent un peu parce qu’il est culturellement admis que « lire c’est chic » ou parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire à un moment de leur vie.
Je vais prendre là l’exemple de mon frère qui s’est mis à lire vraiment cet été, dévorant plus de polars en un mois qu’il n’avait lu de livres en 25 ans. Il disait toujours « je ne suis pas un lecteur », il disait que le seul livre qu’il avait lu c’était Harry Potter. Il oubliait juste de préciser qu’il avait lu toute la série en français puis en anglais au moins trois fois. Mais il était admis qu’il n’était « pas un lecteur » puisqu’il n’avait lu « que » ça et ne passait pas sa vie avec un livre dans les mains. (Denis Podalydès, qui claironne qu’il ne lâche jamais ses livres, qu’il lit même en arpentant les couloirs du métro (impossible, j’ai testé et vous finissez toujours par rentrer dans quelqu’un ou dévaler un escalier sur les fesses) ou en achetant sa baguette, a fait beaucoup de mal à la littérature et aux lecteurs.)

On dit que c’est l’occasion qui fait le larron. Appliqué à la littérature ça donnerait : c’est le livre qui fait le lecteur. L’inverse est vrai aussi (cf. Ecole de la réception).

Quand il m’a fallu écrire cette rédaction, donc, j’ai expliqué pourquoi je ne voulais pas me couper de la vie. Je passais mes vacances chez ma grand-mère que j’adorais et je voulais savourer chaque seconde passée en sa compagnie. Ma grand-mère était elle-même une grande lectrice et je n’avais pas idée à l’époque que la lecture pourrait nous rapprocher encore un peu plus.

J’ai eu une des meilleures notes pour ce texte que j’ai écrit et que je n’ai pas gardé. Je regrette de ne pas pouvoir le relire aujourd’hui pour étayer un peu plus ma réflexion. Je suis sûre qu’il devait y avoir d’autres idées intéressantes sur la lecture et la possibilité ou non, pour l’adolescente que j’étais, de la concilier avec « la vie ».

Je vais finir avec la liste non exhaustive des livres que ma professeure m’a conseillé de lire après avoir lu ma rédaction (ce sont ceux dont je me souviens) et qui ont véritablement libéré la lectrice qui sommeillait en moi :

La Promesse de l’aube, Romain Gary
Le Père Goriot, Balzac
Manon Lescaut, Abbé Prevost
La Princesse de Clèves, Mme de Lafayette
La chambre des officiers, Marc Dugain
Un long dimanche de fiançailles, Sébastien Japrisot

Depuis cette courte liste, j’ai été transportée par de nombreux autres livres (romans, essais, biographies… je suis ouverte à toutes propositions littéraires) et si j’ai été insensible à certains, seule une dizaine de titres (en 15 ans c’est bien peu) m’a choquée par sa médiocrité ou sa mauvaise facture.

Le dernier livre qui m’a emportée et que je conseillerais aux lecteurs de plus de vingt ans (il n’y est pas question de pornographie, c’est juste qu’il me semble difficile à comprendre vraiment avant) est Bright Lights, Big City de Jay McInerney (qui est devenu un classique). Je l’ai lu en poche et en français parce que c’était la version que j’avais à ma disposition quand j’ai terminé LaLégende de Bruno et Adèle de Amir Gutfreund. J’avais envie d’un roman court et américain pour changer un peu d’air.

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ATTENTION ! Ne cherchez pas de résumé sur Internet, ça ne donne jamais envie, à se demander qui les écrit (les maisons d’édition concurrentes? – Non non, je n’adhère pas aux théories complotistes).

Les américains n’écrivent pas comme les autres, ils ont une énergie particulière dans la plume, ils parviennent à traduire une tension que les français échouent souvent à mettre par écrit (ou que nous échouons, nous lecteurs, à débusquer).
La langue y est pour quelque chose, le rythme même donne autre chose que ce à quoi nous sommes habitués.
Et c’est chez des auteurs comme Bret Easton Ellis et Jay McInerney, que cette nervosité se fait le plus palpable. Bright Lights, Big City agit comme un reportage : on suit un héros (qui n’a pas de nom) l’espace de quelques jours seulement. Il est correcteur-vérificateur au New Yorker, s’est fait larguer du jour au lendemain par son mannequin d’épouse, et souffre en somme de frustration aiguë. Il ne se sent pas à sa place, sous-employé par des supérieurs hiérarchiques médiocres et de mauvaise foi qui ne cherchent qu’à le coincer pour pouvoir le virer. Il aimerait écrire mais s’est vite découragé. Alors il fait la fête avec un ami, prend trop de drogue, boit trop…

Ce qui fonctionne, au-delà du rythme, c’est qu’on rentre dans sa peau. Et c’est probablement finalement à ça qu’on reconnaît un personnage et un texte réussis. Parce que quand on devient le personnage, on a bien du mal à le condamner. On a surtout du mal à le soupçonner et c’est ce qui fait la force et la violence des thrillers réussis qui nous exaltent. On en voudra un peu à l’auteur de nous avoir leurrés mais s’il est réussi, le twist final nous laissera cois et nous permettra de dire à nos amis « Achète-le, tu vas adorer ».

To be continued… 

Un peu de silence! (Et si on parlait de moi?)

J’ai deux enfants, un mari, un chat… et ce qui me manque le plus c’est le silence.

Le désordre, l’agitation, passent encore, mais ajoutez à ça le bruit incessant des gazouillis ajoutés aux tirs de pirate, avec Nick Cave en fond sonore, ponctué par les miaulements, le soir, quand on a une journée de travail dans la tête… ça fait beaucoup quand on aime le calme.

En vrai, quand j’écris ça je prends un raccourci erroné. Tous ces bruits que je viens de mentionner sont légitimes, ils ont leur raison. Moi-même d’ailleurs, de temps en temps, j’en fais, du bruit. Je crie parfois pour être obéie ou quand je suis vraiment en colère. Parfois je ris un peu fort (un peu gras aussi, paraît-il). Mais 90% du temps, je me classe plutôt dans la catégorie des silencieux ou des discrets, ceux qu’on aurait tendance à oublier. Quand j’atterris au bureau le matin, les gens ne m’entendent pas et s’inquiètent souvent, une heure après mon arrivée, de mon absence. D’ailleurs, ils sont toujours en train de se demander où je suis passée alors que je ne quitte mon bureau que pour sortir déjeuner ou fumer une cigarette juste en bas.

Les bruits du quotidien, ceux de la maison, sont en fait les seuls qui devraient être acceptables puisqu’ils sont les seuls qui nous sont directement destinés (enfin, en partie). Quand ma fille de 5 mois pleure, c’est qu’elle a faim, qu’elle est fatiguée, qu’elle a mal quelque part… c’est qu’elle a besoin que j’agisse, que je l’aide à accomplir les tâches qu’elle n’est pas elle-même en mesure d’accomplir.
Mon fils a besoin de mon attention, il veut que je m’intéresse à son jeu et j’en suis généralement heureuse. Le bruit qu’il fait dans son bain en simulant de terribles abordages au cours desquels nombre de Playmobils perdent la vie (ne vous inquiétez pas, ils ressuscitent toujours en un rien de temps) est signe de joie et me rassure (pas besoin de Prozac pour l’instant).
Mon chat, ce cancre félin, ne sait toujours pas ouvrir son sachet de pâtée, remplir son bol d’eau et renouveler ses réserves de croquettes (je vous épargne le sujet litière qui pue, je vous en prie) malgré mes encouragements répétés.
Et mon mec, eh bien mon mec est chez lui à la maison, il a envie d’écouter sa musique tranquille, c’est son silence à lui. Je ne devrais même pas remettre ça en question. Et pourtant je le fais, en moyenne un soir sur deux (le soir où je ne le fais pas c’est soit parce que je dors déjà, soit parce que j’aime bien la musique qu’il a choisie, pour une fois).

Ce qui est insupportable dans ces derniers bruits de la journée, ceux que je trouve en rentrant à la maison, c’est l’accumulation : ce gentil vacarme est insupportable parce qu’il a été précédé d’une dose intolérable de bruit qu’on n’a pas demandé et qui ne nous concerne pas, mais alors pas du tout, tout au long de la journée.

Exemple : Je ne téléphone pas dans le métro. Ca me semble normal: je ne veux pas que toute la rame partage ma vie (mon espace vital c’est déjà trop), mais surtout, je ne vois pas pourquoi je dérangerais les autres alors que dix minutes plus tard je serai dans la rue où je ne gênerai personne. Et il est vraiment très rare qu’une conversation téléphonique ne puisse pas attendre au moins une dizaine de minutes. Pourtant, tous les jours, matin et soir, au moins un de mes voisins de trajet me fait partager ses problèmes de boulot, son piètre coup d’un soir de la veille ou le suicide raté de son animal domestique.
En plus (ça c’est bonus), ces gens m’empêchent impunément de lire (la seule maigre satisfaction que je tire à prendre les transports en commun étant de pouvoir lire tranquille une petite heure dans la journée). Je ne comprendrai jamais pourquoi à chaque fois que quelqu’un veut passer un coup de fil dans le métro il se colle toujours à celui ou celle qui s’acharne à vouloir avancer dans sa lecture. C’est ce qui me les rend particulièrement impardonnables. Les gens qui lisent ne sont pas sourds.

Autre exemple : je ne crie pas dans les couloirs du bureau. Quand je cherche un(e) collègue, soit je l’appelle (le téléphone, dans un espace privé, peut être un allié du silence) soit je me déplace jusqu’à son bureau pour lui parler. Là où je travaille, ça crie dans tous les sens, toute la journée. Comme si leur vie dépendait de ces quelques secondes gagnées (qu’ils n’ont pas perdues à se déplacer donc).

Dernier exemple : il me semble que l’usage du klaxon est limité par la loi. A Paris, ça tut-tut dans tous les sens. Même moi, piétonne qui ne traverse que quand le petit bonhomme est vert et réprimande sévèrement mes amis qui traversent en dehors des clous (pourquoi risquer sa vie bêtement, je vous le demande), je me fais régulièrement klaxonnée. Je ne dois pas traverser assez vite, à moins que je sois daltonienne depuis que j’ai acquis l’usage de la marche sans jamais être diagnostiquée.

Bref, j’ai envie de hurler sur tous ces gens qui m’agressent à coup de bruit toute la sainte journée, mais même ça je ne le fais pas. Je reste calme, j’essaie de faire le vide. Je ne suis pas surhumaine, je ne suis pas sous anxiolitique et j’y arrive. Alors pourquoi pas le reste du monde? 

Ca fait des années que j’essaie d’en parler autour de moi mais je trouve peu de gens pour me comprendre. Il semble qu’on ne soit pas nombreux à passer à côté du plaisir du bruit.

Or il y a un mois ou deux, nous sommes partis tous les quatre (sans le chat, faut pas pousser) en Angleterre. Et comme toujours quand je me retrouve à l’étranger, dans un pays anglophone (je parle anglais couramment, je me dépatouille avec l’italien mais c’est tout), j’ai pris le temps de visiter les quelques librairies indépendantes qui se présentaient sur notre chemin.
J’ai rapporté quelques livres en soute parmi lesquels « Silence » de Erling Kagge. (Je ne mentionne que très brièvement le crève-cœur que c’est de devoir se limiter dans le nombre de livres que l’on rapporte)

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Je ne savais absolument pas de quoi il s’agissait mais le titre était fait pour attirer des idéalistes tels que moi. Je ne vais pas mentir, je suis aussi un peu superficielle, et j’ai été attirée par la beauté extérieure du livre (il n’y a pas que la beauté intérieure dans la vie), un petit format relié à couverture bleu nuit (qui ne rentre en fait pas du tout dans ma bibliothèque – il est beaucoup trop petit par rapport aux autres, c’est pas très joli au final, comme quoi la beauté est toujours affaire de contexte).

Erling Kagge est un explorateur norvégien qui a, une fois dans sa vie, passé 50 jours seul à parcourir l’Antarctique avec une radio cassée. Ça vous plante son homme. (Moi j’aimerais bien mais j’ose pas, j’ai peur d’avoir faim, d’avoir froid…)

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Dans la vie de tous les jours, il travaille dans l’édition, au milieu du tumulte que l’on connaît tous (surtout quand on habite une grande ville). Il a un téléphone portable, un ordinateur, des enfants, il conduit… il vit dans le bruit. Et il ne s’en plaint pas (contrairement à moi). Pour lui, ce vacarme est un fait qu’il faut accepter et avec lequel nous devons apprendre à vivre (à défaut de savoir vivre avec de façon innée).

Dans ce petit essai, il raconte comment ses explorations (surtout en solo), l’aident à faire une pause, et comment elles l’accompagnent au quotidien. Il décrit ses stratagèmes pour se couper (quelques minutes suffisent) du monde et se recentrer. Il explique comment trouver un équilibre.

Pour résumer, il redonne de l’espoir à ceux qui, comme moi, désespèrent de retrouver un peu de calme et de silence dans le brouhaha de la vie. Le dire est un cliché, l’écrire c’est encore pire mais… « ça fait du bien ! »

Review #4 / « L’Insouciance » de Karine Tuil

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Pour les personnages de Karine Tuil, l’insouciance n’est qu’une illusion passagère que la réalité, dans toute sa cruauté, corrige trop vite. Elle est comme un mauvais virus qui vous rend vulnérable pour le reste de votre vie. Comme cette hubris, cette faute originelle que les quatre protagonistes vont devoir payer de leur vie.

D’un côté, il y a Marion Decker, la journaliste-écrivain issue d’un milieu modeste, et Romain Roller, le militaire qui ne se retrouve plus dans la famille qu’il a laissée avant de partir pour l’Afghanistan. Leurs origines sociales les rassemblent. Quand ils se rencontrent pour la première fois, à Paphos, pendant les quelques jours de décompression prévus par l’armée dans un cinq étoiles où les touristes râlent parce qu’ils se retrouvent à côtoyer cette racaille de militaires qui n’a pas déboursé un centime, c’est comme s’ils se reconnaissaient.

Mais si Romain et ses hommes sont envoyés là c’est pour qu’une chose leur rentre dans ce crâne rasé de trop près : pas la peine d’aller raconter que l’embuscade dans laquelle ils sont tombés et qui a causé la mort de plusieurs d’entre eux est due à un dysfonctionnement en haut lieu. Romain est déjà (trop) loin de tout cela.

De l’autre côté de la barre, François Vély est bien ancré. Héritier et grand patron, lui qui n’a jamais connu que le luxe et la facilité se trouve soudain comme aspiré par les cercles de l’enfer. Alors qu’il annonce à son ex-femme qu’il s’apprête à épouser Marion (la même que celle dont Romain tombe amoureux), la première se défenestre, emportant avec elle les derniers vestiges de sympathie que les enfants portaient à leur père. Et comme un malheur ne vient jamais seul, François se trouve pris dans une tourmente médiatique, un bad buzz terrible. Un portrait de lui (totalement autorisé) paraît dans un journal qui n’a rien d’une feuille de choux : il est assis sur une œuvre d’art contemporaine représentant… une femme noire à quatre pattes. Si lui ne voit pas vraiment où est le problème, l’opinion publique s’emballe et il devient le symbole du riche colonisateur suprématiste. Pour couronner le tout, on ressort un vieux dossier : sa judéité. Car oui, Vély, c’est Lévy à l’envers.

Enfin, il y a Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens et éducateur de cité devenu conseiller d’un Président de la République qui ressemble beaucoup à un certain Nicolas. Osman a brûlé les étapes, quitte à être perçu, de temps à autres, comme un parvenu, un traître, par ceux qu’il épaulait dans sa jeunesse. Il n’a pas fait l’ENA, contrairement à sa compagne Sonia, métisse. Du jour au lendemain, Osman subit la disgrâce, voit son bureau vidé sans en être notifié. Il a refusé d’avaler son chapeau face à une remarque raciste (proférée par un nouvel arrivé au sein du gouvernement, catapulté qui rappelle terriblement Brice Hortefeux). En défendant François Vély, il va sauver sa peau. Mais en l’emmenant en mission avec lui au bout du monde, il va bouleverser le destin de chacun des protagonistes.

Loin du « sans saveur ni odeur » dont on a tendance à flanquer le roman français, le texte de Karine Tuil ressemble à un millefeuille : roman réaliste, fresque sociétale, analyse sociale, reportage… Tous ces genres se superposent pour donner, à la fin, un récit plein de saveurs et qu’on prend du temps à digérer.

L’Insouciance, roman de Karine Tuil

Ed. Gallimard, 528 pages

22 euros

Paru le 18 août 2016

Review #2 / « Comment tu parles de ton père » de Joann Sfar

9782226329776-j

Comme on dit qu’il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, il n’y a certainement pas plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Joann Sfar, père divorcé, est en vacances en Grèce avec ses enfants quand sa vue commence à se troubler. Le médecin (grec, donc) qu’il consulte lui prescrit un collyre bourré d’amphétamines qu’il finit par prendre et qui ne lui offre rien d’autre qu’un mauvais trip. Regrettant l’absence de sa fiancée qui, à défaut d’un remède, lui aurait sans doute apporté du réconfort, il commence à se creuser la caboche.

Le roman part de là, de cette soudaine et bien embêtante cécité. Le responsable, pour une fois, ne serait pas la mère mais le père. André Sfar, fraîchement disparu. Un père qui a élevé son fils seul, après la mort brutale de la mère. Alors que Joann n’était encore qu’un tout petit garçon.

Fils unique par la force des choses, le fils rêveur s’est accroché à son père, un peu mère juive et un peu macho en même temps. Les belles-mères défilaient, plus sexys les unes que les autres. Mais si André a eu du mal à trouver un nouvel ancrage amoureux, la disparition de sa femme l’a aussi, et paradoxalement, rendu pratiquant. Lui qui n’avait jamais été religieux se met tout à coup à pratiquer cette religion juive qu’il semblait avoir oubliée. Et aujourd’hui, sur Héraklion, Joann s’en veut d’avoir fui Nice, sa synagogue et la promesse que son père lui avait soutirée : « ne pas louper un office pendant l’année qui suit sa mort ».

Comme tout enfant se sentant coupable vis-à-vis de ses parents, le dessinateur/scénariste/réalisateur se livre à une introspection compensatoire. Son père n’était pas blanc comme neige, refusant de lui avouer que sa mère n’était pas vraiment « partie en voyage ». Il avait eu le sang chaud. Il avait souvent manqué de tolérance, dénigrant les fiancées non-juives de son fils.

En 150 pages, Joann Sfar rend un émouvant hommage à ce père-courage qui, malgré tous ses défauts, ne l’a jamais laissé tomber et l’a guidé, souvent malgré lui, vers l’homme qu’il devait devenir. D’anecdotes professionnelles en drame familial, la question de la « judéité » se dessine et, une fois la dernière page tournée, il ne fait aucun doute que, pour l’auteur-narrateur, rien ne sera jamais plus comme avant.

Comment tu parles de ton père, Joann Sfar
Albin Michel, 15 euros
Paru le 18 août 2016

Review #1 / « Vera Kaplan » de Laurent Sagalovitsch

Vera Kaplan a existé. Elle s’appelait Stella Goldschlag, elle était berlinoise, et juive.

En 1943, quand elle a commencé à travailler pour le compte de la Gestapo, elle avait vingt et un ans et un but précis : éviter la déportation de ses parents. Son rôle était de reconnaître ou de se faire reconnaître des Juifs qui avaient réussi à échapper aux rafles et autres contrôles pour les faire remonter à la surface et les faire arrêter, déporter.

Le roman de Laurent Sagalovitsch est fort, aussi brillant que Les Bienveillantes de Jonathan Littell, bien que dans une autre veine. Vera Kaplan est l’ennemi de l’intérieur, celui qu’on ne peut soupçonner, celui auquel on ne peut que céder, puisqu’on ne peut l’envisager comme tel.

Dans le roman éponyme, elle prend les traits de la grand-mère ignorée du narrateur, celle qu’il n’a jamais connue, dont il n’a jamais entendu parler. Celle dont il apprend l’existence à la réception d’un courrier du notaire adressé à sa mère à lui, tout juste décédée. Mais ce courrier ne vient pas seul. Il est accompagné d’un journal dans lequel on plonge la tête la première et qui ne nous lâche pas facilement. Le journal de Vera, celui qui retrace son itinéraire de dénonciatrice.

Le narrateur (et l’auteur avec lui) pose une question essentielle à laquelle pourtant, on l’espère, personne ne pourra plus jamais répondre : et nous, à sa place qu’aurions-nous fait ?

Vera Kaplan, roman de Laurent Sagalovitsch
Buchet Chastel, 156 pages
13 euros
Paru le 25 août 2016