Review #15 / « Le Ventre de la Fée » d’Alice Ferney

J’ai rencontré Alice Ferney en vrai avant de commencer à lire quoi que ce soit d’elle.

Parfois, c’est quelque chose qui tue. Certains auteurs sont tellement antipathiques qu’une fois que vous les avez rencontrés, vous savez que jamais, ô grand jamais, vous ne lirez quoi que ce soit d’eux, sur eux… On a encore du mal (enfin j’ai encore du mal) à construire une véritable barrière entre la femme ou l’homme et ce qu’elle ou il produit. C’est pas grave, c’est comme ça.

Assez souvent, quand je lis un livre dont je ne connais pas l’auteur, je m’imagine sa tête, son genre, son style, sa vie. C’est encore mieux quand il y a sa photo en médaillon quelque part! Ca fait un peu midinette mais c’est surtout que lire un livre c’est entrer dans un univers. Et généralement, un peu comme quand vous allez dans un bon restaurant, vous aimez bien voir la tête du propriétaire du lieu (du cuisinier, je veux dire) à un moment. Ca aide à comprendre où vous êtes.

Dans la série « ces auteurs qui n’ont fait qu’ajouter à l’amour que je pouvais ressentir pour leur livre », je citerais Paul Auster, Jo Nesbo, Marguerite Duras. Mais il y en a encore tant d’autres…

Enfin. Pour en revenir à Alice Ferney, allons droit au but, c’est une très belle femme (je ne suis pas misogyne, je dis la même chose des hommes quand ils sont beaux) qui dégage quelque chose d’absolument fascinant. Elle fait partie de ces gens un peu spéciaux qui sont comme accompagnés d’une espèce de halo, de brouillard partout où ils vont. Elle a quelque chose d’une fée.

Mais la fée du Ventre de la fée, ce n’est pas elle.
Quand j’ai acheté ce roman, je pensais que ce serait sur la maternité. Sur son expérience de la maternité. Je me suis dit « Cool! Comme ça je vais pouvoir écrire quelque chose sur Un Heureux événement d’Eliette Abecassis en même temps! »
ERREUR.
Ce roman parle plutôt du fait d’être l’enfant de ses parents.
D’une façon très sombre, effrayante, Alice Ferney nous raconte l’histoire d’un jeune garçon, Gabriel, qui a perdu sa mère et dont le père s’est exilé par chagrin. Gabriel, donc, est seul. Très vite il se rend compte qu’il aime violer les femmes. Puis un jour il se rend compte qu’il aime encore mieux violer des petites filles. Et enfin, à terme, il se rend compte que c’est encore mieux s’il peut les tuer, aussi.

L’histoire est sordide et le style éblouissant. Moi qui passe mon temps à me plaindre des polars écoeurants, je dois avouer que quand ce genre de récit est pris en charge par une auteure au talent d’Alice Ferney, tout d’un coup cela semble utile. On comprend la pertinence de l’histoire, que l’on accepte, par la justesse et la beauté de l’écriture.

 

 

Découvrir Eliette Abecassis #1 / « La Répudiée »

C’est ce qu’on appelle « arriver après la bataille »… Il aura fallu dix-sept ans pour que je découvre le premier roman d’Eliette Abecassis, La Répudiée.

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Mes piles à lire menacent de s’effondrer et pourtant, je continue d’en acheter. Mais, du coup, ces livres que j’achète et que je culpabilise tant d’acheter (même s’ils ne me coûtent qu’un euro symbolique), maintenant je les lis tout de suite. Ca c’est pour le côté positif.

En fait, je n’avais jamais eu envie de lire Eliette Abecassis. Tout le monde m’en disait du mal et j’ai remarqué, au fil du temps, qu’il était rare qu’un livre dont tout le monde vous dit qu’il est mauvais se révèle génial. Et pourtant. J’ai acheté La Répudiée « pour voir », comme on paie pour voir les cartes de son adversaire. Et pourtant. Je me suis dit qu’au pire, je mettrai le livre au bureau, dans ma bibliothèque de deuxième main. Et pourtant…

La Répudiée attend sagement, avec la plus grande patience, depuis fin décembre sur la table de mon salon que j’aie lu d’autres romans du même auteur pour enfin avoir droit à l’éloge qu’il mérite. Il attend comme s’il savait ce que je vais dire de lui, sûr que mon amour pour lui ne passera pas. Ce texte, je l’ai tant aimé que quand je regarde le livre, l’objet qui le contient, ça m’émeut. Ce n’est pas le mien et pourtant je le couve du regard comme mon enfant.

Ca ne fait que quelques mois que j’ai commencé à comprendre vraiment ce que c’était qu’être une femme. Et pourtant, ma mère me rappelle parfois qu’adolescente j’ai un jour déclaré, en colère, « Une femme ce n’est pas un homme avec des seins! ».
C’est que je devais déjà avoir compris quelque chose.
Quand on a un enfant, on sent que quelque chose se passe, pour soi bien sûr, mais aussi pour les autres. Pour les siens d’abord, notre famille « de départ » (nos parents, frère(s), soeur(s) mais aussi nos grands-parents et les autres, qui nous semblent si loin). Mais aussi pour tous ces autres, ces gens qui gravitent autour de nous. Nos amis qu’on perd parfois en les découvrant, nos connaissances qui prennent la place de ces amis qui s’annulent.
Et puis quand on devient mère, il y a ce truc énorme qui nous tombe dessus : on réalise qu’on est une femme. Que jamais on ne sera un homme. Que jamais on ne sera « comme ». Comme un homme, comme les autres mères, comme notre mère, comme plein d’autres gens, comme plein d’autres choses.

La Répudiée, ça m’a ramenée à ça. A cette découverte si dure et pourtant si belle qui a changé la façon dont je me vois et dont j’aborde la vie.

Pour entrer dans le vif du sujet, La Répudiée c’est l’histoire d’une femme juive orthodoxe, qui a grandi dans un milieu orthodoxe et dont l’univers se résume à un quartier orthodoxe, à un homme orthodoxe. Elle aime ce mari et cette vie qu’elle n’a pas choisis. On pourrait ne pas le comprendre, comme c’est à mille lieues de ce que l’on est. Et pourtant, son histoire on la vit, on la sent, elle nous imprègne.

Cette femme ne peut pas avoir d’enfant. Elle n’y arrive pas donc forcément, c’est elle la responsable. Il en est ainsi pour elle parce qu’il ne peut pas en être autrement pour le reste de son monde.

Et cette femme se trouve à un moment charnière. A l’orée du dixième anniversaire de son mariage, cet anniversaire funeste qui permet à un homme, dans l’interprétation la plus stricte et la plus injuste qui soit de la loi juive, de répudier sa femme et son utérus hostile.

Le style est simple, juste et, une fois n’est pas coutume, s’il se met au service de l’histoire, ce n’est que pour mieux nous la faire vivre, pour ne surtout pas en affaiblir la portée.

Je regretterais beaucoup de conseiller si fortement une lecture dont je ne serais pas sûre qu’elle laisserait un grand nombre indifférent… Donc si je le fais si ardemment, c’est que vous pouvez y aller sans crainte.