Inspiration #4 / « Il m’a invitée à sortir avec lui dans la section « nonfiction » de la bibliothèque, donc je sais qu’il sera honnête »

Au-delà de la question « Peut-on se servir de la littérature pour draguer? » (personnellement je dis non), ce dessin rigolo pose la question suivante : « Est-ce que ce qu’on lit dit quelque chose de nous? ».

Ce qui est sûr, c’est que ce qu’on lit reflète nos centres d’intérêt (ça semble assez évident). Mais ce dessin moque l’idée que le genre qui nous intéresse serait le reflet direct de ce que nous sommes. Bien sûr que non, ce n’est pas parce qu’on lit de la fiction qu’on est menteur. Croire l’inverse serait la preuve d’une naïveté confinant à l’idiotie.

A un autre niveau, ce dessin peut être interprété comme suit : le contexte dans lequel on rencontre quelqu’un conditionne notre relation à venir. Là, je suis plus mitigée : il y a des cas dans lesquels cela se vérifie.

Mais là encore, si cette blague ne reposait pas sur un fondement un tant soit peu réaliste, elle ne fonctionnerait pas. Moi, elle m’a fait sourire, j’espère qu’elle aura ce même effet sur vous!

Inspiration #2 / Les « selfies littéraires »

En cherchant sur Google « books+jokes », j’ai trouvé pas mal d’inspirations pour cette nouvelle section du blog! Parmi lesquelles ce dessin amusant qui m’a amenée à me poser cette question (que je ne m’étais absolument jamais posée) :

Les autobiographie sont-elles vraiment des selfies littéraires? 

Pour répondre à cette question, il me semble important de se référer à Philippe Lejeune, celui qui a théorisé (du point de vue du lecteur – c’est important de le noter) le « pacte autobiographique » qu’on enseigne dans le secondaire aussi bien que dans le supérieur.

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La définition qu’il donne de l’autobiographie est la suivante : « Récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité. » (Le Pacte autobiographique, Points Essais, p.14)

Bon, de toute évidence, aucun rapport avec le selfie qui :
– n’est pas (ou si peu) rétrospectif / on le poste tout de suite, en instantané ou juste après retouches;
– n’est pas en prose mais alors pas du tout / il s’agit d’une image;
– ne met pas l’accent sur la vie individuelle / capte un moment de la vie individuelle (ou collective d’ailleurs);
– ne s’attache pas à l’histoire d’une personnalité / capte le moment d’une image, d’un visage ou d’un corps, sans s’inscrire dans une durée.

Le selfie est toujours trompeur, une grande partie l’est volontairement (on aime se voir et se montrer à son meilleur, quitte à tricher) et l’autre l’est involontairement (même sans maquillage, une photo de soi n’est jamais vraiment soi…).

Pour aller plus loin : La Chambre claire de Roland Barthes.

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Review #10 / « Au gré des jours » de Françoise Héritier

Il est des gens que l’on regrette de n’avoir pu rencontrer.

Pour moi, c’est J. D. Salinger et Françoise Héritier. (Tous ceux qui étaient déjà morts avant qu’on sache lire ne comptent pas!) Et pourtant, je ne connaissais Françoise Héritier que par les interviews qu’elle donnait, filmées ou imprimées. Quelques jours avant l’annonce de son décès, je m’étais vraiment régalée à lire l’entretien qu’elle avait donné au Monde. J’étais arrivée au bureau toute remontée, j’avais envie d’en parler à tout le monde. J’étais même prête à reprendre mes études, à me lancer dans un doctorat (comme tous les ans à la même période)… Et puis Françoise Héritier est morte. Elle avait l’âge de ma grand-mère, j’ai trouvé ça jeune finalement, 84 ans.

J’ai découvert Au gré des jours par hasard, dans une pile de livres oubliés, en triant l’autre jour. Je me suis mise à le lire tout de suite.

Le livre est structuré en deux parties : une première, constituée d’une suite de petites choses de la vie qui ont marqué Françoise Héritier (succession marquée par des virgules en majorité, ce qui donne une espèce de souffle très long et très court à la fois) : « croquer un petit beurre LU en commençant par les quatre coins » ou « raconter pour la énième fois la même histoire et la trouver toujours drôle, à rire aux larmes ».
Puis la seconde, sous forme de récit cette fois, de souvenirs marquants encore mais plus développés (sa fille en petite robe, nus pieds et chapeau se promenant en petite reine au milieu des enfants africains qui l’épiaient toute la journée pour découvrir si oui ou non elle avait les mêmes fonctions corporelles qu’eux – la situation permettant à la mère de travailler sans avoir à surveiller sa fille qui évoluait toute la journée à l’abri du danger sous une centaine de paires d’yeux bienveillants).

C’est un texte court, très poétique, touchant et drôle souvent.
Françoise Héritier a su faire de sa vie une oeuvre formidable et admirable, malgré les obstacles d’une société dans laquelle les femmes ne partaient pas travailler en tant que géographe en Afrique (leur constitution ne le leur permettaient pas, disait-on). Elle a su s’imposer quand il le fallait, s’effaçant quand l’humilité le réclamait. Elle dresse d’elle-même, sans rien faire pour, le portrait d’une femme indépendante, d’un esprit libre et savant.

Il est vraiment des gens que l’on regrette de n’avoir pu rencontrer.

Citation #1

J’ai décidé de vous proposer, une fois par semaine, une citation que j’aime et que je me serais bien fait tatouer si elles n’étaient pas toutes aussi longues!!

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On commence avec JJ Rouseau (prononcez Gigi) et cette citation qui avait été découverte en marge d’un manuscrit et que j’ai moi-même découverte en première année de fac de Lettres dans un cours sur la littérature du XVIIIe siècle – siècle dont j’ai fait ma « spécialité » (au sens universitaire du terme).