Livres en VO #1 / « An American Marriage », de Tayari Jones

C’était un cadeau d’anniversaire.

J’avais repéré An American Marriage sur les comptes de blogueuses anglo-saxonnes que je suis sur Instagram : elles en parlaient toutes comme d’un super roman. Et puis en juillet, j’avais remarqué que ma voisine de devant (une jeune femme blonde qui voyageait avec un enfant), dans l’avion, le lisait avec frénésie. J’ai toujours bien aimé m’inspirer d’inconnu(e)s, que ce soit pour des vêtements, des chaussures, des livres, des restaurants… Quand j’entends quelqu’un que je ne connais pas faire référence à quelque chose que je ne connais pas, ça me donne envie de le découvrir. Je pense que ça me donne l’impression de partir un peu à l’aventure. Et ça fait de cette découverte quelque chose qui ne m’appartient qu’à moi puisque je ne reverrai jamais la personne qui m’a inspirée. Ça marche d’ailleurs rarement avec les gens que je connais. Quand ils me conseillent quelque chose ça me coupe l’envie… Et c’est toujours un peu vexant pour eux. Peut-être parce que le fait que quelqu’un que je connais le connaisse aussi rend la chose un peu moins excitante.

Donc quand je suis rentrée à Paris au milieu de l’été, je ne pensais qu’à ce livre : An American Marriage. Je ne savais absolument pas de quoi il parlait, quelle en était « l’histoire ». Donc quand on m’a demandé ce que je voulais pour mon anniversaire, j’ai dit « An American Marriage ». J’aurais pu le commander sur Amazon mais j’ai complètement perdu le plaisir de commander des livres sur Internet. C’est peut-être parce que je vieillis, mais j’ai de plus en plus besoin que l’obtention de chaque livre que je lis soit une histoire en elle-même.

J’ai attendu quelques semaines avant de l’ouvrir parce que je traversais une période un peu étrange où je ne me sentais aucune disponibilité pour la lecture. Et puis dès que je l’ai ouvert (avec une excitation qui rappelle celle qui nous anime quand on déballe enfin un cadeau qu’on a attendu plusieurs minutes pour ouvrir) j’ai été complètement prise par le récit.

Il s’agit d’un roman en grande partie épistolaire. Je ne le savais pas, et heureusement parce que c’est une forme qui me fait toujours un peu peur, sans raison d’ailleurs puisque je ne me souviens pas d’un roman par lettres que je n’aurais pas aimé. Je parlais dernièrement avec des amis de ma passion pour Les Liaisons dangereuses que j’ai, du coup, envie de relire.

An American Marriage (qui n’est pas encore traduit en français) raconte l’histoire d’un couple d’afro-américains mariés depuis un peu plus d’un an, Roy et Celestial, qui doivent se rendre chez les parents de l’homme pour un weekend. Comme ils ne veulent pas dormir chez les parents de Roy, ils prennent une chambre dans un motel des alentours. Et pendant la nuit, alors qu’ils viennent de se disputer, Roy décide de sortir de la chambre pour aller chercher de la glace au distributeur du couloir. Il y fait la rencontre d’une femme qui pourrait être sa mère et à qui il raconte la dispute. La femme est gentille et le rassure. Il rentre à la chambre, se couche auprès de sa femme. Mais le lendemain ils sont réveillés par la police qui les sort du lit au petit matin pour arrêter Roy que la femme qu’il a rencontrée dans la nuit accuse de l’avoir violée.
Le roman raconte l’incarcération de Roy, comment cette épreuve va mettre leur jeune couple en péril.

C’est un roman formidable sur le couple, le mariage, la fidélité, l’amitié, la famille, la situation des afro-américains aux Etats-Unis aujourd’hui… Tayari Jones, l’auteure, aborde la question de la réussite personnelle avec une grande intelligence. Ça ferait sans doute un film formidable mais en attendant c’est surtout un livre à ne pas manquer tant il continue de nous habiter bien après sa lecture terminée !

An American Marriage, de Tayari Jones
One World Books, 2018

Les polars de l’été #4 / Un tiède « Rendez-vous avec le crime » par Julia Chapman

La couverture et le titre (je dirais même le nom de l’auteur) laissent penser que Rendez-vous avec le crime sera un roman policier « joyeux », du genre de ceux qui mettent en scène un détective en jupe de tweed qui n’a a priori rien à voir avec le détective de film noir. On s’attend à de beaux paysages anglais de bord de mer, à des balades en campagne, à des intrigues légères de village, à des histoires de coeur rigolotes, à des mesquineries du quotidien, tout cela raconté sur un ton léger et avec humour. C’est un peu pour ça qu’on lit ce livre, me semble-t-il. Or il semble y avoir une erreur de promesse dans Rendez-vous avec le crime. Une erreur de packaging, une erreur dans l’image de ce texte, dans tout ce qui vient autour et peut-être, aussi, dans une partie de ce qu’il y a dedans.

On ne trouve pas exactement ce que l’on attend dans Rendez-vous avec le crime. En tout cas j’en suis, moi, ressortie plus perturbée qu’autre chose.

Tout au long de ma lecture (qui a duré presque une semaine – ce qui n’est pas vraiment bon signe pour ce genre de livre), j’ai eu une impression mitigée. La sensation de ne pas vraiment savoir ce que je lisais.
Le temps de lecture en lui-même est un assez bon indice de l’intérêt que je porte à un livre. Les thrillers et polars sont censés nous ferrer. Quand l’histoire est bonne on n’est pas censé lâcher le livre – comme en témoignent mes lectures de Pleasantville et #help – et je sais que quand je n’accroche pas à un roman de ce genre, c’est qu’il y a un problème – parce que je suis vraiment une bonne victime des intrigues.
On n’est pas censé penser à ce qu’on va lire après, on doit être totalement immergé dans l’histoire et l’atmosphère (je me souviens d’ailleurs avoir été complètement angoissée pendant une semaine après avoir fini Une autre histoire de Sarah J. Naughton en mai). Bref, Rendez-vous avec le crime ne m’a pas prise en otage comme les derniers polars que j’ai lus et je pense que c’est dû à l’espèce d’hésitation qui le caractérise.

L’histoire ne semble pas assumer le côté casual crime story (un crime un peu grotesque commis dans une petite bourgade sympathique – d’Angleterre si possible -, un (couple de) détective(s) incongru(s), de l’humour, de l’amour, des animaux domestiques… Tous les codes sont là au niveau du récit. Et pourtant le récit en lui-même ne prend pas. Comme si l’auteure se pliait à un genre qu’elle sait porteur mais qui n’est pas le sien. On a l’impression d’un exercice de pastiche, ce qui crée immanquablement une distance entre le lecteur et l’histoire ou le récit.

Donc je ne conseille pas Rendez-vous avec le crime. Mais si vous l’avez lu, aimé ou non, j’aimerais avoir votre avis !

Le résumé, mais court.
Delilah Metcalfe n’a plus un sou. Elle a monté un site de rencontre pour les locaux de Bruncliffe et ses alentours mais cette entreprise a du mal à décoller. Quand le banquier lui met gentiment la pression, elle décide de louer le rez-de-chaussée de la petite maison dans laquelle elle a ses bureaux.
Mais quelle n’est pas sa surprise quand elle découvre que son nouveau locataire n’est autre que Samson O’Brien, le fils de celui que tout le monde a toujours appelé « sac-à-vin-O’Brien ». Samson, le revenant, a quitté Bruncliffe il y a presque quinze ans pour devenir un agent infiltré de la Met (Metropolitan Police Service – à Londres) et tout le monde lui en veut. Il a raté l’enterrement de son meilleur ami, Ryan, feu le frère de Delilah mort en Afghanistan. Ironie du sort, la seule qui l’accueille gentiment est Lucy Metcalfe, la veuve de Ryan. Et Calimero, le gros chien de Delilah.
Alors que tout le monde mène la vie dure à ce beau gosse qui conduit une moto rutilante, il se voit offrir sa première enquête de détective privé. Mme Hargreaves est persuadée que son fils Richard a été poussé sous le train qui lui a ôté la vie à la gare voisine. Sauf que tout le monde croit à la thèse du suicide.
Samson va rapidement se rendre compte que Richard n’est pas le seul à avoir perdu la vie dans des circonstances que l’on dirait évidemment accidentelles dans les derniers mois et dans le coin de Bruncliffe, pourtant si calme. Il accepte l’affaire, sans trop y croire au début, puis de plus en plus convaincu de tenir quelque chose.
Delilah quant à elle, ne pense qu’à sa soirée de speed dating du mois d’octobre. Contrariée par la réapparition de Samson à qui elle ne peut pardonner d’avoir abandonné Ryan, Lucy et Nathan (leur fils et le filleul de Samson), elle voit d’un mauvais oeil son installation dans sa maison. D’autant que son enquête va dangereusement entrer en conflit avec son entreprise quand elle va découvrir (quelques heures avant Samson) que les hommes qui meurent sont tous liés à son site de rencontres…

Rendez-vous avec le crime, Julia Chapman
La Bête noire, Robert Laffont
381 pages, 14,90€

 

Les polars de l’été #3 / « Pleasantville » thriller politique texan, noir de chez noir

Je continue à compiler les bonnes lectures que je fais depuis le début officiel de l’été, au cas où cela vous aiderait à choisir parmi les centaines de livres qui s’étalent en librairie ou en ligne.

Ça faisait un bout de temps que les livres s’entassaient dans mon salon, il me faut donc faire des choix au fil de mes valises… L’entreprise n’est jamais simple (on est tous d’accord, les valises sont toujours trop petites et les journées d’été beaucoup trop courtes), mais bizarrement les livres s’imposent toujours d’eux-mêmes. Il y a ceux que l’on avait mis de côté en hésitant, de peur de rater quelque chose, et il y a ceux que l’on avait choisis tout de suite à cause de leur couverture, de leur 4e ou de ce qu’on avait pu lire ou entendre à leur sujet. Pleasantville, je l’avais mis de côté pour mon normand, en raison de son amour pour les fictions politiques. Mais finalement, c’est moi qui l’ai lu et moi qui l’ai adoré ! Du coup, je vous le conseille et je vous raconte un peu de quoi il est question.

 

Pleasantville est une petite ville du Texas. Une ville un peu particulière parce qu’elle représente un bastion d’électeurs noirs, de ceux qui sont capables de faire basculer une élection à grande échelle.
Et en cette année 1996, c’est Axel Hathorne (ancien chef de la police) qui se présente pour obtenir un premier mandat de maire qui fera de lui, par la même occasion, le premier maire noir de la ville depuis sa fondation (260 ans plus tôt). L’enjeu est de taille. Face à lui et au coude-à-coude, Sandy Wolcott, district attorney flanquée de la plus redoutable cheffe de campagne, Reese Parker.

Jay Porter est avocat. Mais depuis un an il n’est plus que l’ombre de lui-même. Depuis le décès de sa femme qu’il n’a pas accompagnée dans sa maladie, à cause d’un procès sans fin qu’il intente au nom de Pleasantville à une grosse firme qui a empoisonné les sols de la région en déversant ses déchets toxiques dans un lac, il est complètement à la traîne. Les habitants sont tombés malades, leurs maisons ont été ruinées et ils attendent depuis une éternité que la firme paie ce à quoi elle a été condamnée : des dizaines de millions de dollars qui, partagées entre les centaines d’habitants leur permettra au moins de déménager.
Depuis un an donc, Jay Porter n’a qu’une peur : devoir retourner au tribunal, devoir plaider… devoir faire son travail à nouveau. Tout ce qu’il veut à présent, c’est veiller sur ses deux enfants, Ellie et Ben, et faire son deuil avec eux. Seulement les habitants s’impatientent, comme de juste. La colère gronde et Jay se terre.

C’est dans ce climat orageux que la jeune Alicia Nowell disparaît à un carrefour, un soir d’élection. Le soir du premier tour. Puis son corps est retrouvé et son nom rejoint ceux des deux autres jeunes filles disparues il y a peu à Pleasantville et dont on n’a jamais retrouvé l’assassin.

Neal Hathorne, neveu et conseiller politique d’Axel est rapidement désigné comme le suspect numéro un : son numéro figure dans la liste des dernières personne à avoir contacté le bipper d’Alicia. Mais Neal l’assure, il ne sait pas qui est cette jeune fille, il ne se souvient pas lui avoir parlé et encore moins l’avoir rencontrée. Et, chose étrange, personne ne semble vouloir faire le lien entre le meurtre d’Alicia et celui des deux autres filles…
Par un étrange concours de circonstances et sans savoir vraiment ce dans quoi il s’embarque, Jay va prendre la défense de Neal et devoir prouver au monde, mais surtout à Pleasantville, que le jeune homme est innocent.

Mais cette affaire prend rapidement un tour politique et Jay se retrouve pris entre une multitude de feux qui vont mettre toute sa famille en danger. Alors qu’il devait défendre un client, il va devoir prouver à toute une population qu’elle se fait manipuler par les politiques qui la gouverne (et qu’elle élit) et surtout, il va devoir mettre la main sur un tueur qui rôde et qui menace chaque jour de repasser à l’acte.

Pleasantville, de Attica Locke, éd. Gallimard, Série Noire (2017)
513 pages, 22 €

Review #14 / « Psychiko » de Paul Nirvanas

Quand je suis tombée sur Psychiko en novembre dernier, j’ai été attirée par sa couverture. La photo en noir et blanc, cet homme si élégant fumant le cigare au bord d’un monument surplombant une ville. Le graphisme fait penser à Hitchcock. Et puis ce titre… Comme je ne suis pas du tout familière de la Grèce (je n’y suis jamais allée), je ne savais pas qu’il s’agissait simplement du nom d’un quartier bourgeois d’Athènes.

Je ne suis pas familière, non plus, de la production polardeuse de 10/18. Je suis habituellement plus encline à me laisser porter par les choix des éditions Points ou ceux des éditions du Masque. Pendant un temps, j’ai fait une confiance absolue à Sonatine, mais des déceptions successives ont un peu refroidi mes ardeurs.

Bref. Une fois qu’une couverture m’a séduite ou intriguée, je retourne le livre pour la deuxième phase de sélection : la 4e de couverture.

« Anti-héros et probable cas clinique, Nikos Molochanthis, jeune rentier désoeuvré, est prêt à tout pour obtenir son quart d’heure de célébrité. Il a donc la brillante idée de se faire passer pour l’assassin d’une femme retrouvée morte dans un quartier d’Athènes. Grâce à la presse fascinée par cette affaire, Nikos est enfin sous le feu des projecteurs, suffisamment près de la guillotine pour être une vedette. Le stratagème parfait… à ceci près qu’il risque de fonctionner au-delà de ses espérances. »

Je pense que c’est « probable cas clinique » qui m’a conquise.

Si vous avez déjà lu Psychiko, je ne vous surprendrai pas en vous disant que j’ai pensé à Kafka tout le long de ma lecture.
J’avais été marquée par Le Procès (le livre, pas le film, hein) que j’avais lu quand j’étais encore à la fac. Je ne connaissais pas Kafka, à l’époque, et c’est une amie à moi qui m’avait littéralement mis le livre dans les mains avec une injonction à le lire dans la nuit. Ce que j’avais fait.
J’ai lu Crime et châtiment la même année (un vrai cycle!) et, bizarrement, ce n’est qu’aujourd’hui, après avoir lu Psychiko, que je fais un lien entre les deux (enfin entre les trois, du coup). Je sais que, dit comme ça, ça fait crétin. Allez, vous allez sûrement vous dire : « Mais elle est débile ou quoi? Bien sûr que Le Procès et Crime et châtiment ont un lien! » (sauf si vous êtes comme moi et sauf si vous n’avez pas lu l’un des deux – ou les deux).
Enfin, tout ça pour dire que oui, j’ai enfin fait le lien. On est bien sûr plus proche du Procès (pour l’absurde) mais on est aussi du côté Dostoïevski pour la folie (bien que la folie se trouve aussi chez Kafka, mais c’est un autre débat).

Psychiko est un roman court (188 pages en comptant la superbe postface du formidable traducteur Lois Marcou – que je ne connais pas) qui se lit vite et vraiment bien. Il est, à tous niveaux, extrêmement rafraichissant.
C’est bizarre de dire d’un polar qu’il est « rafraichissant »… et pourtant, c’est exactement ce que je ressens.
Paru en 1928, ce polar n’est pas terrorisant, il n’est pas gore, il n’est pas dégoûtant (avouons-le, il y en a de plus en plus qu’on regrette d’avoir lu pour toutes les angoisses et aversions qu’ils nous causent). Il nous rappelle qu’un polar peut contenir tellement de messages sans être barbant (ici une satire de la société grecque de l’époque, du rôle de la presse, des sociétés féminines… ça foisonne) et qu’un polar peut nous faire réfléchir. On se pose des questions, et pas juste : « Qui est le meurtrier?! ». Parce que ce n’est pas vraiment la question, en fait. La question ce serait plutôt : Que va-t-il arriver à ce pauvre garçon qui s’est mis en tête de se faire passer pour le coupable d’un meurtre dont il ne connaît rien?

Si vous aimez Maigret, Sherlock Holmes et leurs amis (mais peut-être aussi Kafka, Dostoïevski et Nietzsche), lisez Psychiko, vous ne serez pas déçus!

Review #13 / « Poussière tu seras » de Sam Millar

 

J’avais lu Un Sale hiver, de Sam Millar (il est dans ma bibliothèque, rayon polars, en poche) et j’en avais gardé un très bon souvenir, très précis. Je me souvenais de Belfast, des descriptions sublimes de la ville, de l’ambiance, du détective Karl Kane, de l’humour qui tranchait tant avec la trame narrative, les faits décrits.

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Quand j’ai trouvé Poussière tu seras d’occasion quelque part en poche (je ne sais plus où), je n’ai pas hésité une seconde. Je l’avais posé sur ma pile à lire il y a déjà plusieurs mois, avant de recommencer à lire des polars, thrillers et autres romans noirs. Je traversais alors une phase « no-crime« , pendant laquelle j’étais incapable de lire quoi que ce soit du genre. J’avais fait une overdose, comme ça m’arrive immanquablement tous les 6 mois.

J’essaie toujours d’alterner mes lectures pour ne pas trop embrouiller ma mémoire. Si je lis deux thrillers ou polars à la suite j’ai beaucoup de mal à séparer mes souvenirs, à les cloisonner. Il en résulte que je deviens complètement incapable, quelques mois plus tard, de résumer ce que j’ai lu ou d’en parler.

Bref. J’ai donc lu, entre hier et aujourd’hui, Poussière tu seras. Dès le début, j’ai reconnu cette pâte particulière, j’ai retrouvé ce style impeccable, subjuguant de Sam Millar, exactement tel que je me le rappelais, mais en un peu mieux encore. L’atmosphère irlandaise, cet espèce de brouillard qui surplombe tout, brouillant l’horizon, l’assombrissant jusqu’à nous rendre aveugles.

On suit cette fois Jack Calvert, inspecteur de police à la retraite (lui aussi) qui part à la recherche de son fils disparu dans la forêt après avoir trouvé un bout d’os appartenant à une fillette disparue depuis trois ans.

C’est un livre très beau, très sombre, mais franchement, très difficilement tolérable.
Je ne me souviens pas du tout d’avoir ressenti ça en lisant Un Sale hiver. Je n’ai pas ressenti ça en lisant Un Sale hiver.
J’avais aussi Les Chiens de Belfast. Je l’avais en grand format, et pourtant impossible de le retrouver dans ma bibliothèque… Impossible aussi de me souvenir de l’histoire, de ce que j’en avais pensé. Alors je suis allée regarder les avis sur Internet. Forcément, maintenant, ça me dit quelque chose. Je pense que je n’ai pas lu ce livre, j’ai dû le donner ou le revendre.

Quoi qu’il en soit, je n’offrirai probablement pas Poussière tu seras, je ne le prêterai sans doute pas non plus et je ne le conseillerai qu’aux lecteurs très, très habitués aux crime stories gore, voire hardcore.

En fait je ne le conseillerai pas. J’espère juste ne pas faire trop de cauchemars dans les semaines qui viennent ! En revanche, lisez Un Sale hiver !

Review #12 / « Le Parrain et le Rabbin » de Sam Bernett

Le Parrain et le Rabbin est un roman « inspiré d’une histoire vraie ». D’habitude je ne vais pas trop vers ce genre de livres : je préfère lire un essai ou un roman pur, je ne suis pas fan des formes hybrides. Mais quelle histoire…

Le parrain de la mafia italienne à New-York, Joseph Bonanno, aka « Joe Bananas » (ou « Joe le Fou ») va, à la demande du rabbin Chaskel Werzburger, sauver la vie d’une dizaine d’enfants italiens et juifs, pendant la Seconde Guerre Mondiale (en 1943) en mettant en place un dispositif éblouissant.
Dit comme ça, ça semble absurde. Mais quand on lit le roman de Sam Bernett, on se dit qu’en fait, c’était la seule solution possible, et qu’elle était absolument brillante. Donc son pari est réussi.

Quel intérêt un parrain de la mafia pouvait-il avoir à sauver des enfants juifs, bien qu’italiens? Parce que quand on discute avec un mafieux, il n’est pas question d’autre chose que de son intérêt propre, ça va de soi. Comment un rabbin en arrive-t-il à aller demander de l’aide au voyou suprême? Parce que tout leader spirituel vit selon des principes en opposition totale avec le mode de vie d’un parrain, personne n’en doute et surtout pas lui.

La littérature adore ce mélange des genres, ces histoires d’opposés qui s’attirent. (Les lecteurs aussi.) L’improbable est sa clef de voûte. Et s’il n’est pas ici question de « grande littérature » au sens où nous français pouvons parfois l’entendre, nous avons quand même affaire à une très bonne histoire que le style sert très efficacement.

Sam Bernett décrit l’organisation et le fonctionnement de la toute petite cellule du Rescue Committee de Brooklyn qui s’acharne à sauver des Juifs de l’Holocauste, nous rappelant que même en petit nombre, même en n’étant pas des gens extraordinaires, nous avons la capacité d’agir et de sauver des vies.

Une histoire qui finit bien, totalement méconnue (voire inconnue) et particulièrement rocambolesque, belle par-dessus le marché, qu’il vaut le coup de découvrir !

 

Les livres de ma semaine #1

Une fois n’est pas coutume, je vais vous offrir, ce soir, un petit récap’ des livres de ma semaine !

  1. Ceux qui rejoignent mon stock à lire (à ce stade ce n’est même plus une pile à lire!) :
  • Le Maître des livres, tomes 4 et 5 (pas encore lus, mais déjà prêtés!)
  • Apparitions Disparitions et autres mouvements, Eric Lambé et Philippe de Pierpont
  • Tuff, Paul Beaty
  • The Handmaid’s Tale, Margaret Atwood (en plein dans la série, j’ai très envie de découvrir le livre!)
  • Deux « livres anciens », achetés à la Librairie Lang de Caen : Germinie Lacerteux des Goncourt (un de mes romans préférés – que je rêvais d’avoir en édition reliée) et L’Homme-femme d’Alexandre Dumas fils (titre que je ne connaissais absolument pas, qui est en fait la réponse que Dumas fait à un journaliste et qui part d’une question pour le moins… étonnante : « Faut-il tuer la femme adultère? » – voilà voilà)

2. Ceux que j’ai lus :

  • Le Moineau rouge, Jason Matthews (que j’ai adoré)
  • L’élégance des veuves, Alice Ferney (que j’ai adoré / trouvé absolument sublime)
  • A la place du coeur, Saison 1 et Saison 2, Arnaud Cathrine (j’ai eu du mal avec le 1er tome – le style m’a gênée – mais j’ai beaucoup aimé le 2e. J’ai donc hâte de découvrir le 3e !)

A la semaine prochaine ! (Je ne sais pas encore de quoi la mienne sera faite!)

Bonne nuit à tou(te)s