Les « Piles à Lire » nous gâchent-elles le plaisir ?

Quand je vois tous ces livres qui s’entassent au pied de ma bibliothèque, je suis souvent désespérée. J’essaie de me rassurer en allant voir celles des autres (en tapant #PAL ou #bookstack dans l’outil de recherche d’Instagram – pour ceux qui ne sont pas familiers du procédé) mais en fait « y a rien à faire ». La culpabilité m’étreint, je compte les ouvrages et j’arrive toujours à la même conclusion : sans rien acheter, j’ai de quoi lire tranquille pendant des années. Ca pourrait être cool, c’est juste déprimant.

Je passe par des phases « j’arrête d’acheter et d’accumuler, maintenant je lis ce que j’ai dans mes piles pour les faire descendre » mais je me suis rendu compte que dans ces moments-là, je ne fais pas les choses correctement.
Je m’explique.
Quand la culpabilité me prend, je décide de faire preuve d’efficacité. Concrètement, ça veut dire que je sélectionne les livres les plus courts et que je les lis le plus vite possible pour pouvoir les transférer de ma pile à la bibliothèque (douce rêverie : je n’ai plus de place dans ma bibliothèque…). Je me retiens d’aller dans les librairies que j’aime, je n’achète pas les livres qui me font envie parce que je me dis que je risque de ne pas les lire assez tôt… Or ce n’est pas, mais alors pas du tout, une chose à faire.
Déjà, en lisant les livres trop vite et pour les mauvaises raisons, en n’achetant pas ceux qui me font envie, je passe à côté de certains de ces livres, de ceux qui demanderaient plus de temps, qui mériteraient une lecture plus étalée et un investissement plus important. Et puis, surtout, je mets d’office de côté les plus gros volumes.

C’est un peu le problème avec les blogs. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que c’est en produisant du contenu qu’on gagne en visibilité, qu’on fidélise ses lecteurs, qu’on obtient un meilleur référencement… Il faut produire (et je ne parle même pas des fils Instagram…). Et quand on ne fait pas ça à temps plein, on est vite rattrapé par le cours des événements et par la rapidité de ce temps qui passe, toujours trop vite. Les jours, eux aussi, passent et me rappellent que je n’ai rien écrit. J’ai lu, mais pas assez pour pouvoir en dire quoi que ce soit. Je ne suis pas particulièrement impatiente mais je suis d’un naturel angoissé. Alors même ici j’angoisse. Je ne veux pas écrire n’importe quoi, je ne veux pas non plus lire n’importe quoi. Et pourtant j’ai envie que ce blog vive !

Alors j’essaie de me rappeler que je lis pour vivre des choses, pour m’extraire de la réalité souvent. J’aime ça et j’aime aussi raconter ces expériences, à chaque fois différentes. J’aime avoir un endroit pour crier mon amour pour un titre, ma déception pour un autre. J’aime bien, aussi, pouvoir écrire des chroniques comme celle-ci, qui disent un peu ce que je suis.

Alors je vais essayer de continuer à alimenter ce blog aussi régulièrement que possible. Mais je vais surtout essayer de lire de façon intelligente et peut-être plus spontanée, moins efficace peut-être. Il y aura peut-être d’autres moments de vacance, d’improductivité totale… mais au fond, c’est pas bien grave !

#RentréeLittéraire #2 / « Chanson de la ville silencieuse » d’Olivier Adam

C’est le deuxième roman que je lis de cette rentrée de janvier, et c’est le premier roman que je lis d’Olivier Adam.
J’avais vu le film « Je vais bien ne t’en fais pas » (adapté de l’un de ses romans) quand il avait été diffusé à la télévision il y a une dizaine d’années, j’avais beaucoup aimé. Alors je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais de découvrir.

Le résumé, mais court!
C’est l’histoire d’une fille dont le père est une rockstar française. Un savant mélange de Gérard Manset (pour la discrétion et le côté culte) et de Johnny Hallyday (pour le côté culte, machine à tubes et connu de tous).
Cette fille a une vie normale depuis qu’elle a quitté son père avec qui elle a vécu pendant des années dans une bâtisse coupée de tous à Aubenas (sa mère mannequin, qui ne l’a pas élevée, est partie s’installer aux Etats-Unis avec une sorte de gourou new age).
Un jour, un de ces amis lui montre la photo d’un musicien de rue croisé à Lisbonne et qui ressemble à s’y méprendre à son père que l’on dit mort (il se serait jeté dans le Rhône après avoir laissé toutes ses affaires dans sa voiture).
La fille du chanteur va donc partir à la recherche de ce sosie, persuadée qu’il s’agit bien là de son père, vivant.

Mon avis, court aussi
Je n’ai pas été prise ni transcendée par ce roman qui est, néanmoins, d’une très bonne qualité littéraire (entendez qu’il est bien écrit).
Je n’ai pas accroché à la façon dont l’histoire est contée, très vaporeuse et sans vraiment de fissures auxquelles s’accrocher (comme sur un mur d’escalade). C’est un peu Modiano sans la portée historique et philosophique…
Je l’ai trouvé un peu trop imprégné d’un univers musical qui ne m’a pas semblé très cohérent ni pertinent (je n’ai pas trop compris ce que Julien Doré, que j’aime bien au demeurant, venait faire, mélangé à Dominique A et Vincent Delerm).
Je dis « un peu trop imprégné » parce que j’ai du mal avec la littérature croisée à un autre genre artistique (je pense par exemple aux romans cinématographiques). Les références à un autre genre me gênent généralement plus qu’autre chose (je n’arrêtais pas d’entendre « Le Garçon » de Vincent Delerm, en lisant). Donc si vous aimez ça, lisez Chanson de la ville silencieuse et contredisez-moi!

Inspiration #4 / « Il m’a invitée à sortir avec lui dans la section « nonfiction » de la bibliothèque, donc je sais qu’il sera honnête »

Au-delà de la question « Peut-on se servir de la littérature pour draguer? » (personnellement je dis non), ce dessin rigolo pose la question suivante : « Est-ce que ce qu’on lit dit quelque chose de nous? ».

Ce qui est sûr, c’est que ce qu’on lit reflète nos centres d’intérêt (ça semble assez évident). Mais ce dessin moque l’idée que le genre qui nous intéresse serait le reflet direct de ce que nous sommes. Bien sûr que non, ce n’est pas parce qu’on lit de la fiction qu’on est menteur. Croire l’inverse serait la preuve d’une naïveté confinant à l’idiotie.

A un autre niveau, ce dessin peut être interprété comme suit : le contexte dans lequel on rencontre quelqu’un conditionne notre relation à venir. Là, je suis plus mitigée : il y a des cas dans lesquels cela se vérifie.

Mais là encore, si cette blague ne reposait pas sur un fondement un tant soit peu réaliste, elle ne fonctionnerait pas. Moi, elle m’a fait sourire, j’espère qu’elle aura ce même effet sur vous!

Inspiration #2 / Les « selfies littéraires »

En cherchant sur Google « books+jokes », j’ai trouvé pas mal d’inspirations pour cette nouvelle section du blog! Parmi lesquelles ce dessin amusant qui m’a amenée à me poser cette question (que je ne m’étais absolument jamais posée) :

Les autobiographie sont-elles vraiment des selfies littéraires? 

Pour répondre à cette question, il me semble important de se référer à Philippe Lejeune, celui qui a théorisé (du point de vue du lecteur – c’est important de le noter) le « pacte autobiographique » qu’on enseigne dans le secondaire aussi bien que dans le supérieur.

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La définition qu’il donne de l’autobiographie est la suivante : « Récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité. » (Le Pacte autobiographique, Points Essais, p.14)

Bon, de toute évidence, aucun rapport avec le selfie qui :
– n’est pas (ou si peu) rétrospectif / on le poste tout de suite, en instantané ou juste après retouches;
– n’est pas en prose mais alors pas du tout / il s’agit d’une image;
– ne met pas l’accent sur la vie individuelle / capte un moment de la vie individuelle (ou collective d’ailleurs);
– ne s’attache pas à l’histoire d’une personnalité / capte le moment d’une image, d’un visage ou d’un corps, sans s’inscrire dans une durée.

Le selfie est toujours trompeur, une grande partie l’est volontairement (on aime se voir et se montrer à son meilleur, quitte à tricher) et l’autre l’est involontairement (même sans maquillage, une photo de soi n’est jamais vraiment soi…).

Pour aller plus loin : La Chambre claire de Roland Barthes.

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Inspiration #1 / Bibliothèque imaginaire

Un ami/collègue a cette image pour fond d’écran depuis un certain temps. Ca fait un certain temps que je la convoite (l’image, hein) et ça y est, je l’ai!

Il s’agit bien évidemment d’une bibliothèque imaginaire, car dans la mienne il n’y a que des livres que j’ai lus! (enfin presque)

Ceux que je n’ai pas encore lus et ceux que je garde pour plus tard sont empilés au pied de la bibliothèque (ça fait comme un banc tellement il y en a).
Ceux que je n’ai pas terminés, que je ne lirai jamais ou que j’aimerais ne jamais avoir lus sont généralement donnés ou revendus (si je ne les ai pas finis c’est qu’ils ne m’ont pas convaincue donc aucune raison de les garder).
Ceux que je prétends avoir lus sont dans ma bibliothèque de bureau (je n’assume pas complètement).
Mais aucun livre de ma bibliothèque n’est là seulement pour épater la galerie… ou alors ils le sont tous, allez savoir!

Et vous, elle est comment votre bibliothèque?

Comment je lis?

Alors voilà, quand j’ai écrit la dernière chronique « Comment choisir ses livres? », je me suis rendu compte qu’au-delà du désir qui pré-existait à l’achat d’un livre, il y avait aussi autre chose qui influençait ma lecture (et mon rythme de lecture).

Il y a, pour moi, deux types de livres : ceux que je lis d’un trait, en quelques heures, en un jour ou deux; et puis il y a les autres, ceux dont la lecture me prend plus de temps (parfois des mois). Qu’est-ce qui fait la différence?

Bien sûr, ma première réaction, c’est de me dire que ça dépend du livre. On aurait tendance à penser que les livres les plus courts sont ceux qu’on lit le plus rapidement mais ce n’est pas toujours vrai (même si ça l’est souvent).
Si j’ai lu Heather par-dessus toutd’une traite, en quelques heures, je n’ai toujours pas fini La Chambre des époux d’Eric Reinhardt (pas beaucoup plus long – mais il attend sur ma table de nuit depuis sa sortie en septembre). Alors que le premier m’a fascinée, j’ai plus de mal avec le second. C’est surtout une histoire de narration : il y a des rythmes dans l’écriture qui nous prennent plus que d’autres. Et puis il y a l’histoire en elle-même, la morale qui en émane ou non… Là, je lis La Nature des choses de Charlotte Wood, génial mais tellement dur (sombre, violent) que je ne me jette pas dessus dès que j’ai une seconde. J’ai mis 6 mois à lire Si c’est un homme quand j’étais au lycée, record jamais égalé de mon côté… Certains thèmes sont si lourds qu’on a vraisemblablement besoin de faire des pauses.

J’ai aussi deux façons de lire : une lecture passive et une lecture active.

La lecture passive concerne surtout les romans pas trop compliqués, ceux dont la lecture est simple parce que le style est simple, l’histoire structurée de façon claire voire évidente. Les thèmes sont généralement légers (ou en tout cas, ils me touchent moins). Ce sont les lectures qui me portent, celles qui demandent peu d’efforts de la part du lecteur. Par exemple, Summer de Monica Sabolo ou Romain Gary s’en va-t-en guerre de Laurent Seksik.

Définir la lecture active est moins compliqué, il s’agit de celle qui demande à ce qu’on s’investisse, qu’on réfléchisse en lisant. Ce sont les textes qui me font repousser mes limites et qui me demandent, de fait, plus d’énergie et plus de temps. Pour l’exemple, je citerais Qu’est-ce que la misogynie de Maurice Daumas que je lis par intermittence depuis presque deux semaines.

Je n’ai pas de rythme particulier, je peux passer des mois à ne lire que des romans et enchaîner deux ou trois essais à la suite (plus ou moins pointus). Mais ce qui est sûr, c’est que quand je suis triste ou un peu déprimée, je me réfugie toujours, c’est inévitable, dans un bon polar! Alors la prochaine fois, c’est décidé, je parlerai polars et romans noirs.

Review #7 / Pourquoi je n’ai pas aimé « La Disparition de Josef Mengele »

Je n’ai pas aimé La disparition de Josef Mengele et je me sens donc un peu seule quand je lis les avis des autres sur ce livre qui a reçu le prix Renaudot 2017.

Déjà, je ne comprends pas pourquoi on l’a estampillé « roman » alors qu’une bonne moitié du livre (au moins) relève davantage de l’essai, de la recherche historique (ce qui donne d’ailleurs un article Wikipédia de plus d’une centaine de pages). Et je n’aime pas qu’on me vende des vessies pour des lanternes (oui je sais, je dévoie l’expression « prendre des vessies pour des lanternes »). Ma théorie est que le texte n’étant pas à la hauteur de l’essai (pour lire un contre-exemple absolu, lisez Laetitia, ou la fin des hommesde Ivan Jablonka, un chef d’œuvre du genre), il a été décidé de le présenter comme un roman. Or le roman n’est pas un genre poubelle, on ne peut pas y fourrer systématiquement tous les textes qu’on n’arrive pas à classer (souvent en raison de leur médiocrité d’ailleurs).

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Mais si je devais être précise (et indulgente) je dirais que la fin du livre, en effet, relève plus ou moins de la fiction (d’une Histoire mise en fiction), puisque Olivier Guez (l’auteur) tente de se glisser dans la vie de Josef Mengele. Je précise « tente de » parce que je n’ai pas trouvé sa personnalisation cohérente. Je ne l’ai pas non plus trouvée efficace : à la différence des Bienveillantes de Jonathan Littell on n’a à aucun moment l’impression de comprendre l’homme que l’on nous fait suivre. On ne compatit pas, aucun problème n’est réellement soulevé. On a l’impression d’avoir à faire à différents hommes qui s’appelleraient tous Josef Mengele. J’en ai tiré l’impression que l’auteur avait pas mal de restes de recherches en stock et qu’il avait décidé d’en faire un livre pour qu’elles ne se perdent pas (comme on fait des tartes à base de fruits plus très frais).

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Donc tout ça pour dire que je n’ai pas aimé ce livre que j’ai trouvé de piètre qualité et que je ne comprends plus le jury du prix Renaudot (je ne comprends plus non plus celui du Goncourt remarquez… Peut-être devrais-je me poser des questions !).

En revanche je vous conseille de lire Laetitia et Les Bienveillantes !