Inspiration #3 / « La Lectrice soumise » de René Magritte (1928)

Ce tableau, qui est actuellement à Abu Dhabi (d’après mon informateur) est juste génial!

Pourquoi « soumise »? « Soumise » à quoi?
Soumise au livre, à l’histoire, comme le montre l’expression de cette lectrice (qui pourrait aussi bien être un lecteur si on n’avait pas le titre pour nous aiguiller) avec sa bouche ouverte, suspendue au récit qui se déroule devant ses yeux (sans lunettes, on le remarque!).
Aussi, on note qu’elle est adossée à un mur (dans la position exacte que j’adopte quand je lis debout contre la porte du métro, un peu avachie quand même) donc qu’elle ne peut s’empêcher de continuer de lire, absolument ferrée par la narration. Le confort passe après.

Pourquoi une femme? 
Je pense à Northanger Abbey, de Jane Austen, dans lequel l’auteure explique qu’au 19e encore (au 18e c’est une évidence), les romans sont affaire de femmes. Les hommes, eux, lisent des mémoires (tournant principalement autour de la guerre). Je ne sais plus très bien dans quel roman du 18e ou 19e on nous parle d’une femme qui, invitée à un dîner, a été retrouvée par sa servante assise par terre au milieu de sa garde-robe, un roman à la main et les joues baignées de larmes. En fait je me demande si ce n’est pas dans Jane Austen d’ailleurs…

Inspiration #2 / Les « selfies littéraires »

En cherchant sur Google « books+jokes », j’ai trouvé pas mal d’inspirations pour cette nouvelle section du blog! Parmi lesquelles ce dessin amusant qui m’a amenée à me poser cette question (que je ne m’étais absolument jamais posée) :

Les autobiographie sont-elles vraiment des selfies littéraires? 

Pour répondre à cette question, il me semble important de se référer à Philippe Lejeune, celui qui a théorisé (du point de vue du lecteur – c’est important de le noter) le « pacte autobiographique » qu’on enseigne dans le secondaire aussi bien que dans le supérieur.

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La définition qu’il donne de l’autobiographie est la suivante : « Récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité. » (Le Pacte autobiographique, Points Essais, p.14)

Bon, de toute évidence, aucun rapport avec le selfie qui :
– n’est pas (ou si peu) rétrospectif / on le poste tout de suite, en instantané ou juste après retouches;
– n’est pas en prose mais alors pas du tout / il s’agit d’une image;
– ne met pas l’accent sur la vie individuelle / capte un moment de la vie individuelle (ou collective d’ailleurs);
– ne s’attache pas à l’histoire d’une personnalité / capte le moment d’une image, d’un visage ou d’un corps, sans s’inscrire dans une durée.

Le selfie est toujours trompeur, une grande partie l’est volontairement (on aime se voir et se montrer à son meilleur, quitte à tricher) et l’autre l’est involontairement (même sans maquillage, une photo de soi n’est jamais vraiment soi…).

Pour aller plus loin : La Chambre claire de Roland Barthes.

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Review #10 / « Au gré des jours » de Françoise Héritier

Il est des gens que l’on regrette de n’avoir pu rencontrer.

Pour moi, c’est J. D. Salinger et Françoise Héritier. (Tous ceux qui étaient déjà morts avant qu’on sache lire ne comptent pas!) Et pourtant, je ne connaissais Françoise Héritier que par les interviews qu’elle donnait, filmées ou imprimées. Quelques jours avant l’annonce de son décès, je m’étais vraiment régalée à lire l’entretien qu’elle avait donné au Monde. J’étais arrivée au bureau toute remontée, j’avais envie d’en parler à tout le monde. J’étais même prête à reprendre mes études, à me lancer dans un doctorat (comme tous les ans à la même période)… Et puis Françoise Héritier est morte. Elle avait l’âge de ma grand-mère, j’ai trouvé ça jeune finalement, 84 ans.

J’ai découvert Au gré des jours par hasard, dans une pile de livres oubliés, en triant l’autre jour. Je me suis mise à le lire tout de suite.

Le livre est structuré en deux parties : une première, constituée d’une suite de petites choses de la vie qui ont marqué Françoise Héritier (succession marquée par des virgules en majorité, ce qui donne une espèce de souffle très long et très court à la fois) : « croquer un petit beurre LU en commençant par les quatre coins » ou « raconter pour la énième fois la même histoire et la trouver toujours drôle, à rire aux larmes ».
Puis la seconde, sous forme de récit cette fois, de souvenirs marquants encore mais plus développés (sa fille en petite robe, nus pieds et chapeau se promenant en petite reine au milieu des enfants africains qui l’épiaient toute la journée pour découvrir si oui ou non elle avait les mêmes fonctions corporelles qu’eux – la situation permettant à la mère de travailler sans avoir à surveiller sa fille qui évoluait toute la journée à l’abri du danger sous une centaine de paires d’yeux bienveillants).

C’est un texte court, très poétique, touchant et drôle souvent.
Françoise Héritier a su faire de sa vie une oeuvre formidable et admirable, malgré les obstacles d’une société dans laquelle les femmes ne partaient pas travailler en tant que géographe en Afrique (leur constitution ne le leur permettaient pas, disait-on). Elle a su s’imposer quand il le fallait, s’effaçant quand l’humilité le réclamait. Elle dresse d’elle-même, sans rien faire pour, le portrait d’une femme indépendante, d’un esprit libre et savant.

Il est vraiment des gens que l’on regrette de n’avoir pu rencontrer.

Inspiration #1 / Bibliothèque imaginaire

Un ami/collègue a cette image pour fond d’écran depuis un certain temps. Ca fait un certain temps que je la convoite (l’image, hein) et ça y est, je l’ai!

Il s’agit bien évidemment d’une bibliothèque imaginaire, car dans la mienne il n’y a que des livres que j’ai lus! (enfin presque)

Ceux que je n’ai pas encore lus et ceux que je garde pour plus tard sont empilés au pied de la bibliothèque (ça fait comme un banc tellement il y en a).
Ceux que je n’ai pas terminés, que je ne lirai jamais ou que j’aimerais ne jamais avoir lus sont généralement donnés ou revendus (si je ne les ai pas finis c’est qu’ils ne m’ont pas convaincue donc aucune raison de les garder).
Ceux que je prétends avoir lus sont dans ma bibliothèque de bureau (je n’assume pas complètement).
Mais aucun livre de ma bibliothèque n’est là seulement pour épater la galerie… ou alors ils le sont tous, allez savoir!

Et vous, elle est comment votre bibliothèque?