Les polars de l’été #4 / Un tiède « Rendez-vous avec le crime » par Julia Chapman

La couverture et le titre (je dirais même le nom de l’auteur) laissent penser que Rendez-vous avec le crime sera un roman policier « joyeux », du genre de ceux qui mettent en scène un détective en jupe de tweed qui n’a a priori rien à voir avec le détective de film noir. On s’attend à de beaux paysages anglais de bord de mer, à des balades en campagne, à des intrigues légères de village, à des histoires de coeur rigolotes, à des mesquineries du quotidien, tout cela raconté sur un ton léger et avec humour. C’est un peu pour ça qu’on lit ce livre, me semble-t-il. Or il semble y avoir une erreur de promesse dans Rendez-vous avec le crime. Une erreur de packaging, une erreur dans l’image de ce texte, dans tout ce qui vient autour et peut-être, aussi, dans une partie de ce qu’il y a dedans.

On ne trouve pas exactement ce que l’on attend dans Rendez-vous avec le crime. En tout cas j’en suis, moi, ressortie plus perturbée qu’autre chose.

Tout au long de ma lecture (qui a duré presque une semaine – ce qui n’est pas vraiment bon signe pour ce genre de livre), j’ai eu une impression mitigée. La sensation de ne pas vraiment savoir ce que je lisais.
Le temps de lecture en lui-même est un assez bon indice de l’intérêt que je porte à un livre. Les thrillers et polars sont censés nous ferrer. Quand l’histoire est bonne on n’est pas censé lâcher le livre – comme en témoignent mes lectures de Pleasantville et #help – et je sais que quand je n’accroche pas à un roman de ce genre, c’est qu’il y a un problème – parce que je suis vraiment une bonne victime des intrigues.
On n’est pas censé penser à ce qu’on va lire après, on doit être totalement immergé dans l’histoire et l’atmosphère (je me souviens d’ailleurs avoir été complètement angoissée pendant une semaine après avoir fini Une autre histoire de Sarah J. Naughton en mai). Bref, Rendez-vous avec le crime ne m’a pas prise en otage comme les derniers polars que j’ai lus et je pense que c’est dû à l’espèce d’hésitation qui le caractérise.

L’histoire ne semble pas assumer le côté casual crime story (un crime un peu grotesque commis dans une petite bourgade sympathique – d’Angleterre si possible -, un (couple de) détective(s) incongru(s), de l’humour, de l’amour, des animaux domestiques… Tous les codes sont là au niveau du récit. Et pourtant le récit en lui-même ne prend pas. Comme si l’auteure se pliait à un genre qu’elle sait porteur mais qui n’est pas le sien. On a l’impression d’un exercice de pastiche, ce qui crée immanquablement une distance entre le lecteur et l’histoire ou le récit.

Donc je ne conseille pas Rendez-vous avec le crime. Mais si vous l’avez lu, aimé ou non, j’aimerais avoir votre avis !

Le résumé, mais court.
Delilah Metcalfe n’a plus un sou. Elle a monté un site de rencontre pour les locaux de Bruncliffe et ses alentours mais cette entreprise a du mal à décoller. Quand le banquier lui met gentiment la pression, elle décide de louer le rez-de-chaussée de la petite maison dans laquelle elle a ses bureaux.
Mais quelle n’est pas sa surprise quand elle découvre que son nouveau locataire n’est autre que Samson O’Brien, le fils de celui que tout le monde a toujours appelé « sac-à-vin-O’Brien ». Samson, le revenant, a quitté Bruncliffe il y a presque quinze ans pour devenir un agent infiltré de la Met (Metropolitan Police Service – à Londres) et tout le monde lui en veut. Il a raté l’enterrement de son meilleur ami, Ryan, feu le frère de Delilah mort en Afghanistan. Ironie du sort, la seule qui l’accueille gentiment est Lucy Metcalfe, la veuve de Ryan. Et Calimero, le gros chien de Delilah.
Alors que tout le monde mène la vie dure à ce beau gosse qui conduit une moto rutilante, il se voit offrir sa première enquête de détective privé. Mme Hargreaves est persuadée que son fils Richard a été poussé sous le train qui lui a ôté la vie à la gare voisine. Sauf que tout le monde croit à la thèse du suicide.
Samson va rapidement se rendre compte que Richard n’est pas le seul à avoir perdu la vie dans des circonstances que l’on dirait évidemment accidentelles dans les derniers mois et dans le coin de Bruncliffe, pourtant si calme. Il accepte l’affaire, sans trop y croire au début, puis de plus en plus convaincu de tenir quelque chose.
Delilah quant à elle, ne pense qu’à sa soirée de speed dating du mois d’octobre. Contrariée par la réapparition de Samson à qui elle ne peut pardonner d’avoir abandonné Ryan, Lucy et Nathan (leur fils et le filleul de Samson), elle voit d’un mauvais oeil son installation dans sa maison. D’autant que son enquête va dangereusement entrer en conflit avec son entreprise quand elle va découvrir (quelques heures avant Samson) que les hommes qui meurent sont tous liés à son site de rencontres…

Rendez-vous avec le crime, Julia Chapman
La Bête noire, Robert Laffont
381 pages, 14,90€

 

Les polars de l’été #2 / Agatha Raisin vs. le reste de l’univers littéraire

Je l’ai avoué. Ces derniers temps, j’ai été complètement happée par Agatha Raisin. Et je n’en ai pas honte.

(Ne vous fiez pas à l’image : Agatha est brune)

Pourtant, on ne peut pas dire que je fasse partie des lecteurs adeptes de ce que les blogueuses appellent « livres-doudous » ou « feel good ». Je n’aime plus vraiment ça depuis que j’ai passé le cap de l’adolescence (et surtout depuis que j’ai lâché Gossip Girl – je devais avoir quinze ans, c’était à Deauville pendant les vacances de la Toussaint chez une copine) et j’ai une fâcheuse tendance à mépriser gentiment le public de ce genre de littérature (ce qui est absurde, ils sont des millions – mea culpa).

En fait, histoire de me dédouaner, je pense que ça résulte d’une certaine conception de la littérature (d’une véritable perversion induite par les études littéraires) : pour moi, la littérature n’était pas faite pour faire du bien dans l’instant. Elle servait à faire réfléchir, à faire vivre des situations-limites, ce genre de trucs sérieux et très souvent déprimants (bonjour Steve Tesich – j’ai adoré Karoo et Price mais on ne peut pas vraiment dire que leur lecture m’ait rendue heureuse). Si elle me faisait du bien dans l’instant, c’était presque par accident. Et puis j’ai lu Agatha Raisin.

Les dix tomes de la série étaient posés depuis un mois ou deux sur la table basse du salon et c’est vrai que les couvertures m’amusaient à chaque fois que mon regard tombait sur elles (ah, le vernis sélectif). Je voulais commencer, j’avais envie de m’y mettre mais j’avais toujours autre chose à lire et puis DIX TOMES (il n’y en avait que dix quand la série s’est retrouvée sur ladite table basse) !

Bref. Un jour, en mars si mes souvenirs sont bons, je ne savais plus quoi lire et je me suis décidée. J’ai attaqué Agatha Raisin et la quiche fatale. J’avais absolument zéro attente : je ne savais pas ce que je lisais (je savais juste que l’auteure – M.C. Beaton – était une dame rigolote et que ça se passait en Angleterre) et mon humeur était, genre, neutre.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, j’ai absolument adoré.

L’histoire est simple : Agatha est une quinqua londonienne qui vient de revendre sa boîte de comm’. Avec le fruit de la vente (et donc de son travail), elle s’est acheté un cottage à Carsely dans les Costwolds, charmante région du Sud-ouest de l’Angleterre, à l’opposé de la banlieue urbaine et misérable dans laquelle elle a grandi. Agatha s’installe, essaie de prendre ses marques mais c’est un peu compliqué, surtout avec son sale caractère. Là où elle a élu résidence, le tricot, la couture, la composition florale et la cuisine sont élevés au rang de religions. Or Agatha ne sait rien faire de ses dix doigts (à part se coiffer pour rendre ses cheveux brillants) et manque franchement de volonté. Donc quand elle apprend qu’une compétition de quiches se tiendra au village, elle décide de s’y mettre pour qu’on l’aime. Mais elle finit évidemment par aller acheter sa quiche à Londres, chez son traiteur préféré. Sauf que, pas de chance, le juge suprême du concours est empoisonné… par cette même quiche. Agatha se retrouve donc accusée de meurtre alors qu’elle vient juste d’arriver. Il va falloir qu’elle se défende tout en gardant son honneur (pas facile d’avouer qu’on est une vilaine tricheuse à des gens qu’on ne connaît pas et avec qui on aimerait bien faire ami-ami).
Ce premier tome plante le décor, l’ambiance et la plupart des personnages que l’on retrouvera dans les livres qui suivent : Bill Wong, le jeune policier du coin dont les parents font fuir toutes les petites amies ; James Lacey, le voisin qui fait craquer Agatha mais qui fuit au moindre signe d’intérêt de la gent féminine ; Mrs Bloxby, la femme du pasteur qui n’est que bonté alors que son mari n’est que rudesse.

Toute la série (enfin les douze tomes que j’ai lus) est dans la même veine, avec des hauts et des bas, de nouveaux personnages, d’autres qui disparaissent… Et toujours un nouveau meurtre à résoudre pour Agatha, détective en herbe.

Mon préféré est probablement Sale temps pour les sorcières (le tome 9) et celui que j’ai le moins aimé : L’enfer de l’amour (le tome 11).

Voilà, ça explique en partie que je n’aie rien écrit depuis un bout de temps. Enfin en partie seulement 🙂

Bonne soirée à tou(te)s !

PS : Si vous avez lu plusieurs tomes de la série, lequel avez-vous préféré ?

PPS : si certains lecteurs masculins passent par ici et ont lu Agatha Raisin j’aimerais bien savoir ce qu’ils en pensent !