Review #11 / « Le Moineau rouge » de Jason Matthews

Ca fait quelque temps que je n’ai rien écrit ici ! J’ai eu pas mal de boulot, c’est vrai, mais j’ai aussi pris mon temps, pour une fois, pour profiter au maximum de ma lecture du Moineau rouge de Jason Matthews, mon premier roman d’espionnage.

J’ai vu James Bond, j’ai longtemps clamé que mon film préféré était « Spy Game » (avec Brad Pitt, oui oui)… D’ailleurs il y avait dans ce film une scène géniale : Robert Redford, qui s’emploie à former le jeune Brad Pitt aux techniques d’espionnage, lui demande de réussir, sans donner aucune info sur lui-même à qui que ce soit, à arriver jusqu’au balcon de je ne sais quel étage de l’immeuble d’en face. En gros, il doit persuader les habitants dudit immeuble, un par un, de le laisser entrer, jusqu’à pouvoir sortir sur le balcon pour faire signe à Redford. Après quelques secondes pour nous et quelques minutes pour eux, Brad apparaît, une tasse de thé à la main, d’une nonchalance folle, en compagnie d’une vieille dame tout sourire, ravie d’avoir accueilli chez elle ce jeune homme fort sympathique et qui inspire vraisemblablement toute confiance. Epreuve réussie! Bref, j’adore ce film.

Du coup, je ne sais pas trop pourquoi je n’ai jamais cherché à lire de romans d’espionnage… Je n’en avais juste jamais vu, personne ne m’avait jamais conseillé d’en lire. Enfin, un jour j’ai trouvé ce livre, Le Moineau rouge, un peu au hasard et la 4e de couverture m’a donné envie. Je la mets juste en-dessous (ne faites pas attention à l’état du livre qui a un peu souffert des séjours passés dans mon sac à dos) :

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Le résumé, mais court
Nate Nash est un jeune agent de terrain. Il travaille pour la CIA et croit dans l’importance de sa mission: protéger son contact, une « taupe » russe du nom de MARBRE qui leur fournit des informations de la plus haute importance depuis 14 ans.
Dominika Egorova est, elle, une danseuse russe incroyable. Future étoile, son avenir est brillant. Mais quand elle est victime de la jalousie d’une concurrente qui s’arrange pour qu’elle se blesse, tous ses espoirs s’évanouissent d’un coup. Son père meurt, la situation de sa mère est menacée. Les dominos tombent un par un. Dominika décide donc, plus ou moins contrainte, d’aller travailler avec son oncle, haut gradé du Renseignement russe. Elle passera par de nombreuses étapes, parmi laquelle l’Ecole des moineaux, formant les jeunes agents à se servir de leurs charmes pour faire tomber leurs cibles, afin de devenir un agent de renseignement.
Nate et Dominika, chacun missionné pour recruter l’autre, vont nouer des liens, jusqu’à ce que l’un d’eux réussisse.
La position de MARBRE est menacée (sa vie aussi…), une taupe russe à Washington affole la CIA… Les fils se tissent et s’entrelacent petit à petit avec finesse pour mener à un dénouement sensationnel.

Cette histoire, résumée par moi, doit sembler banale, peut-être même clichée.
Mais c’est sans compter sur le don secret de Dominika dont la mémoire enregistre tout et qui, surtout, peut percevoir la couleur de l’âme de ses interlocuteurs (vous verrez).
Les personnages ont une réelle épaisseur, ils sont construits, ils sont beaux (« dans tous les sens du terme ») et on s’attache à eux. Que demande le peuple ?
Des scènes de corps-à-corps (de tous genres) à couper le souffle, des dialogues justes et surtout, surtout, un procédé d’une originalité folle : chaque chapitre se clôt avec la recette d’un plat dégusté par les personnages dans ledit chapitre.

Sans surprise à ce stade de cet article, j’ai adoré ce roman. Depuis Purity de Jonathan Franzen, je n’avais pas trouvé de roman dont j’avais tant envie de savourer la lecture. Chaque jour, chaque soir, je me réjouissais de retrouver Nate, Dominika, MARBRE, Vania, Gable, Forsyth et les autres. Hier soir, donc, j’étais un peu triste en tournant la dernière page du Moineau rouge

Je suis allée au théâtre!

Il y a quelques semaines maintenant, je suis allée au théâtre.
C’était un vendredi soir, je suis rentrée du bureau, je me suis occupée des enfants (parce que oui, j’ai 29 ans mais j’en ai déjà deux), j’ai attendu que mon Normand rentre puis on a attendu la baby-sitter et puis on est sortis. Je ne me suis même pas changée, ni remaquillée.
Alors j’ai repensé à avant, quand j’étais plus jeune, quand je n’avais pas encore d’enfants, pas de bureau auquel me rendre tous les jours… Quand j’avais encore l’énergie pour me changer quatre fois par jour, me faire des brushings comme chez le coiffeur, des smoky eyes élaborés. Quand mes tenues avaient un sens, quand j’avais le temps de choisir le sac à main qui irait le mieux avec ce que je porterais.
Quand j’avais le temps de lire un livre de bout en bout sans être dérangée, quand je pouvais sauter le dîner et m’endormir devant la télé. Quand je pouvais décider d’aller prendre mon petit-déjeuner au café d’en bas sans avoir à mettre au courant trois personnes différentes, sans avoir à demander la permission. Quand l’argent que je gagnais n’était que pour moi, quand je pouvais, le jour de paye, aller chez Zara et acheter des tonnes de vêtements sans culpabiliser. Quand je trouvais que mon deux-pièces de 24 m2 au pied de la Butte était le lieu de vie idéal. Quand je n’avais pas à négocier pour récupérer une case de la bibliothèque pour y fourrer mes livres. Quand je pouvais passer une journée entière devant la télé à regarder des films. Quand je pouvais sortir au débotté pour retrouver mes copines (que je n’ai plus vraiment le temps de voir), aller au musée, ou juste me promener. Parce qu’avant je pouvais me promener, j’avais du temps (malgré mes heures de cours et mon job étudiant). Du temps pour moi, pour découvrir plein de choses, pour m’amuser, pour décompresser…

Mais j’écris cette chronique avec, en face de moi, une petit fille de 6 mois dans son cosy qui gazouille en mangeant ses pieds, dans un hôtel sublime du Devon (en Angleterre) qui donne directement sur la mer que j’entends frapper contre les rochers. Depuis trois jours, cette petite fille me réveille si tôt le matin que je peux assister au lever du jour. Depuis 4 ans et demi je vis avec un petit garçon si curieux que grâce à lui j’ai déjà revu tous les films de la série Harry Potter au moins trois fois, j’ai redécouvert des choses telles que l’astronomie ou la mythologie grecque et que j’avais complètement délaissées depuis que je ne suis plus une enfant. Grâce à eux tous les jours sont joyeux, et je me projette dans le futur, plus vraiment dans le passé qui m’a toujours rendue un peu triste.
Et puis il y a mon Normand, leur papa. Grâce à lui j’ai découvert des parties du monde que je n’aurais jamais visitées seule. Grâce à lui je suis moi.

Tout ça pour dire que nous sommes allés au théâtre en amoureux. Nous sommes allés voir Réparer les vivants. Ca faisait bien un an que je n’étais pas allée au théâtre (moi qui aime beaucoup ça) et on a passé un moment un peu spécial.

Je pense que tout le monde sait désormais de quoi parle Réparer les vivants… Je n’avais pas lu le roman de Maylis de Kerangal à partir duquel la pièce a été adaptée par Emmanuel Noblet parce que je n’en avais pas envie. Maintenant que j’ai vu la pièce je n’ai toujours pas envie de lire le livre mais je regarderais bien le film, juste pour voir.

Bref. Ce spectacle est incroyable. Eblouissant, sublime, fascinant, passionnant, intelligent… Je ne sais pas quels adjectifs positifs ne correspondraient pas… Ah si. Réjouissant. Oui parce que Réparer les vivants est plutôt très déprimant.
Mais l’interprétation (seul en scène) d’Emmanuel Noblet est fascinante par sa retenue, par sa justesse, son intelligence. Il parvient même à nous faire sourire (parfois)!

Enfin, j’ai parlé de mes enfants pour commencer, impossible de finir sans y revenir… Réparer les vivants pose la question du don d’organes. Réparer les vivants vous pose la question ultime, la plus inacceptable qui soit : si votre enfant décède par accident et si les prélèvements sont possibles, donnerez-vous votre accord? Mais Réparer les vivants vous invite aussi à vous poser cette même question (soudain moins dure quand il n’est plus question de votre enfant) : Et vous, êtes-vous d’accord pour que l’on prélève vos organes?
On sait les vies que ces organes devenus inutiles peuvent sauver, mais on ne sait pas comment chacun fonctionne, comment les relations dans les couples, dans les familles se sont construites, de quoi elles sont faites. Quelles peurs, quels liens affectifs, quel amour lient les gens. Parce que tous ces ponts, toutes ces « sutures » (comme on en parle en littérature, pour les deux univers de W ou le souvenir d’enfance par exemple) sont différentes chez les uns et chez les autres. Et une telle question, posée comme elle l’est par Emmanuel Noblet, dans tout ce qu’elle a de grave, réveille notre sensibilité et appuie vraiment, mais sans en avoir l’air, « là où ça fait mal ».
Parce qu’une fois qu’on n’est plus là, restent les vivants. Une fois que le présent est passé, reste le futur.