Review #19 / « L’intelligence du bonheur » de P. Z. Reizin

Je sors d’une période un peu compliquée niveau lecture : je ne savais plus trop quoi lire puisque je n’avais plus le temps de lire d’articles ou de regarder ce qui se disait sur les réseaux sociaux ou sur les blogs, j’étais (et je suis toujours) débordée par le travail et l’organisation quotidienne, et du coup il y avait peu de place pour mon désir.
Pour résumer, j’avais peu de disponibilité d’esprit et de temps. Donc, j’ai eu tendance, ces derniers temps, à privilégier des lectures a priori « faciles », c’est-à-dire que j’allais plutôt vers de la fiction (vous me direz, ça ne change pas beaucoup) et de la fiction joyeuse. 
J’avais donc laissé de côté toute la littérature française actuelle et les grands romans étrangers. En somme, je me suis concentrée sur de la fiction « de genre » plutôt grand public. 
J’ai fait un petit écart en lisant le dernier Patti Smith (« Dévotion ») et le prochain Yann Moix (« Rompre ») mais c’était parce qu’ils sont courts (j’ai honte). 
Donc, tout ça pour dire que j’ai sorti de ma pile « L’intelligence du bonheur » de P. Z. Reikin (Albin Michel) il y a à peu près deux semaines et que je viens seulement de le terminer. 

Le temps qu’on passe à lire un livre est une donnée ambivalente : on peut avoir adoré un récit et cherché à le prolonger en prenant son temps mais la plupart du temps (dans mon cas) je remarque que si on met trop de temps à lire un livre ce n’est pas très bon signe. Ça veut souvent dire que l’urgence qu’un récit doit savoir créer chez son lecteur a manqué. 

J’avais mis ce livre de côté parce que le pitch m’avait parlé :
 » Depuis que Jen s’est fait plaquer, elle passe ses soirées dans la baignoire de son appartement londonien à siroter du pinot gris en écoutant Lana Del Rey en boucle. 
Fraîchement divorcé, Tom est en quête d’une nouvelle vie. Il a quitté l’Angleterre avec pour seuls bagages son ordinateur et son lapin pour se lancer dans une carrière d’écrivain dans le Connecticut.
Tout les oppose et pourtant, Aiden est persuadé qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Aiden ? Le confident et collègue de Jen au labo de programmation où elle travaille. Ou plutôt… l’intelligence artificielle qui s’est juré de faire son bonheur en lui trouvant la perle rare. Mais le bonheur est-il affaire d’intelligence ? « 

Ce que j’ai aimé : C’est un roman qui se lit facilement, l’histoire coule et les personnages sont sympathiques. J’ai adoré les deux Intelligences Artificielles, Aiden et Aisling qui sont des personnages vraiment super, malgré leur statut non-humain ! 
La problématique des IA est par ailleurs très intéressante (très documentée) et très bien amenée. 

Ce que je reproche à ce livre : la dernière question du pitch laisse deviner une certaine tension, une interrogation qui sont en réalité totalement absentes du roman que j’ai trouvé un peu trop régulier. J’ai d’ailleurs trouvé Jen et Tom, ainsi que tous les autres humains, assez plats, presque creux, surtout face aux IA. 
On a l’impression que l’auteur se réfrène, qu’il est toujours à la limite de la dystopie et c’est un peu gênant. Ça donne parfois un goût un peu fade au récit. 

Je reste donc sur une impression assez neutre : un roman sympa mais pas incontournable. Ceci dit, ça donnerait sans doute un bon film ou une bonne série si une équipe de scénaristes ajoutait un peu de tension à tout ça !

Bilan du mois #1 / Octobre 2018


Histoire de ne pas perdre trop le fil de mes lectures et d’avoir une vue un peu plus large sur ce que je lis, je vais essayer de vous proposer tous les mois un récap’ des livres que j’ai lus. Ça me permettra de nommer aussi ceux dont je n’ai pas parlé et d’expliquer aussi pourquoi je ne l’ai pas fait…

Voici donc (très en retard) ma liste non-chronologique du mois d’octobre : 

– Agatha Raisin enquête Tome 13, Chantage au presbytère
– Agatha Raisin enquête Tome 14, Gare aux fantômes
– (VO) Agatha Raisin enquête Tome 15, Agatha Raisin and the deadly dance
Je n’ai rien écrit de nouveau sur la série parce que j’ai estimé que mon article Les polars de l’été #2 / Agatha Raisin vs. le reste de l’univers littéraire était suffisant (je n’ai pas changé d’avis depuis !)

– Adam Nevill, Appartement 16
Je ne sais pas vraiment ce que je pense de ce livre… J’hésite à le classer dans la catégorie fantastique alors qu’il répond au présupposé (irruption du surnaturel dans le cadre d’un récit réaliste)… L’histoire est très sombre. L’habitante d’un immeuble très chic de Londres décède. Il s’agit d’une vieille dame, veuve, sans enfant mais dont la petite-nièce est appelée pour hériter (avec sa mère qui ne peut faire le voyage des Etats-Unis parce qu’elle a une peur panique de l’avion). Or la petite-nièce se rend compte assez rapidement que quelque chose ne va pas dans l’immeuble. Des bruits étranges, des ombres apparaissant dans les reflets de miroirs… Seth, le portier de nuit, entend quant à lui des bruits étranges émanant de l’appartement 16 (qui donne donc son nom au roman). Sa curiosité va le pousser à jeter un oeil par l’ouverture réservée au courrier. Un courant d’air froid le frappe au visage et à partir de là, tout va basculer. On plonge avec lui dans un univers quasi parallèle, peuplé de démons qu’il va devoir servir.

– Marcela Iacub, Scandale à la porcherie (lien vers l’article ici)
– Fiona Barton, La Coupure (lien vers l’article ici)
– Tayari Jones, An American Marriage (lien vers l’article ici)
– Where’d you go Bernadette ? 

Le livre que j’ai commencé à lire et abandonné : Sing, Unburied, Sing.

Review #18 / « La Coupure » : Fiona Barton, future reine du thriller psychologique ?

La coupure, c’est une coupure de presse sur laquelle tombent Kate Waters, éminente journaliste du Daily Post qui peine à trouver des enquêtes dignes de ce nom et Emma Massingham, employée dans une maison d’édition en souffrance.
La coupure fait état de la découverte d’un petit squelette de bébé au beau milieu d’un chantier. Et si l’instinct de Kate la pousse à creuser cette micro-histoire dans laquelle elle pressent qu’il se loge un peu plus qu’un chien écrasé, les quelques lignes propulsent Emma bien des années en arrière, mettant en danger sa santé psychique plus que fragile.
À ces deux femmes vient s’ajouter Angela dont le bébé a été enlevé à la maternité il y a une trentaine d’années et qui n’a jamais été retrouvé.

Les trajectoires de ces trois femmes, initialement mues par des motivations différentes, vont se rejoindre autour de la figure de ce bébé enterré sous une jardinière. L’enquête de Kate et celle de la police vont remuer des blessures profondes chez Emma et Angela mais elles vont également mettre au jour des meurtrissures jamais énoncées chez d’autres femmes dont les voix vont venir rejoindre le trio.

La Coupure, plus qu’un très bon thriller psychologique, est un roman choral sur ce que ça peut être d’être une femme, une jeune fille et une mère. Le récit questionne la possibilité d’une parole face à la tragédie, mais aussi la possibilité de survivre quand on a été confronté(e) au pire.

La Coupure s’inscrit donc naturellement dans la lignée de La Veuve, premier et superbe thriller psychologique de Fiona Barton dont l’expérience du milieu journalistique apporte une densité plus qu’appréciable au récit.
Si l’auteure continue à monter en puissance comme ces deux thrillers psychologiques semblent le présager, le troisième fera sûrement d’elle l’un des meilleurs auteurs du genre.

La Coupure, de Fiona Barton
Fleuve Noir, 2018, 477 pages, 20,90 €

Review #17 / « Scandale à la porcherie », de Marcela Iacub

« Analyse d’une révolte contre l’inégalité sexuelle », c’est le sous-titre de cet essai de Marcela Iacub que je connaissais de loin à cause du livre qu’elle avait écrit sur son « histoire » avec DSK (Belle et Bête, Stock, 2013). Ce livre se présente comme une analyse des événements de l’année passée : #MeToo et #balancetonporc. Le sujet n’est donc pas inintéressant, il avait même tout pour me donner envie de le lire. Seulement voilà, l’analyse est convenue, dépassant rarement le résumé de faits que l’on connaît tous. On n’est à aucun moment surpris par une interprétation nouvelle ou profonde du phénomène. Tout ce qu’on aurait attendu de l’auteure, qui est aussi et même surtout directrice de recherche au CNRS, manque à cet essai qui reste à la surface, sans jamais apporter un regard neuf sur le phénomène qui nous a passionné(e)s pendant des mois. Le choix des tweets en annexe à la fin de l’ouvrage est d’ailleurs questionnable.
Rien de nouveau sous le soleil, donc. À part peut-être la dernière partie, franchement rafraîchissante par rapport au reste de l’ouvrage, qui constitue l’épilogue (« De la révolte à la révolution »), dans laquelle Marcela Iacub propose un nouveau système public d’aide aux parents (et donc aux mères) et de prise en charge de l’enfant, questionnant par là la notion même de parentalité telle que nous la vivons.

Scandale à la porcherie, Analyse d’une révolte contre l’inégalité sexuelle, de Marcela Iacub
éd. Michalon, 2018, 126 pages, 15€

Livres en VO #1 / « An American Marriage », de Tayari Jones

C’était un cadeau d’anniversaire.

J’avais repéré An American Marriage sur les comptes de blogueuses anglo-saxonnes que je suis sur Instagram : elles en parlaient toutes comme d’un super roman. Et puis en juillet, j’avais remarqué que ma voisine de devant (une jeune femme blonde qui voyageait avec un enfant), dans l’avion, le lisait avec frénésie. J’ai toujours bien aimé m’inspirer d’inconnu(e)s, que ce soit pour des vêtements, des chaussures, des livres, des restaurants… Quand j’entends quelqu’un que je ne connais pas faire référence à quelque chose que je ne connais pas, ça me donne envie de le découvrir. Je pense que ça me donne l’impression de partir un peu à l’aventure. Et ça fait de cette découverte quelque chose qui ne m’appartient qu’à moi puisque je ne reverrai jamais la personne qui m’a inspirée. Ça marche d’ailleurs rarement avec les gens que je connais. Quand ils me conseillent quelque chose ça me coupe l’envie… Et c’est toujours un peu vexant pour eux. Peut-être parce que le fait que quelqu’un que je connais le connaisse aussi rend la chose un peu moins excitante.

Donc quand je suis rentrée à Paris au milieu de l’été, je ne pensais qu’à ce livre : An American Marriage. Je ne savais absolument pas de quoi il parlait, quelle en était « l’histoire ». Donc quand on m’a demandé ce que je voulais pour mon anniversaire, j’ai dit « An American Marriage ». J’aurais pu le commander sur Amazon mais j’ai complètement perdu le plaisir de commander des livres sur Internet. C’est peut-être parce que je vieillis, mais j’ai de plus en plus besoin que l’obtention de chaque livre que je lis soit une histoire en elle-même.

J’ai attendu quelques semaines avant de l’ouvrir parce que je traversais une période un peu étrange où je ne me sentais aucune disponibilité pour la lecture. Et puis dès que je l’ai ouvert (avec une excitation qui rappelle celle qui nous anime quand on déballe enfin un cadeau qu’on a attendu plusieurs minutes pour ouvrir) j’ai été complètement prise par le récit.

Il s’agit d’un roman en grande partie épistolaire. Je ne le savais pas, et heureusement parce que c’est une forme qui me fait toujours un peu peur, sans raison d’ailleurs puisque je ne me souviens pas d’un roman par lettres que je n’aurais pas aimé. Je parlais dernièrement avec des amis de ma passion pour Les Liaisons dangereuses que j’ai, du coup, envie de relire.

An American Marriage (qui n’est pas encore traduit en français) raconte l’histoire d’un couple d’afro-américains mariés depuis un peu plus d’un an, Roy et Celestial, qui doivent se rendre chez les parents de l’homme pour un weekend. Comme ils ne veulent pas dormir chez les parents de Roy, ils prennent une chambre dans un motel des alentours. Et pendant la nuit, alors qu’ils viennent de se disputer, Roy décide de sortir de la chambre pour aller chercher de la glace au distributeur du couloir. Il y fait la rencontre d’une femme qui pourrait être sa mère et à qui il raconte la dispute. La femme est gentille et le rassure. Il rentre à la chambre, se couche auprès de sa femme. Mais le lendemain ils sont réveillés par la police qui les sort du lit au petit matin pour arrêter Roy que la femme qu’il a rencontrée dans la nuit accuse de l’avoir violée.
Le roman raconte l’incarcération de Roy, comment cette épreuve va mettre leur jeune couple en péril.

C’est un roman formidable sur le couple, le mariage, la fidélité, l’amitié, la famille, la situation des afro-américains aux Etats-Unis aujourd’hui… Tayari Jones, l’auteure, aborde la question de la réussite personnelle avec une grande intelligence. Ça ferait sans doute un film formidable mais en attendant c’est surtout un livre à ne pas manquer tant il continue de nous habiter bien après sa lecture terminée !

An American Marriage, de Tayari Jones
One World Books, 2018

Rentrée littéraire #1 / « Modèle vivant » de Joann Sfar

J’avais bien aimé Comment tu parles de ton père et j’avais encore plus aimé Vous connaissez peut-être qui racontait l’arnaque amoureuse dont l’auteur avait été la victime : une certaine Lili avec laquelle il avait noué une relation virtuelle et qui s’était révélée être une espèce de voyou faite femme : pas du tout top model, pas du tout israélienne mais plutôt maître-chanteur du dimanche derrière son PC dans je ne sais plus quelle région de France. Il y avait quelque chose de sociologique dans ce livre-là.
Le Complexe de Shéhérazade, dans un autre genre, avait été une lecture sympa bien qu’un peu anecdotique.
Or, en cette rentrée, Joann Sfar revient, bien qu’il ne soit jamais vraiment parti, avec Modèle vivant, un livre un peu désarçonnant par sa forme, à la croisée des chemins autobiographique et essayiste.

La question qui sous-tend le récit, comme le titre l’indique, est celle du modèle vivant. Joann Sfar raconte les modèles nus des Beaux-Arts, ces gens qui offrent leur corps pour quelques heures aux crayons des élèves. Il raconte ce modèle qui s’est levé, mettant fin à la séance de pose parce qu’un monsieur de l’assistance ne dessinait pas.
Il dit la nécessité de dessiner la vie dans son mouvement, dans son dynamisme. Et ce qu’il dit aussi,  c’est la complexité, aujourd’hui pour un auteur, ou pour un artiste au sens large, de dépeindre le monde tel qu’il est quand il a face à lui des modèles qui ne s’arrêtent plus à une simple appréciation personnelle. L’époque des « j’ai bien aimé » et « j’ai détesté » est révolue. Les courriers et les appels personnels ont été remplacés par les lettres d’avocat et les condamnations judiciaires.

Vous connaissez peut-être a ainsi occasionné une tentative de procès de la part d’une strip-teaseuse qui ne supportait plus, finalement, que les gens qui fréquentaient sa chaîne Youtube soient désignés comme des « clients » dans le roman de Sfar. Elle qui avait félicité l’auteur pour ce chapitre qui lui était consacré a finalement trouvé qu’on y parlait mal de son chien et que les remarques sur la vie sexuelle de ce dernier pourrait lui porter préjudice. Le procès n’aura pas lieu mais quand même. On comprend que ce genre d’anecdote fasse un peu l’effet d’une castration chimique à l’âme artiste.

On ne peut pas écrire avec pour modèle le code civil et une mauvaise conscience. Trop de relecteurs ne font jamais de bien à un texte ou à une oeuvre au sens large. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les maisons d’édition sont désormais dotées de services juridiques. C’est le travail de ces gens-là de décider ce qui peut être gênant ou non. Le travail du dessinateur c’est dessiner, le travail de l’auteur c’est écrire et le travail du modèle c’est être représenté.
Alors on peut se dire, ce que Sfar ne dit pas, que si la strip-teaseuse ne voulait pas que l’auteur raconte ce qu’elle lui disait, elle n’avait qu’à pas le dire. Après, y a-t-il du mal à raconter ce que l’on voit ? À relater une scène à laquelle on a assisté ? Oui, si les gens en question sont identifiables et si les faits peuvent leur porter préjudice. C’est le Droit qui dit cela.

La création doit participer à construire et documenter l’Histoire. Elle n’a pas le droit de diffamer. On a tous appris les grandes guerres à l’aide de textes, fictifs ou non. Je ne pense pas que Modèle vivant construise l’Histoire mais il la documente à sa façon. Sfar réfléchit, il donne son avis d’artiste et d’homme sur les mouvements féministes d’une façon assez juste. Il fait référence à la polémique sur la réédition des pamphlets antisémites de Céline assez intelligemment.

Mais ce qui étonne, c’est l’absence d’un mot qu’on ne cesse d’entendre dans son absence : censure. Et finalement, c’est peut-être là que se niche le coeur même de ce texte : sommes-nous entrés dans l’ère de la censure ? Le politiquement correct s’étend-il tellement qu’il devient impossible pour un artiste de créer, de façon figurative et identifiable, sans tomber sous le coup de la loi ? C’est une question qui mérite que l’on y réfléchisse, aussi bien dans notre façon de parler au quotidien que dans celle que nous avons de lire, d’aborder un texte, qu’il soit fictif ou non.

Modèle vivant, Joann Sfar
Albin Michel, parution le 30 août 2018
217 pages, 18 €

Les polars de l’été #5 / « Elles », le roadtrip identitaire

Tanya Dubois n’existe pas.
Et pourtant, c’est elle qui assiste à la chute mortelle de son mari dans l’escalier de leur maison. Face au corps gisant de Frank, Tanya décide de prendre la fuite. Elle pourrait appeler la police et expliquer l’accident mais elle choisit de ne rien faire : elle n’a pas envie d’affronter les questions et une enquête. Et, à dire vrai, on peut comprendre. C’est une question que l’on se pose parfois : « Qu’est-ce que je ferais si ».
Or Tanya voit dans la situation présente une occasion de fuir une vie misérable qui ne correspond en rien aux attentes qu’elle avait pour sa propre vie. Débute alors un roadtrip de fuyarde, pavé d’une succession de masques que prendra Tanya pour rester libre.

« Elles » est un roman américain, un peu particulier et qui m’a laissé une sensation un peu similaire à « La Ville des morts » de Sara Gran. On est loin du page-turner qui offre une satisfaction immédiate mais ne laisse pas de souvenir solide. Les 342 pages sont denses, fournies et méritent qu’on prenne le temps de les lire.
Il m’a fallu du temps pour en venir à bout, non pas à cause de l’écriture – qui est de grande qualité – mais à cause des mises en place successives qui s’imposent à l’auteure et donc au lecteur. Tanya change d’identité six fois, ce qui implique six univers différents – bien qu’ils ne le soient pas tant que cela – et de nouveaux personnages à découvrir et à intégrer tout au long du récit. Le fil, on ne le perd pas. Et le talent de Lisa Lutz, l’auteure, est particulièrement perceptible dans cette façon qu’elle a de garder le cap, de ne jamais se dédire et de ne pas user de gratuité. Rien n’est superflu, tout, dans ce roman, converge vers la révélation finale.

« Elles », Lisa Lutz
Éditions du Masque, 2018
342 pages, 20,90 €