Les « Piles à Lire » nous gâchent-elles le plaisir ?

Quand je vois tous ces livres qui s’entassent au pied de ma bibliothèque, je suis souvent désespérée. J’essaie de me rassurer en allant voir celles des autres (en tapant #PAL ou #bookstack dans l’outil de recherche d’Instagram – pour ceux qui ne sont pas familiers du procédé) mais en fait « y a rien à faire ». La culpabilité m’étreint, je compte les ouvrages et j’arrive toujours à la même conclusion : sans rien acheter, j’ai de quoi lire tranquille pendant des années. Ca pourrait être cool, c’est juste déprimant.

Je passe par des phases « j’arrête d’acheter et d’accumuler, maintenant je lis ce que j’ai dans mes piles pour les faire descendre » mais je me suis rendu compte que dans ces moments-là, je ne fais pas les choses correctement.
Je m’explique.
Quand la culpabilité me prend, je décide de faire preuve d’efficacité. Concrètement, ça veut dire que je sélectionne les livres les plus courts et que je les lis le plus vite possible pour pouvoir les transférer de ma pile à la bibliothèque (douce rêverie : je n’ai plus de place dans ma bibliothèque…). Je me retiens d’aller dans les librairies que j’aime, je n’achète pas les livres qui me font envie parce que je me dis que je risque de ne pas les lire assez tôt… Or ce n’est pas, mais alors pas du tout, une chose à faire.
Déjà, en lisant les livres trop vite et pour les mauvaises raisons, en n’achetant pas ceux qui me font envie, je passe à côté de certains de ces livres, de ceux qui demanderaient plus de temps, qui mériteraient une lecture plus étalée et un investissement plus important. Et puis, surtout, je mets d’office de côté les plus gros volumes.

C’est un peu le problème avec les blogs. Je ne vous apprendrai rien en vous disant que c’est en produisant du contenu qu’on gagne en visibilité, qu’on fidélise ses lecteurs, qu’on obtient un meilleur référencement… Il faut produire (et je ne parle même pas des fils Instagram…). Et quand on ne fait pas ça à temps plein, on est vite rattrapé par le cours des événements et par la rapidité de ce temps qui passe, toujours trop vite. Les jours, eux aussi, passent et me rappellent que je n’ai rien écrit. J’ai lu, mais pas assez pour pouvoir en dire quoi que ce soit. Je ne suis pas particulièrement impatiente mais je suis d’un naturel angoissé. Alors même ici j’angoisse. Je ne veux pas écrire n’importe quoi, je ne veux pas non plus lire n’importe quoi. Et pourtant j’ai envie que ce blog vive !

Alors j’essaie de me rappeler que je lis pour vivre des choses, pour m’extraire de la réalité souvent. J’aime ça et j’aime aussi raconter ces expériences, à chaque fois différentes. J’aime avoir un endroit pour crier mon amour pour un titre, ma déception pour un autre. J’aime bien, aussi, pouvoir écrire des chroniques comme celle-ci, qui disent un peu ce que je suis.

Alors je vais essayer de continuer à alimenter ce blog aussi régulièrement que possible. Mais je vais surtout essayer de lire de façon intelligente et peut-être plus spontanée, moins efficace peut-être. Il y aura peut-être d’autres moments de vacance, d’improductivité totale… mais au fond, c’est pas bien grave !

Review #11 / « Le Moineau rouge » de Jason Matthews

Ca fait quelque temps que je n’ai rien écrit ici ! J’ai eu pas mal de boulot, c’est vrai, mais j’ai aussi pris mon temps, pour une fois, pour profiter au maximum de ma lecture du Moineau rouge de Jason Matthews, mon premier roman d’espionnage.

J’ai vu James Bond, j’ai longtemps clamé que mon film préféré était « Spy Game » (avec Brad Pitt, oui oui)… D’ailleurs il y avait dans ce film une scène géniale : Robert Redford, qui s’emploie à former le jeune Brad Pitt aux techniques d’espionnage, lui demande de réussir, sans donner aucune info sur lui-même à qui que ce soit, à arriver jusqu’au balcon de je ne sais quel étage de l’immeuble d’en face. En gros, il doit persuader les habitants dudit immeuble, un par un, de le laisser entrer, jusqu’à pouvoir sortir sur le balcon pour faire signe à Redford. Après quelques secondes pour nous et quelques minutes pour eux, Brad apparaît, une tasse de thé à la main, d’une nonchalance folle, en compagnie d’une vieille dame tout sourire, ravie d’avoir accueilli chez elle ce jeune homme fort sympathique et qui inspire vraisemblablement toute confiance. Epreuve réussie! Bref, j’adore ce film.

Du coup, je ne sais pas trop pourquoi je n’ai jamais cherché à lire de romans d’espionnage… Je n’en avais juste jamais vu, personne ne m’avait jamais conseillé d’en lire. Enfin, un jour j’ai trouvé ce livre, Le Moineau rouge, un peu au hasard et la 4e de couverture m’a donné envie. Je la mets juste en-dessous (ne faites pas attention à l’état du livre qui a un peu souffert des séjours passés dans mon sac à dos) :

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Le résumé, mais court
Nate Nash est un jeune agent de terrain. Il travaille pour la CIA et croit dans l’importance de sa mission: protéger son contact, une « taupe » russe du nom de MARBRE qui leur fournit des informations de la plus haute importance depuis 14 ans.
Dominika Egorova est, elle, une danseuse russe incroyable. Future étoile, son avenir est brillant. Mais quand elle est victime de la jalousie d’une concurrente qui s’arrange pour qu’elle se blesse, tous ses espoirs s’évanouissent d’un coup. Son père meurt, la situation de sa mère est menacée. Les dominos tombent un par un. Dominika décide donc, plus ou moins contrainte, d’aller travailler avec son oncle, haut gradé du Renseignement russe. Elle passera par de nombreuses étapes, parmi laquelle l’Ecole des moineaux, formant les jeunes agents à se servir de leurs charmes pour faire tomber leurs cibles, afin de devenir un agent de renseignement.
Nate et Dominika, chacun missionné pour recruter l’autre, vont nouer des liens, jusqu’à ce que l’un d’eux réussisse.
La position de MARBRE est menacée (sa vie aussi…), une taupe russe à Washington affole la CIA… Les fils se tissent et s’entrelacent petit à petit avec finesse pour mener à un dénouement sensationnel.

Cette histoire, résumée par moi, doit sembler banale, peut-être même clichée.
Mais c’est sans compter sur le don secret de Dominika dont la mémoire enregistre tout et qui, surtout, peut percevoir la couleur de l’âme de ses interlocuteurs (vous verrez).
Les personnages ont une réelle épaisseur, ils sont construits, ils sont beaux (« dans tous les sens du terme ») et on s’attache à eux. Que demande le peuple ?
Des scènes de corps-à-corps (de tous genres) à couper le souffle, des dialogues justes et surtout, surtout, un procédé d’une originalité folle : chaque chapitre se clôt avec la recette d’un plat dégusté par les personnages dans ledit chapitre.

Sans surprise à ce stade de cet article, j’ai adoré ce roman. Depuis Purity de Jonathan Franzen, je n’avais pas trouvé de roman dont j’avais tant envie de savourer la lecture. Chaque jour, chaque soir, je me réjouissais de retrouver Nate, Dominika, MARBRE, Vania, Gable, Forsyth et les autres. Hier soir, donc, j’étais un peu triste en tournant la dernière page du Moineau rouge

Pourquoi lire en VO?

Pourquoi lire en VO aujourd’hui, alors que les traductions sont quasi instantanées? C’est vrai que la question se pose.

De façon assez conventionnelle, j’ai commencé à « lire en anglais » quand j’ai entamé ma licence de Lettes modernes « mineure anglais ».
(Point études fortement dispensable : « Lettres modernes mineure anglais » veut dire que je suivais tous les cours de Lettres modernes, plus la moitié du cursus de licence d’anglais. Au final le diplôme équivaut à un double diplôme. D’ailleurs, si certains pensent entrer à la fac, je recommande vivement ces cursus à valeur ajoutée. J’ai étudié à Paris VII et j’ai pu, en plus de cette mineure suivre un parcours métiers du livre pendant un an et un parcours métiers de l’écrit pendant une autre année. J’ai énormément appris et découvert pendant les 5 ans qu’ont duré la première partie de mes études, menant au Master II de recherche, en Lettres (parce qu’en 4e année on doit choisir pour se concentrer sur une discipline particulière) sur lequel j’ai après rebondi pour intégrer un autre Master à Nanterre.)

Donc pendant les trois années que ce cursus initial a duré, j’ai suivi des cours de littérature américaine et d’autres de littérature britannique (entre autres). J’étais, en ce qui me concerne, plus fan du premier que du second (et mes notes s’en ressentaient). Mais ça tenait beaucoup aux professeurs qui s’occupaient de ces cours et à leur contenu, à la façon dont ils étaient pensés.
Je ne sais pas si c’est étonnant, mais la façon de faire découvrir la littérature américaine avait quelque chose qui m’a semblé bien plus dynamique, bien plus excitant. On étudiait la modernité: Kurt Vonnegut, Raymond Carver, Faulkner, Baldwin… On découvrait des mondes qui nous étaient totalement étrangers. Je me rends compte qu’on n’a pas vraiment étudié de livres écrits par des femmes (à part L’Eveil de Kate Chopin – une merveille). Mais je me suis bien rattrapée depuis ! (poke Toni Morrison, Siri Hustvedt, Joyce Carol Oates… j’en passe et des meilleures.)

Bref. C’est là que j’ai commencé à lire en anglais parce que je n’avais pas le choix. J’aurais pu aller acheter les traductions mais ça aurait été de la triche, et puis j’ai toujours été sérieuse donc quand on me disait de lire en anglais, je lisais en anglais.
Et en fait, je me suis rendu compte qu’il n’y a rien à faire : il n’y a rien de mieux que de découvrir un texte dans sa version originale.
Parfois on ne s’en rend pas compte, mais la traduction a souvent bien du mal à restituer le rythme d’origine. (Quand on s’en rend compte, c’est qu’on est heurté, que la traduction est vraiment mauvaise. Ces derniers temps, j’ai vécu ça avec la littérature scandinave, surtout les polars…) Et l’ambiance même est différente, modifiée par le passage d’une langue à une autre. Parce que quand on lit en anglais, on est malgré soi transporté dans un univers différent, dans un pays et une culture qui ne sont pas les nôtres, de façon bien plus naturelle que quand on lit le même texte dans notre langue, qui n’est pas celle du récit. La transposition forcée appose un filtre sur l’image qui se crée à la lecture d’un texte. La substance en est parfois brouillée. Elle en est presque toujours appauvrie.

Je me pose parfois la question, quand je lis un roman ou un essai anglais ou américain : « Est-ce qu’en français ce serait aussi bon? » ou « Est-ce qu’en français je trouverais ça bien écrit? ». Le fait est que je ne parviens presque jamais à me répondre.
Il y a donc pour moi deux catégories distinctes : les livres en anglais (anglais, américains, écossais…) et les français.
Du coup, tous les ouvrages que j’ai lus, traduits de langues que je ne maîtrise pas (ou pas assez pour les lire), je les classe dans les limbes. Une zone grise et incertaine. Car je sais que je rate quelque chose en ne les lisant pas dans leur version originale et en même temps je ne sais absolument pas ce que je rate puisque je ne connais pas la langue. Parce que chaque langue est différente, il me semble que chacun des univers afférents l’est aussi (ou bien est-ce plutôt l’inverse, au départ?).
Ainsi, l’imaginaire russe n’est pas l’imaginaire français (ni même européen, au sens large). J’ai beau lire et relire Tolstoï, Dostoïevski, Boulgakov et leurs copains, j’ai beau prendre tant et tant de plaisir, je sais que je ne saisis qu’un pan du tableau. Que tout ce qui est hors-champ m’échappe et m’échappera toujours tant que je ne maîtriserai pas le russe (et ça risque de durer!). Parce que maîtriser une langue, c’est au moins entrevoir tout ce que cette langue recouvre et induit.

L’humour étranger, par exemple, est difficile à capter. Quand un anglais ou un américain me fait une blague, je ne ris que rarement, et je ne comprends jamais du premier coup. La réciproque est sans doute encore plus vraie (mais je ne sais pas, je me fais généralement tellement rire moi-même que je me perds dans mon propre rire – j’ai l’humour égoïste).

Donc depuis des années maintenant, j’essaie d’acheter et de lire les romans écrits en anglais dans leur version originale. Parfois, la lecture est un peu « challenging », ça a été le cas dernièrement avec The Standing Chandelier de Lionel Shriver (et c’est assez exaltant de découvrir des tournures auxquelles on n’est pas habitué, d’apprendre un mot dont on ignorait absolument l’existence), et parfois je lis vite, avec beaucoup d’aisance, comme si c’était ma langue que je lisais (cf. Release de Patrick Ness).

 

Mais pourquoi donc, est-ce que je n’aime pas les mangas?

Au risque de débuter tout ce que j’écris par une assertion négative, je dois quand même dire que je n’aime pas lire de romans graphiques.
Je ne lis que très peu de bandes dessinées et je n’avais jamais lu de manga. Ce n’était pas vraiment de ma génération (1988 représente) et puis ce n’était pas mon style, ni celui des gens que je fréquentais quand j’aurais eu l’âge d’en lire. A posteriori, j’aurais vraiment aimé traîner avec des gens qui lisaient des mangas, qui faisaient du skate et s’habillaient gothique.

Et puis un jour, « à mon travail » (comme disent les enfants qui se prennent pour des adultes, ou les adultes qui sont restés des enfants) j’ai rencontré la fille d’une collègue, fan absolue de mangas. C’est une adolescente que j’aime bien parce qu’elle me fait penser à moi (oui, je suis autocentrée, ça arrive à des gens très bien). Donc je me suis dit que peut-être qu’en ne lisant pas de mangas je passais à côté de quelque chose. Que peut-être, aussi, il n’était pas trop tard pour être une fille qui lit des mangas, qui fait du skate… Mais je ne suis pas du tout prête à devenir gothique, je pense qu’il est temps de me faire à l’idée: je ne le serai jamais.

Seulement voilà, quand vous ne connaissez absolument rien à un genre, c’est assez dur de vous lancer. J’aurais pu demander à un(e) libraire mais là encore, je ne savais pas, mais alors pas du tout, où trouver une librairie qui vendait des mangas et qui pourrait m’aiguiller. Donc j’ai regardé un peu chez les « bloggeuses littéraires », pour voir quels mangas ça lisait, ces gens-là.

Le Maître des livres. Ca c’est un titre qui m’a plu. Et la couverture, avec ces livres partout et ce bibliothécaire perché sur son échelle… c’est un peu la pute à click des littéraires. Bref, j’ai commandé le tome 1 et wow! Quelle lecture joyeuse, divertissante et prenante !
L’histoire est top : dans une bibliothèque pour enfants, un homme entre un jour. Il n’est plus un enfant mais l’a-t-il jamais été? En découvrant cette littérature qu’il ne connaissait pas, qu’on ne lui a pas fait découvrir à l’âge habituel, il se développe, mue comme un papillon. Et dans cette bibliothèque, on rencontre avec lui les bibliothécaires, le personnage énigmatique et quand même attachant de Mikoshiba « le champignon » et aussi tous ces enfants qui passent avec ou sans leurs parents.
C’est une série sur l’importance des livres et de la littérature pour tous, à tous les âges. Sur le rôle majeur qu’ils peuvent jouer dans une vie, dans une société, dans un monde. Un vrai plaisir.

J’ai fini le tome 3 et j’attends un peu pour acheter le tome 4. Ce qui me plaît, c’est que j’ai prêté ces trois premiers volumes à la jeune fille qui m’a donné envie de lire des mangas et que, elle aussi, elle adore.

Enfin, je dois quand même ajouter quelque chose. J’ai compris pourquoi je n’aimais pas lire de romans graphiques etc. C’est parce que je trouve ça dur de lire en devant, en même temps, regarder (admirer, comprendre) une image. C’est un peu comme voir un opéra surtitré… ça demande un vrai effort. Mais après tout, peut-être qu’à force, on prend l’habitude! (pour l’opéra je ne sais pas, je m’endors à chaque fois)

Découvrir Eliette Abecassis #1 / « La Répudiée »

C’est ce qu’on appelle « arriver après la bataille »… Il aura fallu dix-sept ans pour que je découvre le premier roman d’Eliette Abecassis, La Répudiée.

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Mes piles à lire menacent de s’effondrer et pourtant, je continue d’en acheter. Mais, du coup, ces livres que j’achète et que je culpabilise tant d’acheter (même s’ils ne me coûtent qu’un euro symbolique), maintenant je les lis tout de suite. Ca c’est pour le côté positif.

En fait, je n’avais jamais eu envie de lire Eliette Abecassis. Tout le monde m’en disait du mal et j’ai remarqué, au fil du temps, qu’il était rare qu’un livre dont tout le monde vous dit qu’il est mauvais se révèle génial. Et pourtant. J’ai acheté La Répudiée « pour voir », comme on paie pour voir les cartes de son adversaire. Et pourtant. Je me suis dit qu’au pire, je mettrai le livre au bureau, dans ma bibliothèque de deuxième main. Et pourtant…

La Répudiée attend sagement, avec la plus grande patience, depuis fin décembre sur la table de mon salon que j’aie lu d’autres romans du même auteur pour enfin avoir droit à l’éloge qu’il mérite. Il attend comme s’il savait ce que je vais dire de lui, sûr que mon amour pour lui ne passera pas. Ce texte, je l’ai tant aimé que quand je regarde le livre, l’objet qui le contient, ça m’émeut. Ce n’est pas le mien et pourtant je le couve du regard comme mon enfant.

Ca ne fait que quelques mois que j’ai commencé à comprendre vraiment ce que c’était qu’être une femme. Et pourtant, ma mère me rappelle parfois qu’adolescente j’ai un jour déclaré, en colère, « Une femme ce n’est pas un homme avec des seins! ».
C’est que je devais déjà avoir compris quelque chose.
Quand on a un enfant, on sent que quelque chose se passe, pour soi bien sûr, mais aussi pour les autres. Pour les siens d’abord, notre famille « de départ » (nos parents, frère(s), soeur(s) mais aussi nos grands-parents et les autres, qui nous semblent si loin). Mais aussi pour tous ces autres, ces gens qui gravitent autour de nous. Nos amis qu’on perd parfois en les découvrant, nos connaissances qui prennent la place de ces amis qui s’annulent.
Et puis quand on devient mère, il y a ce truc énorme qui nous tombe dessus : on réalise qu’on est une femme. Que jamais on ne sera un homme. Que jamais on ne sera « comme ». Comme un homme, comme les autres mères, comme notre mère, comme plein d’autres gens, comme plein d’autres choses.

La Répudiée, ça m’a ramenée à ça. A cette découverte si dure et pourtant si belle qui a changé la façon dont je me vois et dont j’aborde la vie.

Pour entrer dans le vif du sujet, La Répudiée c’est l’histoire d’une femme juive orthodoxe, qui a grandi dans un milieu orthodoxe et dont l’univers se résume à un quartier orthodoxe, à un homme orthodoxe. Elle aime ce mari et cette vie qu’elle n’a pas choisis. On pourrait ne pas le comprendre, comme c’est à mille lieues de ce que l’on est. Et pourtant, son histoire on la vit, on la sent, elle nous imprègne.

Cette femme ne peut pas avoir d’enfant. Elle n’y arrive pas donc forcément, c’est elle la responsable. Il en est ainsi pour elle parce qu’il ne peut pas en être autrement pour le reste de son monde.

Et cette femme se trouve à un moment charnière. A l’orée du dixième anniversaire de son mariage, cet anniversaire funeste qui permet à un homme, dans l’interprétation la plus stricte et la plus injuste qui soit de la loi juive, de répudier sa femme et son utérus hostile.

Le style est simple, juste et, une fois n’est pas coutume, s’il se met au service de l’histoire, ce n’est que pour mieux nous la faire vivre, pour ne surtout pas en affaiblir la portée.

Je regretterais beaucoup de conseiller si fortement une lecture dont je ne serais pas sûre qu’elle laisserait un grand nombre indifférent… Donc si je le fais si ardemment, c’est que vous pouvez y aller sans crainte.

 

Je suis allée au théâtre!

Il y a quelques semaines maintenant, je suis allée au théâtre.
C’était un vendredi soir, je suis rentrée du bureau, je me suis occupée des enfants (parce que oui, j’ai 29 ans mais j’en ai déjà deux), j’ai attendu que mon Normand rentre puis on a attendu la baby-sitter et puis on est sortis. Je ne me suis même pas changée, ni remaquillée.
Alors j’ai repensé à avant, quand j’étais plus jeune, quand je n’avais pas encore d’enfants, pas de bureau auquel me rendre tous les jours… Quand j’avais encore l’énergie pour me changer quatre fois par jour, me faire des brushings comme chez le coiffeur, des smoky eyes élaborés. Quand mes tenues avaient un sens, quand j’avais le temps de choisir le sac à main qui irait le mieux avec ce que je porterais.
Quand j’avais le temps de lire un livre de bout en bout sans être dérangée, quand je pouvais sauter le dîner et m’endormir devant la télé. Quand je pouvais décider d’aller prendre mon petit-déjeuner au café d’en bas sans avoir à mettre au courant trois personnes différentes, sans avoir à demander la permission. Quand l’argent que je gagnais n’était que pour moi, quand je pouvais, le jour de paye, aller chez Zara et acheter des tonnes de vêtements sans culpabiliser. Quand je trouvais que mon deux-pièces de 24 m2 au pied de la Butte était le lieu de vie idéal. Quand je n’avais pas à négocier pour récupérer une case de la bibliothèque pour y fourrer mes livres. Quand je pouvais passer une journée entière devant la télé à regarder des films. Quand je pouvais sortir au débotté pour retrouver mes copines (que je n’ai plus vraiment le temps de voir), aller au musée, ou juste me promener. Parce qu’avant je pouvais me promener, j’avais du temps (malgré mes heures de cours et mon job étudiant). Du temps pour moi, pour découvrir plein de choses, pour m’amuser, pour décompresser…

Mais j’écris cette chronique avec, en face de moi, une petit fille de 6 mois dans son cosy qui gazouille en mangeant ses pieds, dans un hôtel sublime du Devon (en Angleterre) qui donne directement sur la mer que j’entends frapper contre les rochers. Depuis trois jours, cette petite fille me réveille si tôt le matin que je peux assister au lever du jour. Depuis 4 ans et demi je vis avec un petit garçon si curieux que grâce à lui j’ai déjà revu tous les films de la série Harry Potter au moins trois fois, j’ai redécouvert des choses telles que l’astronomie ou la mythologie grecque et que j’avais complètement délaissées depuis que je ne suis plus une enfant. Grâce à eux tous les jours sont joyeux, et je me projette dans le futur, plus vraiment dans le passé qui m’a toujours rendue un peu triste.
Et puis il y a mon Normand, leur papa. Grâce à lui j’ai découvert des parties du monde que je n’aurais jamais visitées seule. Grâce à lui je suis moi.

Tout ça pour dire que nous sommes allés au théâtre en amoureux. Nous sommes allés voir Réparer les vivants. Ca faisait bien un an que je n’étais pas allée au théâtre (moi qui aime beaucoup ça) et on a passé un moment un peu spécial.

Je pense que tout le monde sait désormais de quoi parle Réparer les vivants… Je n’avais pas lu le roman de Maylis de Kerangal à partir duquel la pièce a été adaptée par Emmanuel Noblet parce que je n’en avais pas envie. Maintenant que j’ai vu la pièce je n’ai toujours pas envie de lire le livre mais je regarderais bien le film, juste pour voir.

Bref. Ce spectacle est incroyable. Eblouissant, sublime, fascinant, passionnant, intelligent… Je ne sais pas quels adjectifs positifs ne correspondraient pas… Ah si. Réjouissant. Oui parce que Réparer les vivants est plutôt très déprimant.
Mais l’interprétation (seul en scène) d’Emmanuel Noblet est fascinante par sa retenue, par sa justesse, son intelligence. Il parvient même à nous faire sourire (parfois)!

Enfin, j’ai parlé de mes enfants pour commencer, impossible de finir sans y revenir… Réparer les vivants pose la question du don d’organes. Réparer les vivants vous pose la question ultime, la plus inacceptable qui soit : si votre enfant décède par accident et si les prélèvements sont possibles, donnerez-vous votre accord? Mais Réparer les vivants vous invite aussi à vous poser cette même question (soudain moins dure quand il n’est plus question de votre enfant) : Et vous, êtes-vous d’accord pour que l’on prélève vos organes?
On sait les vies que ces organes devenus inutiles peuvent sauver, mais on ne sait pas comment chacun fonctionne, comment les relations dans les couples, dans les familles se sont construites, de quoi elles sont faites. Quelles peurs, quels liens affectifs, quel amour lient les gens. Parce que tous ces ponts, toutes ces « sutures » (comme on en parle en littérature, pour les deux univers de W ou le souvenir d’enfance par exemple) sont différentes chez les uns et chez les autres. Et une telle question, posée comme elle l’est par Emmanuel Noblet, dans tout ce qu’elle a de grave, réveille notre sensibilité et appuie vraiment, mais sans en avoir l’air, « là où ça fait mal ».
Parce qu’une fois qu’on n’est plus là, restent les vivants. Une fois que le présent est passé, reste le futur.

#RentréeLittéraire #2 / « Chanson de la ville silencieuse » d’Olivier Adam

C’est le deuxième roman que je lis de cette rentrée de janvier, et c’est le premier roman que je lis d’Olivier Adam.
J’avais vu le film « Je vais bien ne t’en fais pas » (adapté de l’un de ses romans) quand il avait été diffusé à la télévision il y a une dizaine d’années, j’avais beaucoup aimé. Alors je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais de découvrir.

Le résumé, mais court!
C’est l’histoire d’une fille dont le père est une rockstar française. Un savant mélange de Gérard Manset (pour la discrétion et le côté culte) et de Johnny Hallyday (pour le côté culte, machine à tubes et connu de tous).
Cette fille a une vie normale depuis qu’elle a quitté son père avec qui elle a vécu pendant des années dans une bâtisse coupée de tous à Aubenas (sa mère mannequin, qui ne l’a pas élevée, est partie s’installer aux Etats-Unis avec une sorte de gourou new age).
Un jour, un de ces amis lui montre la photo d’un musicien de rue croisé à Lisbonne et qui ressemble à s’y méprendre à son père que l’on dit mort (il se serait jeté dans le Rhône après avoir laissé toutes ses affaires dans sa voiture).
La fille du chanteur va donc partir à la recherche de ce sosie, persuadée qu’il s’agit bien là de son père, vivant.

Mon avis, court aussi
Je n’ai pas été prise ni transcendée par ce roman qui est, néanmoins, d’une très bonne qualité littéraire (entendez qu’il est bien écrit).
Je n’ai pas accroché à la façon dont l’histoire est contée, très vaporeuse et sans vraiment de fissures auxquelles s’accrocher (comme sur un mur d’escalade). C’est un peu Modiano sans la portée historique et philosophique…
Je l’ai trouvé un peu trop imprégné d’un univers musical qui ne m’a pas semblé très cohérent ni pertinent (je n’ai pas trop compris ce que Julien Doré, que j’aime bien au demeurant, venait faire, mélangé à Dominique A et Vincent Delerm).
Je dis « un peu trop imprégné » parce que j’ai du mal avec la littérature croisée à un autre genre artistique (je pense par exemple aux romans cinématographiques). Les références à un autre genre me gênent généralement plus qu’autre chose (je n’arrêtais pas d’entendre « Le Garçon » de Vincent Delerm, en lisant). Donc si vous aimez ça, lisez Chanson de la ville silencieuse et contredisez-moi!