Les polars de l’été #2 / Agatha Raisin vs. le reste de l’univers littéraire

Je l’ai avoué. Ces derniers temps, j’ai été complètement happée par Agatha Raisin. Et je n’en ai pas honte.

(Ne vous fiez pas à l’image : Agatha est brune)

Pourtant, on ne peut pas dire que je fasse partie des lecteurs adeptes de ce que les blogueuses appellent « livres-doudous » ou « feel good ». Je n’aime plus vraiment ça depuis que j’ai passé le cap de l’adolescence (et surtout depuis que j’ai lâché Gossip Girl – je devais avoir quinze ans, c’était à Deauville pendant les vacances de la Toussaint chez une copine) et j’ai une fâcheuse tendance à mépriser gentiment le public de ce genre de littérature (ce qui est absurde, ils sont des millions – mea culpa).

En fait, histoire de me dédouaner, je pense que ça résulte d’une certaine conception de la littérature (d’une véritable perversion induite par les études littéraires) : pour moi, la littérature n’était pas faite pour faire du bien dans l’instant. Elle servait à faire réfléchir, à faire vivre des situations-limites, ce genre de trucs sérieux et très souvent déprimants (bonjour Steve Tesich – j’ai adoré Karoo et Price mais on ne peut pas vraiment dire que leur lecture m’ait rendue heureuse). Si elle me faisait du bien dans l’instant, c’était presque par accident. Et puis j’ai lu Agatha Raisin.

Les dix tomes de la série étaient posés depuis un mois ou deux sur la table basse du salon et c’est vrai que les couvertures m’amusaient à chaque fois que mon regard tombait sur elles (ah, le vernis sélectif). Je voulais commencer, j’avais envie de m’y mettre mais j’avais toujours autre chose à lire et puis DIX TOMES (il n’y en avait que dix quand la série s’est retrouvée sur ladite table basse) !

Bref. Un jour, en mars si mes souvenirs sont bons, je ne savais plus quoi lire et je me suis décidée. J’ai attaqué Agatha Raisin et la quiche fatale. J’avais absolument zéro attente : je ne savais pas ce que je lisais (je savais juste que l’auteure – M.C. Beaton – était une dame rigolote et que ça se passait en Angleterre) et mon humeur était, genre, neutre.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, j’ai absolument adoré.

L’histoire est simple : Agatha est une quinqua londonienne qui vient de revendre sa boîte de comm’. Avec le fruit de la vente (et donc de son travail), elle s’est acheté un cottage à Carsely dans les Costwolds, charmante région du Sud-ouest de l’Angleterre, à l’opposé de la banlieue urbaine et misérable dans laquelle elle a grandi. Agatha s’installe, essaie de prendre ses marques mais c’est un peu compliqué, surtout avec son sale caractère. Là où elle a élu résidence, le tricot, la couture, la composition florale et la cuisine sont élevés au rang de religions. Or Agatha ne sait rien faire de ses dix doigts (à part se coiffer pour rendre ses cheveux brillants) et manque franchement de volonté. Donc quand elle apprend qu’une compétition de quiches se tiendra au village, elle décide de s’y mettre pour qu’on l’aime. Mais elle finit évidemment par aller acheter sa quiche à Londres, chez son traiteur préféré. Sauf que, pas de chance, le juge suprême du concours est empoisonné… par cette même quiche. Agatha se retrouve donc accusée de meurtre alors qu’elle vient juste d’arriver. Il va falloir qu’elle se défende tout en gardant son honneur (pas facile d’avouer qu’on est une vilaine tricheuse à des gens qu’on ne connaît pas et avec qui on aimerait bien faire ami-ami).
Ce premier tome plante le décor, l’ambiance et la plupart des personnages que l’on retrouvera dans les livres qui suivent : Bill Wong, le jeune policier du coin dont les parents font fuir toutes les petites amies ; James Lacey, le voisin qui fait craquer Agatha mais qui fuit au moindre signe d’intérêt de la gent féminine ; Mrs Bloxby, la femme du pasteur qui n’est que bonté alors que son mari n’est que rudesse.

Toute la série (enfin les douze tomes que j’ai lus) est dans la même veine, avec des hauts et des bas, de nouveaux personnages, d’autres qui disparaissent… Et toujours un nouveau meurtre à résoudre pour Agatha, détective en herbe.

Mon préféré est probablement Sale temps pour les sorcières (le tome 9) et celui que j’ai le moins aimé : L’enfer de l’amour (le tome 11).

Voilà, ça explique en partie que je n’aie rien écrit depuis un bout de temps. Enfin en partie seulement 🙂

Bonne soirée à tou(te)s !

PS : Si vous avez lu plusieurs tomes de la série, lequel avez-vous préféré ?

PPS : si certains lecteurs masculins passent par ici et ont lu Agatha Raisin j’aimerais bien savoir ce qu’ils en pensent !

« L’Ordre du jour » d’Eric Vuillard

C’est de plus en plus rare les vrais coups de coeur, les vrais coups de poing littéraires avec la littérature contemporaine française. Ça fait blasé, mais c’est vrai.

Tous ces romans qui sortent, tout au long de l’année, font qu’on a du mal à choisir, à désirer un titre au milieu de tous les autres. On a la sensation de ne plus vraiment avoir le temps. Le temps de douter, d’hésiter, de laisser naître l’envie. Et la qualité, la vraie, est toujours aussi rare quand le lecteur lui, se fait de plus en plus sévère. Il paie son livre relativement cher, il le choisit parmi un océan de titres… Il n’accepte plus d’être déçu. Il sait que chaque mauvais livre lu l’a privé d’un bon livre, autre part, qu’il ne lira jamais. Le lecteur moderne ne pardonne pas.

A la lecture de ce roman français contemporain (dont Eric Vuillard ne fait pas partie), nous reste souvent une certaine impression d’infinitude, de textes qui auraient gagné à passer un peu plus de temps sur la table de travail, sur le bureau d’un ordinateur, dans la tête de son auteur.
Certains, parfois, laissent un goût amer : l’auteur, se dit-on, a tout fait à l’envers. Trop vite, pas dans le bon sens, pas la bonne voix, pas le bon décor… On devient de plus en plus exigeant face à l’offre qui finit par se faire demande. « Lisez-moi » diraient les livres chez Lewis Caroll. « Aimez-moi » crient-ils une fois refermés.
Les libraires eux-mêmes semblent avoir baissé les bras, avoir fait leur l’adage selon lequel il ne faudrait pas chercher à éduquer ses semblables.
Les auteurs se plaignent sur les réseaux sociaux des mauvaises critiques qui sont forcément cruelles, forcément injustes. Que Proust se soit insurgé, personne ne le lui reprochera. En revanche, quand on voit/entend certains auteurs contemporains crier au scandale alors que leur dernier né n’est qu’un texte baclé et si inabouti que personne ne saurait lui trouver une quelconque cohérence, on a envie de se faire rembourser. Pas le prix du livre, plutôt le temps qu’on a perdu à le lire, lui et tous les autres de son cru. Car comment respecter un auteur de mauvaise foi ?

Mais parfois on lit vite et on se dit qu’on a gâché sa propre lecture. Qu’en lisant rapidement on est passé à côté de quelque chose, une ambiance souvent. Mais il est rare de passer à côté d’un bon texte, quand on l’a lu.
Il n’y a pas de critères figés ou pragmatiques, pas de formule mathématique. Un texte est bon quand tout, chez lui, va.

L’Ordre du Jour m’a été offert pour le Nouvel an et je ne l’ai lu que maintenant. J’avais eu envie de le lire parce que j’avais aimé Quatorze Juillet d’Eric Vuillard. Et puis j’aimais l’idée que le Goncourt aille cette année à un livre qui ne remplissait pas vraiment les cases. Un roman court paru hors rentrée. Il n’y avait rien, me semble-t-il, de démagogique ou de consensuel dans le couronnement de ce roman, donc pour une fois, j’ai fait confiance au Goncourt.

Un résumé du roman d’Eric Vuillard n’a pas plus d’intérêt qu’un teaser mal réalisé. Voici donc le mien, très court :

Ils sont 24. Les 24 plus grands industriels allemands du XXe siècle et ils sont réunis par Goering et Hitler le 20 février 1933. Ces 24 « bonshommes », dont les empires fleurissent toujours aujourd’hui, vont choisir, avec la plus grande légèreté, de financer la « campagne » nazie. De leur décision unanime, de cette réponse sans équivoque et qu’ils apportent avec gaieté à l’Ordre du jour d’Hitler va découler l’Histoire. Une succession de renoncements, d' »heureux » hasards, de petites lâchetés, de sournoiseries… Voilà ce qui conduira la démocratie et des millions d’êtres humains à la mort.

De l’importance de la bravoure quotidienne, de ces micro-courages qui font qu’on ne lâche pas sur ce qui compte vraiment, que chaque personne qui se dresse apporte sa brique au mur de résistance.

Reviw #16 : « La Disparue de la cabine n°10 » de Ruth Ware

La Disparue de la cabine n°10 : un super thriller dans la veine de « La Fille du train »… 

Laura Blacklock est journaliste pour une revue de voyage : « Velocity ». Son ambition : remplacer sa boss pendant son congé maternité à venir. La première étape de ce véritable projet professionnel : embarquer à bord de l’Aurora, yacht super-luxe proposant des croisières à aurores boréales à seulement 20 privilégiés (on imagine le prix du voyage). Cette opportunité devient réalité quand sa collègue déclare forfait et lui laisse sa place. Laura se sent pousser des ailes.

Seulement voilà, à quelques jours du départ, Laura est réveillée en pleine nuit par un bruit bizarre. Elle se lève, précédée de son chat, et tombe nez-à-nez avec un cambrioleur qui lui referme la porte dessus. Traumatisée et tuméfiée, Laura décide malgré tout de rejoindre l’Aurora.

Une fois à bord, elle rencontre le groupe de passagers hyper-fortunés et hyper-influents qui navigueront avec elle.
La première nuit, Laura, encore traumatisée par le cambriolage dont elle a été victime, est réveillée par un cri et du mouvement dans la suite n°10. Elle a emprunté un tube de mascara à la très jolie fille qui l’habite et qui portait un tee-shirt des Pink Floyd quelques heures plus tôt. Laura entend du bruit, comme un gros plouf. Elle se précipite sur la terrasse de sa suite et aperçoit comme une main qui flotte à la surface des vagues. Puis,  sur la vitre de la balustrade de la cabine n°10, une traînée de sang.

Convaincue d’avoir assisté à un meurtre, Laura va commencer par alerter l’équipage. Mais son traitement à base d’antidépresseurs, sa tendance à boire un peu plus que de raison et surtout son récent traumatisme vont faire d’elle un témoin peu crédible.

Mais surtout, elle apprend, en même temps qu’elle confesse le drame dont elle a été victime, que celle qu’elle pense avoir vu se noyer, n’existe pas. La cabine n°10 est censée être vide, personne ne connaît la jeune femme qui lui aurait prêté le tube rose et vert.

Laura se lance donc dans une enquête à huis clos qui rappelle Agatha Christie, mais aussi Stephen King et Paula Hawkins (pour ne citer qu’eux).

Je n’ai pas lâché ce roman absolument trépidant et intense ! Une vraie réussite sur tous les plans.

 

Review #15 / « Le Ventre de la Fée » d’Alice Ferney

J’ai rencontré Alice Ferney en vrai avant de commencer à lire quoi que ce soit d’elle.

Parfois, c’est quelque chose qui tue. Certains auteurs sont tellement antipathiques qu’une fois que vous les avez rencontrés, vous savez que jamais, ô grand jamais, vous ne lirez quoi que ce soit d’eux, sur eux… On a encore du mal (enfin j’ai encore du mal) à construire une véritable barrière entre la femme ou l’homme et ce qu’elle ou il produit. C’est pas grave, c’est comme ça.

Assez souvent, quand je lis un livre dont je ne connais pas l’auteur, je m’imagine sa tête, son genre, son style, sa vie. C’est encore mieux quand il y a sa photo en médaillon quelque part! Ca fait un peu midinette mais c’est surtout que lire un livre c’est entrer dans un univers. Et généralement, un peu comme quand vous allez dans un bon restaurant, vous aimez bien voir la tête du propriétaire du lieu (du cuisinier, je veux dire) à un moment. Ca aide à comprendre où vous êtes.

Dans la série « ces auteurs qui n’ont fait qu’ajouter à l’amour que je pouvais ressentir pour leur livre », je citerais Paul Auster, Jo Nesbo, Marguerite Duras. Mais il y en a encore tant d’autres…

Enfin. Pour en revenir à Alice Ferney, allons droit au but, c’est une très belle femme (je ne suis pas misogyne, je dis la même chose des hommes quand ils sont beaux) qui dégage quelque chose d’absolument fascinant. Elle fait partie de ces gens un peu spéciaux qui sont comme accompagnés d’une espèce de halo, de brouillard partout où ils vont. Elle a quelque chose d’une fée.

Mais la fée du Ventre de la fée, ce n’est pas elle.
Quand j’ai acheté ce roman, je pensais que ce serait sur la maternité. Sur son expérience de la maternité. Je me suis dit « Cool! Comme ça je vais pouvoir écrire quelque chose sur Un Heureux événement d’Eliette Abecassis en même temps! »
ERREUR.
Ce roman parle plutôt du fait d’être l’enfant de ses parents.
D’une façon très sombre, effrayante, Alice Ferney nous raconte l’histoire d’un jeune garçon, Gabriel, qui a perdu sa mère et dont le père s’est exilé par chagrin. Gabriel, donc, est seul. Très vite il se rend compte qu’il aime violer les femmes. Puis un jour il se rend compte qu’il aime encore mieux violer des petites filles. Et enfin, à terme, il se rend compte que c’est encore mieux s’il peut les tuer, aussi.

L’histoire est sordide et le style éblouissant. Moi qui passe mon temps à me plaindre des polars écoeurants, je dois avouer que quand ce genre de récit est pris en charge par une auteure au talent d’Alice Ferney, tout d’un coup cela semble utile. On comprend la pertinence de l’histoire, que l’on accepte, par la justesse et la beauté de l’écriture.

 

 

Review #14 / « Psychiko » de Paul Nirvanas

Quand je suis tombée sur Psychiko en novembre dernier, j’ai été attirée par sa couverture. La photo en noir et blanc, cet homme si élégant fumant le cigare au bord d’un monument surplombant une ville. Le graphisme fait penser à Hitchcock. Et puis ce titre… Comme je ne suis pas du tout familière de la Grèce (je n’y suis jamais allée), je ne savais pas qu’il s’agissait simplement du nom d’un quartier bourgeois d’Athènes.

Je ne suis pas familière, non plus, de la production polardeuse de 10/18. Je suis habituellement plus encline à me laisser porter par les choix des éditions Points ou ceux des éditions du Masque. Pendant un temps, j’ai fait une confiance absolue à Sonatine, mais des déceptions successives ont un peu refroidi mes ardeurs.

Bref. Une fois qu’une couverture m’a séduite ou intriguée, je retourne le livre pour la deuxième phase de sélection : la 4e de couverture.

« Anti-héros et probable cas clinique, Nikos Molochanthis, jeune rentier désoeuvré, est prêt à tout pour obtenir son quart d’heure de célébrité. Il a donc la brillante idée de se faire passer pour l’assassin d’une femme retrouvée morte dans un quartier d’Athènes. Grâce à la presse fascinée par cette affaire, Nikos est enfin sous le feu des projecteurs, suffisamment près de la guillotine pour être une vedette. Le stratagème parfait… à ceci près qu’il risque de fonctionner au-delà de ses espérances. »

Je pense que c’est « probable cas clinique » qui m’a conquise.

Si vous avez déjà lu Psychiko, je ne vous surprendrai pas en vous disant que j’ai pensé à Kafka tout le long de ma lecture.
J’avais été marquée par Le Procès (le livre, pas le film, hein) que j’avais lu quand j’étais encore à la fac. Je ne connaissais pas Kafka, à l’époque, et c’est une amie à moi qui m’avait littéralement mis le livre dans les mains avec une injonction à le lire dans la nuit. Ce que j’avais fait.
J’ai lu Crime et châtiment la même année (un vrai cycle!) et, bizarrement, ce n’est qu’aujourd’hui, après avoir lu Psychiko, que je fais un lien entre les deux (enfin entre les trois, du coup). Je sais que, dit comme ça, ça fait crétin. Allez, vous allez sûrement vous dire : « Mais elle est débile ou quoi? Bien sûr que Le Procès et Crime et châtiment ont un lien! » (sauf si vous êtes comme moi et sauf si vous n’avez pas lu l’un des deux – ou les deux).
Enfin, tout ça pour dire que oui, j’ai enfin fait le lien. On est bien sûr plus proche du Procès (pour l’absurde) mais on est aussi du côté Dostoïevski pour la folie (bien que la folie se trouve aussi chez Kafka, mais c’est un autre débat).

Psychiko est un roman court (188 pages en comptant la superbe postface du formidable traducteur Lois Marcou – que je ne connais pas) qui se lit vite et vraiment bien. Il est, à tous niveaux, extrêmement rafraichissant.
C’est bizarre de dire d’un polar qu’il est « rafraichissant »… et pourtant, c’est exactement ce que je ressens.
Paru en 1928, ce polar n’est pas terrorisant, il n’est pas gore, il n’est pas dégoûtant (avouons-le, il y en a de plus en plus qu’on regrette d’avoir lu pour toutes les angoisses et aversions qu’ils nous causent). Il nous rappelle qu’un polar peut contenir tellement de messages sans être barbant (ici une satire de la société grecque de l’époque, du rôle de la presse, des sociétés féminines… ça foisonne) et qu’un polar peut nous faire réfléchir. On se pose des questions, et pas juste : « Qui est le meurtrier?! ». Parce que ce n’est pas vraiment la question, en fait. La question ce serait plutôt : Que va-t-il arriver à ce pauvre garçon qui s’est mis en tête de se faire passer pour le coupable d’un meurtre dont il ne connaît rien?

Si vous aimez Maigret, Sherlock Holmes et leurs amis (mais peut-être aussi Kafka, Dostoïevski et Nietzsche), lisez Psychiko, vous ne serez pas déçus!

Review #13 / « Poussière tu seras » de Sam Millar

 

J’avais lu Un Sale hiver, de Sam Millar (il est dans ma bibliothèque, rayon polars, en poche) et j’en avais gardé un très bon souvenir, très précis. Je me souvenais de Belfast, des descriptions sublimes de la ville, de l’ambiance, du détective Karl Kane, de l’humour qui tranchait tant avec la trame narrative, les faits décrits.

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Quand j’ai trouvé Poussière tu seras d’occasion quelque part en poche (je ne sais plus où), je n’ai pas hésité une seconde. Je l’avais posé sur ma pile à lire il y a déjà plusieurs mois, avant de recommencer à lire des polars, thrillers et autres romans noirs. Je traversais alors une phase « no-crime« , pendant laquelle j’étais incapable de lire quoi que ce soit du genre. J’avais fait une overdose, comme ça m’arrive immanquablement tous les 6 mois.

J’essaie toujours d’alterner mes lectures pour ne pas trop embrouiller ma mémoire. Si je lis deux thrillers ou polars à la suite j’ai beaucoup de mal à séparer mes souvenirs, à les cloisonner. Il en résulte que je deviens complètement incapable, quelques mois plus tard, de résumer ce que j’ai lu ou d’en parler.

Bref. J’ai donc lu, entre hier et aujourd’hui, Poussière tu seras. Dès le début, j’ai reconnu cette pâte particulière, j’ai retrouvé ce style impeccable, subjuguant de Sam Millar, exactement tel que je me le rappelais, mais en un peu mieux encore. L’atmosphère irlandaise, cet espèce de brouillard qui surplombe tout, brouillant l’horizon, l’assombrissant jusqu’à nous rendre aveugles.

On suit cette fois Jack Calvert, inspecteur de police à la retraite (lui aussi) qui part à la recherche de son fils disparu dans la forêt après avoir trouvé un bout d’os appartenant à une fillette disparue depuis trois ans.

C’est un livre très beau, très sombre, mais franchement, très difficilement tolérable.
Je ne me souviens pas du tout d’avoir ressenti ça en lisant Un Sale hiver. Je n’ai pas ressenti ça en lisant Un Sale hiver.
J’avais aussi Les Chiens de Belfast. Je l’avais en grand format, et pourtant impossible de le retrouver dans ma bibliothèque… Impossible aussi de me souvenir de l’histoire, de ce que j’en avais pensé. Alors je suis allée regarder les avis sur Internet. Forcément, maintenant, ça me dit quelque chose. Je pense que je n’ai pas lu ce livre, j’ai dû le donner ou le revendre.

Quoi qu’il en soit, je n’offrirai probablement pas Poussière tu seras, je ne le prêterai sans doute pas non plus et je ne le conseillerai qu’aux lecteurs très, très habitués aux crime stories gore, voire hardcore.

En fait je ne le conseillerai pas. J’espère juste ne pas faire trop de cauchemars dans les semaines qui viennent ! En revanche, lisez Un Sale hiver !

Review #12 / « Le Parrain et le Rabbin » de Sam Bernett

Le Parrain et le Rabbin est un roman « inspiré d’une histoire vraie ». D’habitude je ne vais pas trop vers ce genre de livres : je préfère lire un essai ou un roman pur, je ne suis pas fan des formes hybrides. Mais quelle histoire…

Le parrain de la mafia italienne à New-York, Joseph Bonanno, aka « Joe Bananas » (ou « Joe le Fou ») va, à la demande du rabbin Chaskel Werzburger, sauver la vie d’une dizaine d’enfants italiens et juifs, pendant la Seconde Guerre Mondiale (en 1943) en mettant en place un dispositif éblouissant.
Dit comme ça, ça semble absurde. Mais quand on lit le roman de Sam Bernett, on se dit qu’en fait, c’était la seule solution possible, et qu’elle était absolument brillante. Donc son pari est réussi.

Quel intérêt un parrain de la mafia pouvait-il avoir à sauver des enfants juifs, bien qu’italiens? Parce que quand on discute avec un mafieux, il n’est pas question d’autre chose que de son intérêt propre, ça va de soi. Comment un rabbin en arrive-t-il à aller demander de l’aide au voyou suprême? Parce que tout leader spirituel vit selon des principes en opposition totale avec le mode de vie d’un parrain, personne n’en doute et surtout pas lui.

La littérature adore ce mélange des genres, ces histoires d’opposés qui s’attirent. (Les lecteurs aussi.) L’improbable est sa clef de voûte. Et s’il n’est pas ici question de « grande littérature » au sens où nous français pouvons parfois l’entendre, nous avons quand même affaire à une très bonne histoire que le style sert très efficacement.

Sam Bernett décrit l’organisation et le fonctionnement de la toute petite cellule du Rescue Committee de Brooklyn qui s’acharne à sauver des Juifs de l’Holocauste, nous rappelant que même en petit nombre, même en n’étant pas des gens extraordinaires, nous avons la capacité d’agir et de sauver des vies.

Une histoire qui finit bien, totalement méconnue (voire inconnue) et particulièrement rocambolesque, belle par-dessus le marché, qu’il vaut le coup de découvrir !