Review #23 / « VIS-À-VIS » de Peter Swanson

Ça faisait longtemps, si longtemps que depuis la dernière fois que j’ai posté quelque chose WordPress a changé !

Depuis plusieurs semaines je pense à revenir mais ce n’était pas si facile. Je me suis dit que je ne saurais plus comment faire (ce qui est absurde : je n’ai jamais su comment faire, j’ai toujours fait comme je pouvais, comme ça venait). Je me suis demandé par quel livre commencer (parce que si je n’ai rien posté depuis des mois j’ai quand même continué à lire). Je me suis dit qu’il fallait vraiment que j’améliore mes photos (parce que c’est franchement pas ça). Bref, j’avais toujours une bonne raison de ne rien faire (parce que je ne travaille plus).

Ceux qui me suivent sur Instagram (ceux qui ont le courage de le faire) ont peut être lu les deux posts que j’avais commis (je ne vois pas d’autre terme) et dans lesquels j’expliquais que j’avais perdu mes parents brutalement.

Ça fait trois mois maintenant, le deuil ne fait que commencer et j’en parle là alors que ce n’était absolument pas le sujet. J’en parle parce que je ne sais pas vraiment faire autrement.

La littérature, qu’on la crée, qu’on l’étudie ou qu’on la consomme, n’est pas indépendante de nos vies, des événements qui les traversent. Je pense que les choix qu’on fait en terme de lecture ne sont pas sans lien avec ce qui nous arrive, ce qu’on ressent à un moment donné… enfin ce genre de choses.

Donc voilà, je donne cette information (à prendre comme telle), parce que peut-être ces événements ont-ils, d’une certaine façon, influencé mes lectures de ces derniers mois.

Enfin, pour en venir au « nerf de la guerre », la raison pour laquelle j’écris ce post aujourd’hui : je viens de terminer ce que je définirais sans trop d’hésitation comme le meilleur thriller que j’aie jamais lu depuis L’Invisible de Robert Pobi. Un roman comme j’en attendais depuis longtemps, un livre qu’on ne lache pas, qui nous emmène ailleurs, nous prend au ventre et nous fait frissonner. Ce thriller, c’est Vis-à-vis de Peter Swanson.

Sans revendiquer un statut d’experte (que je ne suis pas), je pense pouvoir dire (en toute humilité) que j’ai une petite expérience des thrillers. J’ai lu (avec plus ou moins de plaisir) à peu près tous les best sellers dont tout le monde a parlé, j’en ai lu d’autres que personne ne connaît (et franchement, il y a peu de bonnes surprises – les très bons thrillers bénéficient d’un bouche-à-oreille qui fait qu’il est difficile de passer à côté ou du moins d’ignorer qu’ils existent).

J’ai donc un défaut (que partagent, je pense, tous les amateurs de thrillers ou de crime stories): dès le début, je fiche dans ma tête les personnages, j’anticipe l’intrigue et je feuillette mon catalogue interne de schémas pour deviner ce que l’auteur me prépare.

Ma théorie, c’est que quand le thriller est bon, soit je ne devine pas (parce que l’intrigue est trop bien ficelée et innovante), soit (par plaisir) j’abandonne rapidement mon enquête et je me laisse embarquer sans réfléchir.

Vis-à-vis appartient à la deuxième catégorie. Peut-être appartient-il également à la première mais je ne le saurai jamais parce que dès le premier chapitre j’ai laissé tomber l’analyse pour suivre Henrietta et découvrir son histoire.

Pitch

Henrietta & Lloyd viennent d’emménager dans une banlieue de Boston où ils font la connaissance de leurs nouveaux voisins : un couple pas désagréable formé de Mira et Matthew.
Quelques jours seulement après leur première rencontre, Mira les invite à venir partager un repas chez eux. Tous semblent passer un bon moment, jusqu’à ce que Mira propose à ses invités de faire le tour de la maison. Arrivée dans le bureau de Matthew, Henrietta remarque un trophée exposé sur le manteau de la cheminée. Elle en est sûre : cet objet appartenait à Dustin Miller, un jeune garçon assassiné plusieurs années auparavant et dont le meurtre l’a hantée jusqu’à peu, la plongeant dans un état maniaque particulièrement préoccupant.
À partir de là, Henrietta, persuadée que son nouveau voisin est un serial killer de la pire espèce, va mener son enquête, peinant à se faire écouter du fait de sa bipolarité.

J’ai avalé les 393 pages en deux jours, saisissant le moindre moment disponible pour avancer avec Hen, un personnage attachant, fort et auquel on ne peut s’empêcher de s’identifier malgré les épreuves qu’elle traverse. L’intrigue est ficelée à la perfection, les personnages sont riches et denses (surtout les femmes), même la traduction ne laisse pas à désirer.

Pour résumer, Vis-à-vis est un roman qui rappelle les grandes années Sonatine où dès qu’un livre sortait, on savait qu’on pouvait l’acheter sans hésiter, en étant sûr de passer un bon moment et d’en avoir pour son argent. Gallmeister est peu à peu en train de gagner cette place, continuant de s’imposer comme une grande maison, proposant des textes forts, innovants et de grande qualité.

J’ai eu trente ans avec Maupassant

Il y a quelques jours maintenant, j’ai eu trente ans. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais ça m’a fait quelque chose. Quitter la vingtaine, cette belle décennie pendant laquelle j’ai rencontré un garçon, eu deux enfants, fini mes études et trouvé un travail. J’ai perdu une grand-mère, adopté un chat, retrouvé ma frange, appris à aimer vraiment tout ce qui n’est pas Paris… Cette décennie a été belle, riche et enthousiasmante. J’ai eu quelques gros chagrins, mais de si grandes joies surtout !

Alors j’ai un peu peur de la trentaine, je me demande ce qu’elle me réserve et j’ai peur parce que je sais que les grands-parents qu’il me reste disparaîtront dans les années qui viennent. Je sais que je vais vieillir, alors que jusqu’à présent je ne pouvais que grandir. J’ai un peu peur aussi parce qu’être jeune faisait partie de ce que j’étais. Les gens que je rencontrais étaient toujours très impressionnée que je n’aie pas trente ans et que j’ai deux enfants. Au travail, on s’étonnait toujours quand je disais que j’avais vingt-huit ou vingt-neuf ans. Je suis la plus jeune de l’équipe. Je sais que maintenant il y en aura d’autres, plus jeunes que moi, qui arriveront et qui prendront cette place que j’ai tant aimée, celle de l’enfant du groupe.

J’ai trente ans avant mes amies qui ont presque toutes un an ou deux de moins que moi. J’ai eu des enfants avant elles. Alors le soir de mon anniversaire j’ai dit à trois de mes meilleures amies qui étaient avec moi : « Plus d’enfant pour moi dans la trentaine. Mais il me reste les vôtres à m’occuper ! ». Je le pense, je sais comme ça va être formidable de les aider quand elles seront mamans, débordées et fatiguées comme je le suis parfois. À moi, ça m’a manqué de ne pas pouvoir partager cela avec elles. Elles faisaient de beaux voyages, profitaient de leur liberté quand moi je changeais les couches et essayais de perdre ces fichus kilos de grossesse. Maintenant je sais, alors j’espère pouvoir les aider quand ce sera leur tour. Et quelle joie ce sera, de m’occuper de ces mini-elles !

Bref. J’ai eu trente ans et nous sommes allés dans la maison de mon père pour fêter ça. Il s’est acheté un vieux presbytère à Illiers-Combray avec l’héritage que lui a laissé ma grand-mère. La maison était une ruine il y a un an. Aujourd’hui c’est un peu mieux que cela mais ce n’est toujours pas vraiment habitable. Il a quand même réussi à meubler un peu quelques pièces, et il a surtout rapatrié une grande partie de sa collection de livres anciens. Il est libraire. Les livres anciens sont son métier. Il ne fait pas dans le neuf.
Je n’avais pas emporté de livre avec moi (je suis toujours dans « Elles » de Lisa Lutz) et quand il s’occupait des enfants, je suis allée m’allonger dans la petite bibliothèque. J’ai parcouru les rayonnages et je suis tombée sur deux reliures dix-neuvième de Maupassant. Je sais que ce ne sont pas des pièces phares de sa collection. Il préfère les livres plus anciens, plus côtés. Alors j’ai pris « Monsieur Parent », que je ne connaissais pas, pour le feuilleter.

La première nouvelle s’appelle « Monsieur Parent ». Il y est question d’un homme (nommé Monsieur Parent), marié à une femme qui le traite de la plus odieuse des façons et dont la seule consolation est son meilleur ami et son fils, Georges. Un soir, alors qu’il rentre à six heures et demie pour dîner avec sa femme, encore une fois en retard, sa bonne craque et lui dévoile ce dont tout le monde se gausse depuis des mois, des années même peut-être. Sa femme et son meilleur ami s’aiment depuis avant leur mariage, elle ne l’a épousé que pour son argent et il paraîtrait même que son fils n’est pas de lui mais du meilleur ami. Monsieur Parent n’y croit pas. Puis il surprend le couple adultérin, les chasse de chez lui et sa femme, dans un dernier mouvement vengeur, emmène le petit Georges. Pendant des années Monsieur Parent dépérit. Ce n’est pas d’avoir perdu sa femme qui le désespère mais d’avoir perdu son fils adoré. Et ce n’est que quinze ans plus tard qu’il obtiendra sa vengeance, sans obtenir de réponse à ses interrogations : on ne saura pas si cet homme qu’est devenu Georges était son fils.

Les autres nouvelles qui peuplent le recueil sont presque toutes aussi fortes. J’ai particulièrement aimé « À vendre », l’histoire d’un homme qui tombe sur une maison en Bretagne et tombe amoureux, d’après photo, de la femme qui a abandonné le propriétaire.

Il y a encore « Le Baptême », histoire tragique des ravages de l’alcool dans une famille de misérables. « La bête à Mait’ Belhomme » qui raconte la petite bête qui s’était logée dans l’oreille d’un homme… Toutes ces petites histoires sont des délices. Et chacune d’entre elles a un peu apaisé ma tristesse à l’idée de ne plus jamais être une jeune fille de vingt ans.

Moravia, Rosetta Loy, Venise et moi

Ce devait être il y a quinze ou seize ans. Ma mère nous avait emmenés, mon frère et moi, à Venise. On devait être en novembre, à la Toussaint, c’était l’acqua alta. Les rues étaient envahies par les eaux et on ne pouvait progresser qu’en avançant à la file indienne sur des planches. L’ambiance était triste, comme nous. J’avais quinze ans, je ne pensais qu’à trouver le magasin Diesel, et mon frère était fatigué par les heures de marche et de piétinements. C’était une période compliquée dans nos vies, nous étions sombres comme Venise.
Nous logions dans un palais vénitien racheté par des français qui en avaient fait une chambre d’hôtes où nous évitions la compagnie des autres touristes au petit-déjeuner. Nous ne souhaitions pas lier connaissance. Je ne voulais pas y retourner.

Je parle souvent de fantasmes, de ces images mentales vers lesquelles on tend en imagination et qui sont à la source du désir. Venise ne correspondait à aucun fantasme. Venise n’était pas la ville des amoureux, elle n’était pas la ville de l’art ni, non plus, une ville dont la mélancolie eût pu m’attirer. Pourtant, cette année, j’y suis revenue et si j’avais pu, je n’en serais pas repartie.

Par un hasard total, j’avais acheté pour cinquante centimes, quelques jours avant notre départ, Un chocolat chez Hanselmann, de Rosetta Loy, dans un dépôt-vente de Normandie. Je ne savais plus si c’était le bon livre, celui dont j’avais étudié un extrait en italien au lycée et qui m’avait marquée (je ne sais même plus pourquoi). Il s’avère que non, le bon était Madame Della Seta aussi est juive.
Je suis donc partie pour Venise avec Un chocolat chez Hanselmann, mais aussi avec Alberto Moravia et ses Nouvelles romaines et avec Sherlock Holmes (La Vallée de la peur). Quand je pars pour l’étranger, j’essaie désormais d’emmener avec moi des auteurs qui concordent culturellement avec mon lieu de villégiature, +1 livre qui offre une respiration.

Un Chocolat chez Hanselmann raconte une famille de femmes : Madame Arnitz (la grand-mère), Isabella (la mère), Margot (la tante) et Lorenza (la petite-fille). L’histoire se noue autour du personnage d’Arturo, jeune universitaire juif qu’Isabella semble aimer en secret, avec qui Margot va vivre une histoire et qu’il faut cacher dans l’Italie fasciste sans que Madame Arnitz se doute de rien. Il s’agit d’un beau roman sur la famille et la lignée, sur ce qui nous rassemble et nous sépare, sur le rôle de chacun face et dans l’Histoire. Mais aussi sur ce qui nous meut et ce que la vie révèle en nous : le bon comme le terrible.

Nouvelles romaines de Moravia est, comme le titre l’indique, un recueil de nouvelles écrites par Moravia pour la presse sur une cinquantaine d’années. Les trente-six récits sont très courts, la qualité en est assez constante, tout comme la misogynie ambiante (qui ne m’avait pourtant pas du tout interpellée dans Le Mépris, L’Ennui et Agostino). Le style n’a rien de fantastique, mais ça reste Moravia, dressant un panorama de situations et d’anecdotes romaines divertissantes.

Tout cela pour dire (à ma façon) que cette fois, Venise c’était bien !

 

Les livres de ma semaine #1

Une fois n’est pas coutume, je vais vous offrir, ce soir, un petit récap’ des livres de ma semaine !

  1. Ceux qui rejoignent mon stock à lire (à ce stade ce n’est même plus une pile à lire!) :

  • Le Maître des livres, tomes 4 et 5 (pas encore lus, mais déjà prêtés!)
  • Apparitions Disparitions et autres mouvements, Eric Lambé et Philippe de Pierpont
  • Tuff, Paul Beaty
  • The Handmaid’s Tale, Margaret Atwood (en plein dans la série, j’ai très envie de découvrir le livre!)
  • Deux « livres anciens », achetés à la Librairie Lang de Caen : Germinie Lacerteux des Goncourt (un de mes romans préférés – que je rêvais d’avoir en édition reliée) et L’Homme-femme d’Alexandre Dumas fils (titre que je ne connaissais absolument pas, qui est en fait la réponse que Dumas fait à un journaliste et qui part d’une question pour le moins… étonnante : « Faut-il tuer la femme adultère? » – voilà voilà)

2. Ceux que j’ai lus :

  • Le Moineau rouge, Jason Matthews (que j’ai adoré)
  • L’élégance des veuves, Alice Ferney (que j’ai adoré / trouvé absolument sublime)
  • A la place du coeur, Saison 1 et Saison 2, Arnaud Cathrine (j’ai eu du mal avec le 1er tome – le style m’a gênée – mais j’ai beaucoup aimé le 2e. J’ai donc hâte de découvrir le 3e !)

A la semaine prochaine ! (Je ne sais pas encore de quoi la mienne sera faite!)

Bonne nuit à tou(te)s

Citation #1

J’ai décidé de vous proposer, une fois par semaine, une citation que j’aime et que je me serais bien fait tatouer si elles n’étaient pas toutes aussi longues!!

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On commence avec JJ Rouseau (prononcez Gigi) et cette citation qui avait été découverte en marge d’un manuscrit et que j’ai moi-même découverte en première année de fac de Lettres dans un cours sur la littérature du XVIIIe siècle – siècle dont j’ai fait ma « spécialité » (au sens universitaire du terme).

Comment choisir ses livres?

Samedi soir, une de mes (meilleures) copines m’a demandé comment je faisais pour choisir mes livres. Alors, face à mon verre de vin blanc, je me suis rendu compte que ce qui me semble tout à fait naturel depuis des années, non seulement ne l’était pas au début mais surtout que, finalement, ce processus de choix n’a rien de simple. On pourrait presque parler de « système de choix » (ça fait très chic en plus).

En fait, quand j’écris « système », ce que je veux dire c’est que « ça dépend ».
Il y a d’abord les livres que je repère en amont. Généralement ce sont les livres que j’ai le plus envie de lire et que je lis le plus vite. Comprendre : ce sont ceux qui passent le moins de temps sur la pile de livres en attente et ce sont aussi ceux qui, au départ, ont le moins de chance de finir leur vie sur les étagères de Gibert ou, pire, BookOff – mais un malheur peut arriver.

Exemple malheureux : il y a 7-8 ans, je regardais régulièrement l’émission « ça balance à Paris » sur Paris Première. A l’époque, c’était Pierre Lescure qui présentait et j’aimais bien. Toujours est-il que suite à deux émissions plus ou moins consécutives où les titres avaient été loués, j’ai acheté deux livres : Un très grand amour, de Franz-Olivier Giesbert et Le Système Victoria d’Eric Reinhardt. J’étais étudiante à l’époque et deux grands formats, ça vous fait dans les 40 euros, c’est quand même pas rien. Bref. Le premier m’est tombé des mains, je me souviens l’avoir trouvé déshonorant. Je n’avais jamais rien lu de FOG, je n’ai plus jamais rien lu de lui depuis et je pense m’en tenir là. En ce qui concerne le second, je vais être un peu plus longue. J’avais lu Le Système Victoria jusqu’au bout mais il m’avait posé un réel problème de morale. Je m’explique. En gros, Eric Reinhardt fait se rencontrer une DRH sans pitié et un directeur de travaux parti de rien. Tout le roman est construit comme ça sur un enfilage de clichés : le monde extérieur est réduit à un assemblage de clichés, le monde intérieur des personnages est cliché, leur psychologie est cliché, leur histoire… Bon, vous avez compris. J’ai revendu tout de suite le FOG et j’ai quand même gardé Le Système Victoria… Je ne sais même pas pourquoi (peut-être parce qu’il y a « système » et « Victoria » dans le titre?) . En vrai, sans doute parce que sa lecture m’a marquée. Pas dans le bon sens en effet… Mais le premier livre que vous avez détesté, ce premier livre dont vous êtes capable d’expliquer pourquoi il vous a posé problème marque, il me semble, un tournant important dans la constitution de votre esprit critique de lecteur – c’est à partir du moment où vous pouvez mettre au point une réflexion construite sur les motifs de votre colère à l’égard d’un titre et/ou d’un auteur que vous pouvez faire confiance à votre jugement parce que ça veut simplement dire que vous ne lisez plus de façon passive. Vous vous êtes forgé une personnalité de lecteur, un « profil ». Et une fois que vous savez ce que vous aimez et ce que vous n’aimez pas, il est tout d’un coup beaucoup plus facile de choisir!

NB: je dis du mal de ces deux romans mais d’autres lecteurs les auront aimés, certains diront même peut-être que le FOG est un chef d’oeuvre et que je me trompe en réduisant le Reinhardt à un cliché. Je pense qu’il est très difficile (à quelques exceptions près) de rendre un avis objectif et immuable (les avis sur la littérature évoluent avec le temps et l’Histoire, Dieu merci! Sinon nous n’aurions jamais pu lire La Philosophie dans le boudoir – smiley avec des lunettes d’intello) sur tel livre ou tel auteur. Je peux développer ma réflexion sur les clichés chez Reinhardt, aussi étayée soit-elle, elle trouvera toujours des contradicteurs… et c’est heureux! La littérature est faite pour vivre, pour être aimée, détestée, critiquée, encensée… Il vaut juste mieux éviter de la brûler ou de la censurer. C’est généralement mauvais signe quand on commence à se réchauffer les fesses avec des pages de Rousseau.

Donc, pour en revenir à notre sujet, les livres que je « repère » sont ceux dont j’ai entendu parler d’une façon ou d’une autre.
Je peux par exemple avoir lu quelque chose dessus qui m’a donné envie de les lire (Le Despote-consommateur de Yves-Paul Robert, « Réflexions sur un monde de communications »).
Et puis il y a les listes des prix de la rentrée qui donnent une indication sur les titres qui se distinguent, mais il ne faut pas trop s’y fier non plus (L’Art de perdre d’Alice Zeniter qui attend sagement depuis des mois sur sa pile).
Lire les « critiques » de livre (dans la presse, sur les blogs, sur des sites…) reste une bonne façon de vous faire une idée, pour savoir si un titre peut vous plaire ou non. Car si on peut avoir des surprises (bonnes ou mauvaises) quand on ne connaît pas un auteur et son style, si le sujet vous parle c’est déjà pas mal.

Depuis quelque temps d’ailleurs je prends les petits cahiers de sélection des librairies. Je lis les avis des libraires et je fais parfois une première sélection en fonction (ça m’occupe un peu à la façon des listes de noël). Généralement, dans ces avis, différents libraires donnent une idée du sujet mais surtout de la façon dont celui-ci est traité. Ils disent surtout pourquoi ce livre leur a plu et avec un peu de chance, ça me parle.

Même si, ne nous leurrons pas, rien ne vaut le flanage physique dans les rayons. Et rien ne vaut non plus un bon libraire qui vous connaît et qui saura vous conseiller en vous indiquant tel ou tel livre qui, pense-t-il, devrait vous plaire. C’est donc là qu’intervient le choix spontané, celui qu’on fait sur place, quand un livre s’impose un peu par hasard, en tout cas sans qu’on l’ait prévu. Pour moi, dernièrement, ça a été un essai de Maurice Daumas, Qu’est-ce que la misogynie? et un autre d’Antoine Compagnon, Les chiffonniers de Paris. 

Ce qui nous amène à parler de la dialectique librairie-Amazon.
Je suis cliente d’Amazon et j’ai tendance à penser que nier le e-commerce c’est renier notre temps, refuser d’évoluer avec la société. Amazon a été pour moi une vraie révolution quand j’étais en fac de Lettres parce que je pouvais avoir un livre obscur (et indisponible en librairie) le lendemain de ma commande. Et j’avais souvent besoin d’avoir accès rapidement à un texte. Je travaillais sur mes propres livres de poche, je n’empruntais pas en bibliothèque car j’avais besoin de pouvoir annoter (au crayon papier, ne hurlez pas). Ensuite, il y a le fait que je pouvais trouver, sur Amazon, des livres épuisés ou des thèses pointues que je ne trouvais plus nulle part ailleurs (parfois même plus chez l’éditeur, ni en bibliothèque).
Mais pour être honnête, depuis que j’ai fini mes études, je n’achète plus de livres sur Amazon. Mon usage du site marchand se résume à l’achat de DVD en import (« The Affair season 3″ que j’ai essayé de regarder en streaming mais je n’ai pas la patience pour attendre 3 secondes que la pub s’en aille etc.) et des jouets que le magasin de jouets n’a pas et qui mettraient trop de temps à arriver si je les commandais auprès du magasin. Je préfère donc acheter mes livres en librairie, surtout parce que je trouve parfois des titres étonnants et dont je ne soupçonnais pas l’existence avant de passer le pas de la boutique.
Mais, encore une fois, j’habite à Paris, c’est facile pour moi de vanter les commerces de proximité avec trois librairies différentes dans un rayon de 5 minutes à pieds, au moins 3 cavistes (poke Nora Hamzawi), 2 magasins de jouets…
Quand je me retrouve chez mes grands-parents, sur leur île de Bretagne, je suis bien contente qu’Amazon existe. Parce que le seul endroit où vous pouvez acheter des livres, c’est la maison de la presse (et le choix est, comment dire, exotique). La librairie de l’île a fermé il y a plusieurs années et personne ne l’a reprise. Je ne pense pas que ç’ait été une affaire très rentable en hiver…
Ma théorie, c’est que les gens qui avaient l’habitude d’aller en librairie et qui aiment ça continueront de le faire. Amazon c’est pratique mais ça n’est pas vraiment source de plaisir et puis il faut vraiment savoir ce que vous allez y chercher (les conseils à partir de vos achats précédents sont généralement assez nazes).

Enfin, je terminerais avec le dernier type de livres que je lis : ceux qui me sont offerts. Là, c’est plus hétérogène… Certaines personnes me connaissent bien et me font donc toujours plaisir (cf. Le fight club féministe, de Jessica Bennett offert par un collègue qui s’avère être aussi le papa de ma super copine) et puis il y a les gens qu’on ne connaît pas très bien et qui se risquent à vous offrir un livre. Et là, ça fait généralement assez mal. Pourtant ces gens-là se disent sans doute : « oh après tout, tu sais quoi, on va lui offrir un livre, on prend pas de risque! » ERREUR! Offrir un livre c’est prendre un risque, le risque suprême! (ok j’exagère un peu) Parce que le livre que ces gens-là vous offrent, il reflète l’image que ces gens-là ont de vous justement (et comment vous dire, ce n’est jamais très juste ni très flatteur).
Mais en vrai, plus personne ne m’offre de livres à part mon mec, le papa de ma copine et les gens à qui je donne des conseils en amont. Tous les autres ont d’ailleurs arrêté de me faire des cadeaux tout court, je me demande bien pourquoi…