Les livres de l’été #3 / « Pleasantville » thriller politique texan, noir de chez noir

Je continue à compiler les bonnes lectures que je fais depuis le début officiel de l’été, au cas où cela vous aiderait à choisir parmi les centaines de livres qui s’étalent en librairie ou en ligne.

Ça faisait un bout de temps que les livres s’entassaient dans mon salon, il me faut donc faire des choix au fil de mes valises… L’entreprise n’est jamais simple (on est tous d’accord, les valises sont toujours trop petites et les journées d’été beaucoup trop courtes), mais bizarrement les livres s’imposent toujours d’eux-mêmes. Il y a ceux que l’on avait mis de côté en hésitant, de peur de rater quelque chose, et il y a ceux que l’on avait choisis tout de suite à cause de leur couverture, de leur 4e ou de ce qu’on avait pu lire ou entendre à leur sujet. Pleasantville, je l’avais mis de côté pour mon normand, en raison de son amour pour les fictions politiques. Mais finalement, c’est moi qui l’ai lu et moi qui l’ai adoré ! Du coup, je vous le conseille et je vous raconte un peu de quoi il est question.

 

Pleasantville est une petite ville du Texas. Une ville un peu particulière parce qu’elle représente un bastion d’électeurs noirs, de ceux qui sont capables de faire basculer une élection à grande échelle.
Et en cette année 1996, c’est Axel Hathorne (ancien chef de la police) qui se présente pour obtenir un premier mandat de maire qui fera de lui, par la même occasion, le premier maire noir de la ville depuis sa fondation (260 ans plus tôt). L’enjeu est de taille. Face à lui et au coude-à-coude, Sandy Wolcott, district attorney flanquée de la plus redoutable cheffe de campagne, Reese Parker.

Jay Porter est avocat. Mais depuis un an il n’est plus que l’ombre de lui-même. Depuis le décès de sa femme qu’il n’a pas accompagnée dans sa maladie, à cause d’un procès sans fin qu’il intente au nom de Pleasantville à une grosse firme qui a empoisonné les sols de la région en déversant ses déchets toxiques dans un lac, il est complètement à la traîne. Les habitants sont tombés malades, leurs maisons ont été ruinées et ils attendent depuis une éternité que la firme paie ce à quoi elle a été condamnée : des dizaines de millions de dollars qui, partagées entre les centaines d’habitants leur permettra au moins de déménager.
Depuis un an donc, Jay Porter n’a qu’une peur : devoir retourner au tribunal, devoir plaider… devoir faire son travail à nouveau. Tout ce qu’il veut à présent, c’est veiller sur ses deux enfants, Ellie et Ben, et faire son deuil avec eux. Seulement les habitants s’impatientent, comme de juste. La colère gronde et Jay se terre.

C’est dans ce climat orageux que la jeune Alicia Nowell disparaît à un carrefour, un soir d’élection. Le soir du premier tour. Puis son corps est retrouvé et son nom rejoint ceux des deux autres jeunes filles disparues il y a peu à Pleasantville et dont on n’a jamais retrouvé l’assassin.

Neal Hathorne, neveu et conseiller politique d’Axel est rapidement désigné comme le suspect numéro un : son numéro figure dans la liste des dernières personne à avoir contacté le bipper d’Alicia. Mais Neal l’assure, il ne sait pas qui est cette jeune fille, il ne se souvient pas lui avoir parlé et encore moins l’avoir rencontrée. Et, chose étrange, personne ne semble vouloir faire le lien entre le meurtre d’Alicia et celui des deux autres filles…
Par un étrange concours de circonstances et sans savoir vraiment ce dans quoi il s’embarque, Jay va prendre la défense de Neal et devoir prouver au monde, mais surtout à Pleasantville, que le jeune homme est innocent.

Mais cette affaire prend rapidement un tour politique et Jay se retrouve pris entre une multitude de feux qui vont mettre toute sa famille en danger. Alors qu’il devait défendre un client, il va devoir prouver à toute une population qu’elle se fait manipuler par les politiques qui la gouverne (et qu’elle élit) et surtout, il va devoir mettre la main sur un tueur qui rôde et qui menace chaque jour de repasser à l’acte.

Pleasantville, de Attica Locke, éd. Gallimard, Série Noire (2017)
513 pages, 22 €

Les livres de l’été #2 / Agatha Raisin vs. le reste de l’univers littéraire

Je l’ai avoué. Ces derniers temps, j’ai été complètement happée par Agatha Raisin. Et je n’en ai pas honte.

(Ne vous fiez pas à l’image : Agatha est brune)

Pourtant, on ne peut pas dire que je fasse partie des lecteurs adeptes de ce que les blogueuses appellent « livres-doudous » ou « feel good ». Je n’aime plus vraiment ça depuis que j’ai passé le cap de l’adolescence (et surtout depuis que j’ai lâché Gossip Girl – je devais avoir quinze ans, c’était à Deauville pendant les vacances de la Toussaint chez une copine) et j’ai une fâcheuse tendance à mépriser gentiment le public de ce genre de littérature (ce qui est absurde, ils sont des millions – mea culpa).

En fait, histoire de me dédouaner, je pense que ça résulte d’une certaine conception de la littérature (d’une véritable perversion induite par les études littéraires) : pour moi, la littérature n’était pas faite pour faire du bien dans l’instant. Elle servait à faire réfléchir, à faire vivre des situations-limites, ce genre de trucs sérieux et très souvent déprimants (bonjour Steve Tesich – j’ai adoré Karoo et Price mais on ne peut pas vraiment dire que leur lecture m’ait rendue heureuse). Si elle me faisait du bien dans l’instant, c’était presque par accident. Et puis j’ai lu Agatha Raisin.

Les dix tomes de la série étaient posés depuis un mois ou deux sur la table basse du salon et c’est vrai que les couvertures m’amusaient à chaque fois que mon regard tombait sur elles (ah, le vernis sélectif). Je voulais commencer, j’avais envie de m’y mettre mais j’avais toujours autre chose à lire et puis DIX TOMES (il n’y en avait que dix quand la série s’est retrouvée sur ladite table basse) !

Bref. Un jour, en mars si mes souvenirs sont bons, je ne savais plus quoi lire et je me suis décidée. J’ai attaqué Agatha Raisin et la quiche fatale. J’avais absolument zéro attente : je ne savais pas ce que je lisais (je savais juste que l’auteure – M.C. Beaton – était une dame rigolote et que ça se passait en Angleterre) et mon humeur était, genre, neutre.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, j’ai absolument adoré.

L’histoire est simple : Agatha est une quinqua londonienne qui vient de revendre sa boîte de comm’. Avec le fruit de la vente (et donc de son travail), elle s’est acheté un cottage à Carsely dans les Costwolds, charmante région du Sud-ouest de l’Angleterre, à l’opposé de la banlieue urbaine et misérable dans laquelle elle a grandi. Agatha s’installe, essaie de prendre ses marques mais c’est un peu compliqué, surtout avec son sale caractère. Là où elle a élu résidence, le tricot, la couture, la composition florale et la cuisine sont élevés au rang de religions. Or Agatha ne sait rien faire de ses dix doigts (à part se coiffer pour rendre ses cheveux brillants) et manque franchement de volonté. Donc quand elle apprend qu’une compétition de quiches se tiendra au village, elle décide de s’y mettre pour qu’on l’aime. Mais elle finit évidemment par aller acheter sa quiche à Londres, chez son traiteur préféré. Sauf que, pas de chance, le juge suprême du concours est empoisonné… par cette même quiche. Agatha se retrouve donc accusée de meurtre alors qu’elle vient juste d’arriver. Il va falloir qu’elle se défende tout en gardant son honneur (pas facile d’avouer qu’on est une vilaine tricheuse à des gens qu’on ne connaît pas et avec qui on aimerait bien faire ami-ami).
Ce premier tome plante le décor, l’ambiance et la plupart des personnages que l’on retrouvera dans les livres qui suivent : Bill Wong, le jeune policier du coin dont les parents font fuir toutes les petites amies ; James Lacey, le voisin qui fait craquer Agatha mais qui fuit au moindre signe d’intérêt de la gent féminine ; Mrs Bloxby, la femme du pasteur qui n’est que bonté alors que son mari n’est que rudesse.

Toute la série (enfin les douze tomes que j’ai lus) est dans la même veine, avec des hauts et des bas, de nouveaux personnages, d’autres qui disparaissent… Et toujours un nouveau meurtre à résoudre pour Agatha, détective en herbe.

Mon préféré est probablement Sale temps pour les sorcières (le tome 9) et celui que j’ai le moins aimé : L’enfer de l’amour (le tome 11).

Voilà, ça explique en partie que je n’aie rien écrit depuis un bout de temps. Enfin en partie seulement 🙂

Bonne soirée à tou(te)s !

PS : Si vous avez lu plusieurs tomes de la série, lequel avez-vous préféré ?

PPS : si certains lecteurs masculins passent par ici et ont lu Agatha Raisin j’aimerais bien savoir ce qu’ils en pensent !

Les livres de l’été #1 / « #HELP », le polar (absolument dément) des mamans

Je reviens d’une période de sommeil absolu : trop de travail, pas vraiment envie d’écrire sur les livres que je lisais… Mais je viens de vivre un tel moment avec #HELP de Sinéad Crowley (paru aux éd. du Masque en juin) que l’occasion était trop belle pour que je la laisse passer !

« Le polar absolument dément des mamans » n’est pas, mais alors pas du tout, exagéré. Ça faisait très longtemps que je n’avais plus lu de polar ou de thrillers. J’ai été complètement happée les mois derniers par la série Agatha Raisin dont j’ai dévoré les 12 tomes et qui a fini par bercer mon quotidien. Ça ne m’était jamais arrivé, j’étais complètement droguée. Mais j’écrirai quelque chose là-dessus pour m’expliquer parce que dit comme ça, j’ai juste l’air d’une cruche.

Donc j’avais choisi #HELP à cause de sa 4e de couv’ dont j’ai finalement effacé la transcription (trop longue) même si c’est elle qui m’a donné envie d’ouvrir ce livre. Et je pensais le lire en vacances, il était en pole position pour intégrer ma valise… J’espère qu’il trouvera une place dans la vôtre, vous ne le regretterez pas !

Miriam, aka Petit_Mouton, élève seule sa fille, Realtin. Un soir, elle décide de se rendre à un rendez-vous dont elle fait un mystère à ses parents qui jouent les baby-sitters. On ne sait pas qui elle est censée retrouver. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle finit par se faire tuer, après avoir été droguée par un homme qu’elle a suivi de plein gré. Son corps est retrouvé dans un appartement miteux (on est en pleine crise de l’immobilier en Irlande) par la détective Claire Boyle, future maman plutôt mitigée quant aux bonheurs de la grossesse.
Yvonne Mulhern fréquente elle aussi NetMaman.com sous le pseudo de Maman_From_London. Comme son avatar l’indique, elle a quitté l’Angleterre pour suivre son mari, Gerry, en Irlande, où son ami de jeunesse, Eamonn Teevan, est devenu une star de la télé. Gerry est devenu producteur du show de son copain et brille par son absence. Yvonne est débordée et ne trouve de réconfort que sur ce forum dédié aux mamans.
NetMaman.com est devenu une bulle de sociabilité et de bienveillance pour les femmes qui le fréquentent. Sans avoir à sortir de chez elles ou s’habiller (choses qu’elles n’ont plus ni le temps ni la force de faire – et on sait de quoi elles parlent…) elles se trouvent dans les mêmes conditions que si elles retrouvaient leurs copines au pub ou je ne sais où pour parler de la pluie et du beau temps, c’est-à-dire couches, biberons, allaitement, maris absents, fatigue et envies de meurtre. Je sais, ça donne envie.
Yvonne alerte la police quand elle remarque l’absence de Petit_Mouton sur le forum (elles étaient devenues plutôt proches) et qu’elle fait le rapprochement avec cette Miriam qu’on a retrouvée morte. Claire Boyle prend le message au sérieux mais Yvonne rappelle peu de temps après son premier coup de téléphone pour se rétracter : Petit_Mouton est réapparu, comme par magie, sur NetMaman.com. Elle s’était trompée. (Ou pas.) Et Claire oublie l’info.
À partir de là, le récit se construit petit à petit, on apprend à connaître ces mamans et leurs soucis du quotidien à travers leurs avatars internétiques, et quand on est maman soi-même on ne peut que se retrouver dans leurs fragilités, dans l’amour toujours coupable qu’elles portent à leurs enfants et dans cette responsabilité qui est la plus grande qui puisse exister au monde (un petit être humain que l’on doit tout faire pour maintenir en vie et le plus heureux possible).
Une fois le récit lancé, je n’ai pas pu décrocher. J’ai été entraînée, sans aucun frein, dans cette course que constitue la résolution de cette énigme. Et la fin n’est en rien décevante, bien au contraire.

Au risque d’avoir l’air sexiste, je ne suis néanmoins pas tout à fait sûre que ce polar plaise (et parle) autant aux hommes qu’aux femmes… Mais peut-être me donnerez-vous tort 🙂

Bonne soirée à tou(te)s (et faites attention aux trucs personnels que vous laissez traîner sur Internet !)