Review #14 / « Psychiko » de Paul Nirvanas

Quand je suis tombée sur Psychiko en novembre dernier, j’ai été attirée par sa couverture. La photo en noir et blanc, cet homme si élégant fumant le cigare au bord d’un monument surplombant une ville. Le graphisme fait penser à Hitchcock. Et puis ce titre… Comme je ne suis pas du tout familière de la Grèce (je n’y suis jamais allée), je ne savais pas qu’il s’agissait simplement du nom d’un quartier bourgeois d’Athènes.

Je ne suis pas familière, non plus, de la production polardeuse de 10/18. Je suis habituellement plus encline à me laisser porter par les choix des éditions Points ou ceux des éditions du Masque. Pendant un temps, j’ai fait une confiance absolue à Sonatine, mais des déceptions successives ont un peu refroidi mes ardeurs.

Bref. Une fois qu’une couverture m’a séduite ou intriguée, je retourne le livre pour la deuxième phase de sélection : la 4e de couverture.

« Anti-héros et probable cas clinique, Nikos Molochanthis, jeune rentier désoeuvré, est prêt à tout pour obtenir son quart d’heure de célébrité. Il a donc la brillante idée de se faire passer pour l’assassin d’une femme retrouvée morte dans un quartier d’Athènes. Grâce à la presse fascinée par cette affaire, Nikos est enfin sous le feu des projecteurs, suffisamment près de la guillotine pour être une vedette. Le stratagème parfait… à ceci près qu’il risque de fonctionner au-delà de ses espérances. »

Je pense que c’est « probable cas clinique » qui m’a conquise.

Si vous avez déjà lu Psychiko, je ne vous surprendrai pas en vous disant que j’ai pensé à Kafka tout le long de ma lecture.
J’avais été marquée par Le Procès (le livre, pas le film, hein) que j’avais lu quand j’étais encore à la fac. Je ne connaissais pas Kafka, à l’époque, et c’est une amie à moi qui m’avait littéralement mis le livre dans les mains avec une injonction à le lire dans la nuit. Ce que j’avais fait.
J’ai lu Crime et châtiment la même année (un vrai cycle!) et, bizarrement, ce n’est qu’aujourd’hui, après avoir lu Psychiko, que je fais un lien entre les deux (enfin entre les trois, du coup). Je sais que, dit comme ça, ça fait crétin. Allez, vous allez sûrement vous dire : « Mais elle est débile ou quoi? Bien sûr que Le Procès et Crime et châtiment ont un lien! » (sauf si vous êtes comme moi et sauf si vous n’avez pas lu l’un des deux – ou les deux).
Enfin, tout ça pour dire que oui, j’ai enfin fait le lien. On est bien sûr plus proche du Procès (pour l’absurde) mais on est aussi du côté Dostoïevski pour la folie (bien que la folie se trouve aussi chez Kafka, mais c’est un autre débat).

Psychiko est un roman court (188 pages en comptant la superbe postface du formidable traducteur Lois Marcou – que je ne connais pas) qui se lit vite et vraiment bien. Il est, à tous niveaux, extrêmement rafraichissant.
C’est bizarre de dire d’un polar qu’il est « rafraichissant »… et pourtant, c’est exactement ce que je ressens.
Paru en 1928, ce polar n’est pas terrorisant, il n’est pas gore, il n’est pas dégoûtant (avouons-le, il y en a de plus en plus qu’on regrette d’avoir lu pour toutes les angoisses et aversions qu’ils nous causent). Il nous rappelle qu’un polar peut contenir tellement de messages sans être barbant (ici une satire de la société grecque de l’époque, du rôle de la presse, des sociétés féminines… ça foisonne) et qu’un polar peut nous faire réfléchir. On se pose des questions, et pas juste : « Qui est le meurtrier?! ». Parce que ce n’est pas vraiment la question, en fait. La question ce serait plutôt : Que va-t-il arriver à ce pauvre garçon qui s’est mis en tête de se faire passer pour le coupable d’un meurtre dont il ne connaît rien?

Si vous aimez Maigret, Sherlock Holmes et leurs amis (mais peut-être aussi Kafka, Dostoïevski et Nietzsche), lisez Psychiko, vous ne serez pas déçus!

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