Review #8 / « La Nature des choses » de Charlotte Wood

J’ai choisi La Nature des choses, roman de Charlotte Wood, d’abord parce que la librairie la plus proche de mon bureau l’avait classé dans ses coups de coeur. Et puis j’ai aussi trouvé la couverture très belle (c’est ce qui m’avait poussée à acheter les Steve Tesich publiés par Monsieur Toussaint Louverture à l’époque!). Enfin, j’aime beaucoup les éditions du Masque. En règle générale je trouve toujours mon compte chez JC Lattès depuis un an ou deux.

Le résumé
Dix très belles jeunes femmes se retrouvent prisonnières dans une sorte de baraquement au milieu d’un terrain cerclé de barbelés électrifiés sous la surveillance de deux hommes (Boncer et Teddy). Sans aucun souvenir, le premier jour, de ce qui leur est arrivé, Vera et Yolanda se rapprochent. Sans savoir ce qui les rapproche les unes des autres, ces captives vont devoir apprendre à survivre dans un environnement hostile où la nourriture finit par manquer et où les hommes ne savent faire preuve que de cruauté. Leurs belles chevelures rasées, leurs coûteuses tenues remisées au profit de vieilles tuniques de calicot, elles sont menées à la limite de l’humanité.
Pourquoi sont-elles là? Que va-t-il advenir d’elles?

Mon avis
Un roman très sombre, très dur (dans un univers qui fait référence à celui des camps de concentration) mais absolument captivant.
Tout le temps que dure la lecture, je n’ai eu de cesse de me demander ce qui allait arriver à ces femmes pour qui on n’a que compassion.
J’ai lu ce roman dans la tension, persuadée à chaque instant que la catastrophe était imminente, sans savoir exactement quelle forme elle prendrait. On est dans l’angoisse, plus que dans la peur.
Ce texte nous pousse enfin à réfléchir sur la perception que les sociétés dans lesquelles nous vivons se font du féminin, du statut de la femme au sein de ces mêmes sociétés. Il questionne le fait que la femme devrait toujours s’attendre à être punie par l’homme pour la convoitise qu’elle suscite. Mais on sort de la lecture fortifiée, confortée dans l’idée que les femmes ont la force, en elles, de résister et qu’elles ne sont pas tenues de subir la vie que les hommes choisissent pour elles. Un roman féministe, sans aucun doute !

La Nature des choses, Charlotte Wood
éd. du Masque, 280 pages
20, 90 euros

Comment je lis?

Alors voilà, quand j’ai écrit la dernière chronique « Comment choisir ses livres? », je me suis rendu compte qu’au-delà du désir qui pré-existait à l’achat d’un livre, il y avait aussi autre chose qui influençait ma lecture (et mon rythme de lecture).

Il y a, pour moi, deux types de livres : ceux que je lis d’un trait, en quelques heures, en un jour ou deux; et puis il y a les autres, ceux dont la lecture me prend plus de temps (parfois des mois). Qu’est-ce qui fait la différence?

Bien sûr, ma première réaction, c’est de me dire que ça dépend du livre. On aurait tendance à penser que les livres les plus courts sont ceux qu’on lit le plus rapidement mais ce n’est pas toujours vrai (même si ça l’est souvent).
Si j’ai lu Heather par-dessus toutd’une traite, en quelques heures, je n’ai toujours pas fini La Chambre des époux d’Eric Reinhardt (pas beaucoup plus long – mais il attend sur ma table de nuit depuis sa sortie en septembre). Alors que le premier m’a fascinée, j’ai plus de mal avec le second. C’est surtout une histoire de narration : il y a des rythmes dans l’écriture qui nous prennent plus que d’autres. Et puis il y a l’histoire en elle-même, la morale qui en émane ou non… Là, je lis La Nature des choses de Charlotte Wood, génial mais tellement dur (sombre, violent) que je ne me jette pas dessus dès que j’ai une seconde. J’ai mis 6 mois à lire Si c’est un homme quand j’étais au lycée, record jamais égalé de mon côté… Certains thèmes sont si lourds qu’on a vraisemblablement besoin de faire des pauses.

J’ai aussi deux façons de lire : une lecture passive et une lecture active.

La lecture passive concerne surtout les romans pas trop compliqués, ceux dont la lecture est simple parce que le style est simple, l’histoire structurée de façon claire voire évidente. Les thèmes sont généralement légers (ou en tout cas, ils me touchent moins). Ce sont les lectures qui me portent, celles qui demandent peu d’efforts de la part du lecteur. Par exemple, Summer de Monica Sabolo ou Romain Gary s’en va-t-en guerre de Laurent Seksik.

Définir la lecture active est moins compliqué, il s’agit de celle qui demande à ce qu’on s’investisse, qu’on réfléchisse en lisant. Ce sont les textes qui me font repousser mes limites et qui me demandent, de fait, plus d’énergie et plus de temps. Pour l’exemple, je citerais Qu’est-ce que la misogynie de Maurice Daumas que je lis par intermittence depuis presque deux semaines.

Je n’ai pas de rythme particulier, je peux passer des mois à ne lire que des romans et enchaîner deux ou trois essais à la suite (plus ou moins pointus). Mais ce qui est sûr, c’est que quand je suis triste ou un peu déprimée, je me réfugie toujours, c’est inévitable, dans un bon polar! Alors la prochaine fois, c’est décidé, je parlerai polars et romans noirs.

Review #7 / Pourquoi je n’ai pas aimé « La Disparition de Josef Mengele »

Je n’ai pas aimé La disparition de Josef Mengele et je me sens donc un peu seule quand je lis les avis des autres sur ce livre qui a reçu le prix Renaudot 2017.

Déjà, je ne comprends pas pourquoi on l’a estampillé « roman » alors qu’une bonne moitié du livre (au moins) relève davantage de l’essai, de la recherche historique (ce qui donne d’ailleurs un article Wikipédia de plus d’une centaine de pages). Et je n’aime pas qu’on me vende des vessies pour des lanternes (oui je sais, je dévoie l’expression « prendre des vessies pour des lanternes »). Ma théorie est que le texte n’étant pas à la hauteur de l’essai (pour lire un contre-exemple absolu, lisez Laetitia, ou la fin des hommesde Ivan Jablonka, un chef d’œuvre du genre), il a été décidé de le présenter comme un roman. Or le roman n’est pas un genre poubelle, on ne peut pas y fourrer systématiquement tous les textes qu’on n’arrive pas à classer (souvent en raison de leur médiocrité d’ailleurs).

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Mais si je devais être précise (et indulgente) je dirais que la fin du livre, en effet, relève plus ou moins de la fiction (d’une Histoire mise en fiction), puisque Olivier Guez (l’auteur) tente de se glisser dans la vie de Josef Mengele. Je précise « tente de » parce que je n’ai pas trouvé sa personnalisation cohérente. Je ne l’ai pas non plus trouvée efficace : à la différence des Bienveillantes de Jonathan Littell on n’a à aucun moment l’impression de comprendre l’homme que l’on nous fait suivre. On ne compatit pas, aucun problème n’est réellement soulevé. On a l’impression d’avoir à faire à différents hommes qui s’appelleraient tous Josef Mengele. J’en ai tiré l’impression que l’auteur avait pas mal de restes de recherches en stock et qu’il avait décidé d’en faire un livre pour qu’elles ne se perdent pas (comme on fait des tartes à base de fruits plus très frais).

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Donc tout ça pour dire que je n’ai pas aimé ce livre que j’ai trouvé de piètre qualité et que je ne comprends plus le jury du prix Renaudot (je ne comprends plus non plus celui du Goncourt remarquez… Peut-être devrais-je me poser des questions !).

En revanche je vous conseille de lire Laetitia et Les Bienveillantes !

Les livres que j’achète #1

Je passe assez régulièrement chez BookOff, un revendeur de livres, CDs, DVDs etc. d’occasion pas loin de chez nous. J’essaie de ne pas trop y aller pour ne pas trop accumuler de livres que je n’aurai pas le temps de lire mais aujourd’hui je cherchais quelque chose.

En janvier sort le nouveau Delphine de Vigan alors je voulais trouver ceux qu’elle a écrits et que je ne connais pas (tous ceux d’avant Rien ne s’oppose à la nuit). J’ai donc acheté le seul que j’ai trouvé en rayon : Les heures souterraines. Je n’en ai jamais entendu parler donc si vous avez des avis je suis preneuse!

Et puis j’ai trouvé un Amos Oz, un Catherine Cusset et un Zeruya Shalev, trois auteurs que j’adore et trois titres d’eux que je n’ai pas lus. (J’aime beaucoup la littérature israélienne, comme vous pouvez le remarquez – j’écrirai sans doute quelque chose là-dessus bientôt.)

Enfin, je n’ai jamais lu Tanguy Viel mais comme j’en entends le plus grand bien je me suis dit que ça valait le coup d’essayer.

Pour vous donner une idée, ces cinq livres m’ont coûté 5 euros en tout… vous comprenez que ce soit risqué de trop flâner chez BookOff!

Citation #1

J’ai décidé de vous proposer, une fois par semaine, une citation que j’aime et que je me serais bien fait tatouer si elles n’étaient pas toutes aussi longues!!

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On commence avec JJ Rouseau (prononcez Gigi) et cette citation qui avait été découverte en marge d’un manuscrit et que j’ai moi-même découverte en première année de fac de Lettres dans un cours sur la littérature du XVIIIe siècle – siècle dont j’ai fait ma « spécialité » (au sens universitaire du terme).

Comment choisir ses livres?

Samedi soir, une de mes (meilleures) copines m’a demandé comment je faisais pour choisir mes livres. Alors, face à mon verre de vin blanc, je me suis rendu compte que ce qui me semble tout à fait naturel depuis des années, non seulement ne l’était pas au début mais surtout que, finalement, ce processus de choix n’a rien de simple. On pourrait presque parler de « système de choix » (ça fait très chic en plus).

En fait, quand j’écris « système », ce que je veux dire c’est que « ça dépend ».
Il y a d’abord les livres que je repère en amont. Généralement ce sont les livres que j’ai le plus envie de lire et que je lis le plus vite. Comprendre : ce sont ceux qui passent le moins de temps sur la pile de livres en attente et ce sont aussi ceux qui, au départ, ont le moins de chance de finir leur vie sur les étagères de Gibert ou, pire, BookOff – mais un malheur peut arriver.

Exemple malheureux : il y a 7-8 ans, je regardais régulièrement l’émission « ça balance à Paris » sur Paris Première. A l’époque, c’était Pierre Lescure qui présentait et j’aimais bien. Toujours est-il que suite à deux émissions plus ou moins consécutives où les titres avaient été loués, j’ai acheté deux livres : Un très grand amour, de Franz-Olivier Giesbert et Le Système Victoria d’Eric Reinhardt. J’étais étudiante à l’époque et deux grands formats, ça vous fait dans les 40 euros, c’est quand même pas rien. Bref. Le premier m’est tombé des mains, je me souviens l’avoir trouvé déshonorant. Je n’avais jamais rien lu de FOG, je n’ai plus jamais rien lu de lui depuis et je pense m’en tenir là. En ce qui concerne le second, je vais être un peu plus longue. J’avais lu Le Système Victoria jusqu’au bout mais il m’avait posé un réel problème de morale. Je m’explique. En gros, Eric Reinhardt fait se rencontrer une DRH sans pitié et un directeur de travaux parti de rien. Tout le roman est construit comme ça sur un enfilage de clichés : le monde extérieur est réduit à un assemblage de clichés, le monde intérieur des personnages est cliché, leur psychologie est cliché, leur histoire… Bon, vous avez compris. J’ai revendu tout de suite le FOG et j’ai quand même gardé Le Système Victoria… Je ne sais même pas pourquoi (peut-être parce qu’il y a « système » et « Victoria » dans le titre?) . En vrai, sans doute parce que sa lecture m’a marquée. Pas dans le bon sens en effet… Mais le premier livre que vous avez détesté, ce premier livre dont vous êtes capable d’expliquer pourquoi il vous a posé problème marque, il me semble, un tournant important dans la constitution de votre esprit critique de lecteur – c’est à partir du moment où vous pouvez mettre au point une réflexion construite sur les motifs de votre colère à l’égard d’un titre et/ou d’un auteur que vous pouvez faire confiance à votre jugement parce que ça veut simplement dire que vous ne lisez plus de façon passive. Vous vous êtes forgé une personnalité de lecteur, un « profil ». Et une fois que vous savez ce que vous aimez et ce que vous n’aimez pas, il est tout d’un coup beaucoup plus facile de choisir!

NB: je dis du mal de ces deux romans mais d’autres lecteurs les auront aimés, certains diront même peut-être que le FOG est un chef d’oeuvre et que je me trompe en réduisant le Reinhardt à un cliché. Je pense qu’il est très difficile (à quelques exceptions près) de rendre un avis objectif et immuable (les avis sur la littérature évoluent avec le temps et l’Histoire, Dieu merci! Sinon nous n’aurions jamais pu lire La Philosophie dans le boudoir – smiley avec des lunettes d’intello) sur tel livre ou tel auteur. Je peux développer ma réflexion sur les clichés chez Reinhardt, aussi étayée soit-elle, elle trouvera toujours des contradicteurs… et c’est heureux! La littérature est faite pour vivre, pour être aimée, détestée, critiquée, encensée… Il vaut juste mieux éviter de la brûler ou de la censurer. C’est généralement mauvais signe quand on commence à se réchauffer les fesses avec des pages de Rousseau.

Donc, pour en revenir à notre sujet, les livres que je « repère » sont ceux dont j’ai entendu parler d’une façon ou d’une autre.
Je peux par exemple avoir lu quelque chose dessus qui m’a donné envie de les lire (Le Despote-consommateur de Yves-Paul Robert, « Réflexions sur un monde de communications »).
Et puis il y a les listes des prix de la rentrée qui donnent une indication sur les titres qui se distinguent, mais il ne faut pas trop s’y fier non plus (L’Art de perdre d’Alice Zeniter qui attend sagement depuis des mois sur sa pile).
Lire les « critiques » de livre (dans la presse, sur les blogs, sur des sites…) reste une bonne façon de vous faire une idée, pour savoir si un titre peut vous plaire ou non. Car si on peut avoir des surprises (bonnes ou mauvaises) quand on ne connaît pas un auteur et son style, si le sujet vous parle c’est déjà pas mal.

Depuis quelque temps d’ailleurs je prends les petits cahiers de sélection des librairies. Je lis les avis des libraires et je fais parfois une première sélection en fonction (ça m’occupe un peu à la façon des listes de noël). Généralement, dans ces avis, différents libraires donnent une idée du sujet mais surtout de la façon dont celui-ci est traité. Ils disent surtout pourquoi ce livre leur a plu et avec un peu de chance, ça me parle.

Même si, ne nous leurrons pas, rien ne vaut le flanage physique dans les rayons. Et rien ne vaut non plus un bon libraire qui vous connaît et qui saura vous conseiller en vous indiquant tel ou tel livre qui, pense-t-il, devrait vous plaire. C’est donc là qu’intervient le choix spontané, celui qu’on fait sur place, quand un livre s’impose un peu par hasard, en tout cas sans qu’on l’ait prévu. Pour moi, dernièrement, ça a été un essai de Maurice Daumas, Qu’est-ce que la misogynie? et un autre d’Antoine Compagnon, Les chiffonniers de Paris. 

Ce qui nous amène à parler de la dialectique librairie-Amazon.
Je suis cliente d’Amazon et j’ai tendance à penser que nier le e-commerce c’est renier notre temps, refuser d’évoluer avec la société. Amazon a été pour moi une vraie révolution quand j’étais en fac de Lettres parce que je pouvais avoir un livre obscur (et indisponible en librairie) le lendemain de ma commande. Et j’avais souvent besoin d’avoir accès rapidement à un texte. Je travaillais sur mes propres livres de poche, je n’empruntais pas en bibliothèque car j’avais besoin de pouvoir annoter (au crayon papier, ne hurlez pas). Ensuite, il y a le fait que je pouvais trouver, sur Amazon, des livres épuisés ou des thèses pointues que je ne trouvais plus nulle part ailleurs (parfois même plus chez l’éditeur, ni en bibliothèque).
Mais pour être honnête, depuis que j’ai fini mes études, je n’achète plus de livres sur Amazon. Mon usage du site marchand se résume à l’achat de DVD en import (« The Affair season 3″ que j’ai essayé de regarder en streaming mais je n’ai pas la patience pour attendre 3 secondes que la pub s’en aille etc.) et des jouets que le magasin de jouets n’a pas et qui mettraient trop de temps à arriver si je les commandais auprès du magasin. Je préfère donc acheter mes livres en librairie, surtout parce que je trouve parfois des titres étonnants et dont je ne soupçonnais pas l’existence avant de passer le pas de la boutique.
Mais, encore une fois, j’habite à Paris, c’est facile pour moi de vanter les commerces de proximité avec trois librairies différentes dans un rayon de 5 minutes à pieds, au moins 3 cavistes (poke Nora Hamzawi), 2 magasins de jouets…
Quand je me retrouve chez mes grands-parents, sur leur île de Bretagne, je suis bien contente qu’Amazon existe. Parce que le seul endroit où vous pouvez acheter des livres, c’est la maison de la presse (et le choix est, comment dire, exotique). La librairie de l’île a fermé il y a plusieurs années et personne ne l’a reprise. Je ne pense pas que ç’ait été une affaire très rentable en hiver…
Ma théorie, c’est que les gens qui avaient l’habitude d’aller en librairie et qui aiment ça continueront de le faire. Amazon c’est pratique mais ça n’est pas vraiment source de plaisir et puis il faut vraiment savoir ce que vous allez y chercher (les conseils à partir de vos achats précédents sont généralement assez nazes).

Enfin, je terminerais avec le dernier type de livres que je lis : ceux qui me sont offerts. Là, c’est plus hétérogène… Certaines personnes me connaissent bien et me font donc toujours plaisir (cf. Le fight club féministe, de Jessica Bennett offert par un collègue qui s’avère être aussi le papa de ma super copine) et puis il y a les gens qu’on ne connaît pas très bien et qui se risquent à vous offrir un livre. Et là, ça fait généralement assez mal. Pourtant ces gens-là se disent sans doute : « oh après tout, tu sais quoi, on va lui offrir un livre, on prend pas de risque! » ERREUR! Offrir un livre c’est prendre un risque, le risque suprême! (ok j’exagère un peu) Parce que le livre que ces gens-là vous offrent, il reflète l’image que ces gens-là ont de vous justement (et comment vous dire, ce n’est jamais très juste ni très flatteur).
Mais en vrai, plus personne ne m’offre de livres à part mon mec, le papa de ma copine et les gens à qui je donne des conseils en amont. Tous les autres ont d’ailleurs arrêté de me faire des cadeaux tout court, je me demande bien pourquoi…

Review #6 / « Heather, par-dessus tout » de Matthew Weiner

« Je me suis dit que tu allais aimer, c’est le créateur de Mad Men« .

C’est ce qu’on m’a dit quand on m’a présenté Heather par-dessus tout de Matthew Weiner. C’est vrai, j’aime beaucoup la série même si je n’en ai vu que les premières saisons. Mais ce qui est rigolo dans l’affaire, c’est que du coup j’ai regardé le livre comme quelque chose de très différent de ce qu’il est en réalité.

Ce phénomène a tout à voir avec « l’horizon d’attente », un concept sociologique appliqué à la littérature par un mouvement critique qu’on a appelé « l’Ecole de la réception » et qui explique, en gros, que quand on lit un livre, on arrive avec son bagage personnel. Ce qui veut dire que nous, lecteurs, influençons ce que nous lisons par notre subjectivité.
Exemple: on me présente le récit comme un roman donc je pars du principe que je vais lire de la fiction, quelque chose qui a été inventé par l’auteur (c’est un peu le problème pour des livres comme La Disparition de Josef Mengele, d’Olivier Guez, qui est estampillé roman alors que les trois quarts sont un compte-rendu de recherches).
Dans le cas présent, on me dit que l’auteur est le même que celui qui a créé Mad Men donc je me dis que je vais lire un récit qui se situe dans les années 60 avec des femmes dactylo et des hommes publicitaires qui les méprisent plus ou moins. Je m’attends à une intrigue qui touche le couple, la société et ainsi de suite.

Or Heather par-dessus tout est l’histoire d’un père dans le New York d’aujourd’hui. Un homme qui n’a rien à voir avec Don Draper, et qui veut à tout prix protéger sa fille. Mais je ne vais pas mentir, le couple passe bien à la casserole, il est « égratigné » comme l’indique très justement la 4e de couverture et il est le terreau même du drame.

Sans spoiler, je peux quand même résumer : Heather est la fille de Mark et Karen, un couple tardif qui a vécu sa naissance comme un miracle. Karen a cessé d’exister, elle ne vit plus que pour sa fille qu’elle ne lâche pas d’une semelle. Mark, quant à lui, est un homme plutôt médiocre mais qui, étonnamment, réussit dans la finance (il en est le premier étonné). Sans plaisir aucun, il voit sa femme s’éloigner de lui et éloigner de lui, du même coup, la petite Heather. La famille vit confortablement dans le New York des riches, même si le couple est perpétuellement au bord de l’implosion. Puis Heather grandit, sa mère ne peut plus la suivre à la trace. Et c’est là que Bobby entre en scène : petit génie élevé par une mère célibataire toxicomane, l’enfant devient vite un ado délinquant dont le fantasme suprême est le viol suivi de meurtre.
Les trajectoires de ces deux personnages aux antipodes se rencontrent quand Bobby trouve un job sur le chantier du ravalement de l’immeuble de Heather. Il se met à l’épier et ses fantasmes le submergent peu à peu. Mark, qui comprend le drame qui sourd, va tout faire pour l’empêcher, sans aucun secours d’une Karen complètement aveugle.

Si vous voulez savoir si le père réussira à sauver sa fille, achetez, empruntez ou faites-vous offrir le livre (un charmant petit format chez Gallimard). Moi j’ai adoré!

Heather par-dessus tout, roman de Matthew Weiner
Gallimard, 135 pages,
14,50 euros
Paru le 2 novembre 2017