Rentrée littéraire #1 / « Modèle vivant » de Joann Sfar

J’avais bien aimé Comment tu parles de ton père et j’avais encore plus aimé Vous connaissez peut-être qui racontait l’arnaque amoureuse dont l’auteur avait été la victime : une certaine Lili avec laquelle il avait noué une relation virtuelle et qui s’était révélée être une espèce de voyou faite femme : pas du tout top model, pas du tout israélienne mais plutôt maître-chanteur du dimanche derrière son PC dans je ne sais plus quelle région de France. Il y avait quelque chose de sociologique dans ce livre-là.
Le Complexe de Shéhérazade, dans un autre genre, avait été une lecture sympa bien qu’un peu anecdotique.
Or, en cette rentrée, Joann Sfar revient, bien qu’il ne soit jamais vraiment parti, avec Modèle vivant, un livre un peu désarçonnant par sa forme, à la croisée des chemins autobiographique et essayiste.

La question qui sous-tend le récit, comme le titre l’indique, est celle du modèle vivant. Joann Sfar raconte les modèles nus des Beaux-Arts, ces gens qui offrent leur corps pour quelques heures aux crayons des élèves. Il raconte ce modèle qui s’est levé, mettant fin à la séance de pose parce qu’un monsieur de l’assistance ne dessinait pas.
Il dit la nécessité de dessiner la vie dans son mouvement, dans son dynamisme. Et ce qu’il dit aussi,  c’est la complexité, aujourd’hui pour un auteur, ou pour un artiste au sens large, de dépeindre le monde tel qu’il est quand il a face à lui des modèles qui ne s’arrêtent plus à une simple appréciation personnelle. L’époque des « j’ai bien aimé » et « j’ai détesté » est révolue. Les courriers et les appels personnels ont été remplacés par les lettres d’avocat et les condamnations judiciaires.

Vous connaissez peut-être a ainsi occasionné une tentative de procès de la part d’une strip-teaseuse qui ne supportait plus, finalement, que les gens qui fréquentaient sa chaîne Youtube soient désignés comme des « clients » dans le roman de Sfar. Elle qui avait félicité l’auteur pour ce chapitre qui lui était consacré a finalement trouvé qu’on y parlait mal de son chien et que les remarques sur la vie sexuelle de ce dernier pourrait lui porter préjudice. Le procès n’aura pas lieu mais quand même. On comprend que ce genre d’anecdote fasse un peu l’effet d’une castration chimique à l’âme artiste.

On ne peut pas écrire avec pour modèle le code civil et une mauvaise conscience. Trop de relecteurs ne font jamais de bien à un texte ou à une oeuvre au sens large. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les maisons d’édition sont désormais dotées de services juridiques. C’est le travail de ces gens-là de décider ce qui peut être gênant ou non. Le travail du dessinateur c’est dessiner, le travail de l’auteur c’est écrire et le travail du modèle c’est être représenté.
Alors on peut se dire, ce que Sfar ne dit pas, que si la strip-teaseuse ne voulait pas que l’auteur raconte ce qu’elle lui disait, elle n’avait qu’à pas le dire. Après, y a-t-il du mal à raconter ce que l’on voit ? À relater une scène à laquelle on a assisté ? Oui, si les gens en question sont identifiables et si les faits peuvent leur porter préjudice. C’est le Droit qui dit cela.

La création doit participer à construire et documenter l’Histoire. Elle n’a pas le droit de diffamer. On a tous appris les grandes guerres à l’aide de textes, fictifs ou non. Je ne pense pas que Modèle vivant construise l’Histoire mais il la documente à sa façon. Sfar réfléchit, il donne son avis d’artiste et d’homme sur les mouvements féministes d’une façon assez juste. Il fait référence à la polémique sur la réédition des pamphlets antisémites de Céline assez intelligemment.

Mais ce qui étonne, c’est l’absence d’un mot qu’on ne cesse d’entendre dans son absence : censure. Et finalement, c’est peut-être là que se niche le coeur même de ce texte : sommes-nous entrés dans l’ère de la censure ? Le politiquement correct s’étend-il tellement qu’il devient impossible pour un artiste de créer, de façon figurative et identifiable, sans tomber sous le coup de la loi ? C’est une question qui mérite que l’on y réfléchisse, aussi bien dans notre façon de parler au quotidien que dans celle que nous avons de lire, d’aborder un texte, qu’il soit fictif ou non.

Modèle vivant, Joann Sfar
Albin Michel, parution le 30 août 2018
217 pages, 18 €

Les polars de l’été #5 / « Elles », le roadtrip identitaire

Tanya Dubois n’existe pas.
Et pourtant, c’est elle qui assiste à la chute mortelle de son mari dans l’escalier de leur maison. Face au corps gisant de Frank, Tanya décide de prendre la fuite. Elle pourrait appeler la police et expliquer l’accident mais elle choisit de ne rien faire : elle n’a pas envie d’affronter les questions et une enquête. Et, à dire vrai, on peut comprendre. C’est une question que l’on se pose parfois : « Qu’est-ce que je ferais si ».
Or Tanya voit dans la situation présente une occasion de fuir une vie misérable qui ne correspond en rien aux attentes qu’elle avait pour sa propre vie. Débute alors un roadtrip de fuyarde, pavé d’une succession de masques que prendra Tanya pour rester libre.

« Elles » est un roman américain, un peu particulier et qui m’a laissé une sensation un peu similaire à « La Ville des morts » de Sara Gran. On est loin du page-turner qui offre une satisfaction immédiate mais ne laisse pas de souvenir solide. Les 342 pages sont denses, fournies et méritent qu’on prenne le temps de les lire.
Il m’a fallu du temps pour en venir à bout, non pas à cause de l’écriture – qui est de grande qualité – mais à cause des mises en place successives qui s’imposent à l’auteure et donc au lecteur. Tanya change d’identité six fois, ce qui implique six univers différents – bien qu’ils ne le soient pas tant que cela – et de nouveaux personnages à découvrir et à intégrer tout au long du récit. Le fil, on ne le perd pas. Et le talent de Lisa Lutz, l’auteure, est particulièrement perceptible dans cette façon qu’elle a de garder le cap, de ne jamais se dédire et de ne pas user de gratuité. Rien n’est superflu, tout, dans ce roman, converge vers la révélation finale.

« Elles », Lisa Lutz
Éditions du Masque, 2018
342 pages, 20,90 €

J’ai eu trente ans avec Maupassant

Il y a quelques jours maintenant, j’ai eu trente ans. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais ça m’a fait quelque chose. Quitter la vingtaine, cette belle décennie pendant laquelle j’ai rencontré un garçon, eu deux enfants, fini mes études et trouvé un travail. J’ai perdu une grand-mère, adopté un chat, retrouvé ma frange, appris à aimer vraiment tout ce qui n’est pas Paris… Cette décennie a été belle, riche et enthousiasmante. J’ai eu quelques gros chagrins, mais de si grandes joies surtout !

Alors j’ai un peu peur de la trentaine, je me demande ce qu’elle me réserve et j’ai peur parce que je sais que les grands-parents qu’il me reste disparaîtront dans les années qui viennent. Je sais que je vais vieillir, alors que jusqu’à présent je ne pouvais que grandir. J’ai un peu peur aussi parce qu’être jeune faisait partie de ce que j’étais. Les gens que je rencontrais étaient toujours très impressionnée que je n’aie pas trente ans et que j’ai deux enfants. Au travail, on s’étonnait toujours quand je disais que j’avais vingt-huit ou vingt-neuf ans. Je suis la plus jeune de l’équipe. Je sais que maintenant il y en aura d’autres, plus jeunes que moi, qui arriveront et qui prendront cette place que j’ai tant aimée, celle de l’enfant du groupe.

J’ai trente ans avant mes amies qui ont presque toutes un an ou deux de moins que moi. J’ai eu des enfants avant elles. Alors le soir de mon anniversaire j’ai dit à trois de mes meilleures amies qui étaient avec moi : « Plus d’enfant pour moi dans la trentaine. Mais il me reste les vôtres à m’occuper ! ». Je le pense, je sais comme ça va être formidable de les aider quand elles seront mamans, débordées et fatiguées comme je le suis parfois. À moi, ça m’a manqué de ne pas pouvoir partager cela avec elles. Elles faisaient de beaux voyages, profitaient de leur liberté quand moi je changeais les couches et essayais de perdre ces fichus kilos de grossesse. Maintenant je sais, alors j’espère pouvoir les aider quand ce sera leur tour. Et quelle joie ce sera, de m’occuper de ces mini-elles !

Bref. J’ai eu trente ans et nous sommes allés dans la maison de mon père pour fêter ça. Il s’est acheté un vieux presbytère à Illiers-Combray avec l’héritage que lui a laissé ma grand-mère. La maison était une ruine il y a un an. Aujourd’hui c’est un peu mieux que cela mais ce n’est toujours pas vraiment habitable. Il a quand même réussi à meubler un peu quelques pièces, et il a surtout rapatrié une grande partie de sa collection de livres anciens. Il est libraire. Les livres anciens sont son métier. Il ne fait pas dans le neuf.
Je n’avais pas emporté de livre avec moi (je suis toujours dans « Elles » de Lisa Lutz) et quand il s’occupait des enfants, je suis allée m’allonger dans la petite bibliothèque. J’ai parcouru les rayonnages et je suis tombée sur deux reliures dix-neuvième de Maupassant. Je sais que ce ne sont pas des pièces phares de sa collection. Il préfère les livres plus anciens, plus côtés. Alors j’ai pris « Monsieur Parent », que je ne connaissais pas, pour le feuilleter.

La première nouvelle s’appelle « Monsieur Parent ». Il y est question d’un homme (nommé Monsieur Parent), marié à une femme qui le traite de la plus odieuse des façons et dont la seule consolation est son meilleur ami et son fils, Georges. Un soir, alors qu’il rentre à six heures et demie pour dîner avec sa femme, encore une fois en retard, sa bonne craque et lui dévoile ce dont tout le monde se gausse depuis des mois, des années même peut-être. Sa femme et son meilleur ami s’aiment depuis avant leur mariage, elle ne l’a épousé que pour son argent et il paraîtrait même que son fils n’est pas de lui mais du meilleur ami. Monsieur Parent n’y croit pas. Puis il surprend le couple adultérin, les chasse de chez lui et sa femme, dans un dernier mouvement vengeur, emmène le petit Georges. Pendant des années Monsieur Parent dépérit. Ce n’est pas d’avoir perdu sa femme qui le désespère mais d’avoir perdu son fils adoré. Et ce n’est que quinze ans plus tard qu’il obtiendra sa vengeance, sans obtenir de réponse à ses interrogations : on ne saura pas si cet homme qu’est devenu Georges était son fils.

Les autres nouvelles qui peuplent le recueil sont presque toutes aussi fortes. J’ai particulièrement aimé « À vendre », l’histoire d’un homme qui tombe sur une maison en Bretagne et tombe amoureux, d’après photo, de la femme qui a abandonné le propriétaire.

Il y a encore « Le Baptême », histoire tragique des ravages de l’alcool dans une famille de misérables. « La bête à Mait’ Belhomme » qui raconte la petite bête qui s’était logée dans l’oreille d’un homme… Toutes ces petites histoires sont des délices. Et chacune d’entre elles a un peu apaisé ma tristesse à l’idée de ne plus jamais être une jeune fille de vingt ans.

Les polars de l’été #4 / Un tiède « Rendez-vous avec le crime » par Julia Chapman

La couverture et le titre (je dirais même le nom de l’auteur) laissent penser que Rendez-vous avec le crime sera un roman policier « joyeux », du genre de ceux qui mettent en scène un détective en jupe de tweed qui n’a a priori rien à voir avec le détective de film noir. On s’attend à de beaux paysages anglais de bord de mer, à des balades en campagne, à des intrigues légères de village, à des histoires de coeur rigolotes, à des mesquineries du quotidien, tout cela raconté sur un ton léger et avec humour. C’est un peu pour ça qu’on lit ce livre, me semble-t-il. Or il semble y avoir une erreur de promesse dans Rendez-vous avec le crime. Une erreur de packaging, une erreur dans l’image de ce texte, dans tout ce qui vient autour et peut-être, aussi, dans une partie de ce qu’il y a dedans.

On ne trouve pas exactement ce que l’on attend dans Rendez-vous avec le crime. En tout cas j’en suis, moi, ressortie plus perturbée qu’autre chose.

Tout au long de ma lecture (qui a duré presque une semaine – ce qui n’est pas vraiment bon signe pour ce genre de livre), j’ai eu une impression mitigée. La sensation de ne pas vraiment savoir ce que je lisais.
Le temps de lecture en lui-même est un assez bon indice de l’intérêt que je porte à un livre. Les thrillers et polars sont censés nous ferrer. Quand l’histoire est bonne on n’est pas censé lâcher le livre – comme en témoignent mes lectures de Pleasantville et #help – et je sais que quand je n’accroche pas à un roman de ce genre, c’est qu’il y a un problème – parce que je suis vraiment une bonne victime des intrigues.
On n’est pas censé penser à ce qu’on va lire après, on doit être totalement immergé dans l’histoire et l’atmosphère (je me souviens d’ailleurs avoir été complètement angoissée pendant une semaine après avoir fini Une autre histoire de Sarah J. Naughton en mai). Bref, Rendez-vous avec le crime ne m’a pas prise en otage comme les derniers polars que j’ai lus et je pense que c’est dû à l’espèce d’hésitation qui le caractérise.

L’histoire ne semble pas assumer le côté casual crime story (un crime un peu grotesque commis dans une petite bourgade sympathique – d’Angleterre si possible -, un (couple de) détective(s) incongru(s), de l’humour, de l’amour, des animaux domestiques… Tous les codes sont là au niveau du récit. Et pourtant le récit en lui-même ne prend pas. Comme si l’auteure se pliait à un genre qu’elle sait porteur mais qui n’est pas le sien. On a l’impression d’un exercice de pastiche, ce qui crée immanquablement une distance entre le lecteur et l’histoire ou le récit.

Donc je ne conseille pas Rendez-vous avec le crime. Mais si vous l’avez lu, aimé ou non, j’aimerais avoir votre avis !

Le résumé, mais court.
Delilah Metcalfe n’a plus un sou. Elle a monté un site de rencontre pour les locaux de Bruncliffe et ses alentours mais cette entreprise a du mal à décoller. Quand le banquier lui met gentiment la pression, elle décide de louer le rez-de-chaussée de la petite maison dans laquelle elle a ses bureaux.
Mais quelle n’est pas sa surprise quand elle découvre que son nouveau locataire n’est autre que Samson O’Brien, le fils de celui que tout le monde a toujours appelé « sac-à-vin-O’Brien ». Samson, le revenant, a quitté Bruncliffe il y a presque quinze ans pour devenir un agent infiltré de la Met (Metropolitan Police Service – à Londres) et tout le monde lui en veut. Il a raté l’enterrement de son meilleur ami, Ryan, feu le frère de Delilah mort en Afghanistan. Ironie du sort, la seule qui l’accueille gentiment est Lucy Metcalfe, la veuve de Ryan. Et Calimero, le gros chien de Delilah.
Alors que tout le monde mène la vie dure à ce beau gosse qui conduit une moto rutilante, il se voit offrir sa première enquête de détective privé. Mme Hargreaves est persuadée que son fils Richard a été poussé sous le train qui lui a ôté la vie à la gare voisine. Sauf que tout le monde croit à la thèse du suicide.
Samson va rapidement se rendre compte que Richard n’est pas le seul à avoir perdu la vie dans des circonstances que l’on dirait évidemment accidentelles dans les derniers mois et dans le coin de Bruncliffe, pourtant si calme. Il accepte l’affaire, sans trop y croire au début, puis de plus en plus convaincu de tenir quelque chose.
Delilah quant à elle, ne pense qu’à sa soirée de speed dating du mois d’octobre. Contrariée par la réapparition de Samson à qui elle ne peut pardonner d’avoir abandonné Ryan, Lucy et Nathan (leur fils et le filleul de Samson), elle voit d’un mauvais oeil son installation dans sa maison. D’autant que son enquête va dangereusement entrer en conflit avec son entreprise quand elle va découvrir (quelques heures avant Samson) que les hommes qui meurent sont tous liés à son site de rencontres…

Rendez-vous avec le crime, Julia Chapman
La Bête noire, Robert Laffont
381 pages, 14,90€

 

Les polars de l’été #3 / « Pleasantville » thriller politique texan, noir de chez noir

Je continue à compiler les bonnes lectures que je fais depuis le début officiel de l’été, au cas où cela vous aiderait à choisir parmi les centaines de livres qui s’étalent en librairie ou en ligne.

Ça faisait un bout de temps que les livres s’entassaient dans mon salon, il me faut donc faire des choix au fil de mes valises… L’entreprise n’est jamais simple (on est tous d’accord, les valises sont toujours trop petites et les journées d’été beaucoup trop courtes), mais bizarrement les livres s’imposent toujours d’eux-mêmes. Il y a ceux que l’on avait mis de côté en hésitant, de peur de rater quelque chose, et il y a ceux que l’on avait choisis tout de suite à cause de leur couverture, de leur 4e ou de ce qu’on avait pu lire ou entendre à leur sujet. Pleasantville, je l’avais mis de côté pour mon normand, en raison de son amour pour les fictions politiques. Mais finalement, c’est moi qui l’ai lu et moi qui l’ai adoré ! Du coup, je vous le conseille et je vous raconte un peu de quoi il est question.

 

Pleasantville est une petite ville du Texas. Une ville un peu particulière parce qu’elle représente un bastion d’électeurs noirs, de ceux qui sont capables de faire basculer une élection à grande échelle.
Et en cette année 1996, c’est Axel Hathorne (ancien chef de la police) qui se présente pour obtenir un premier mandat de maire qui fera de lui, par la même occasion, le premier maire noir de la ville depuis sa fondation (260 ans plus tôt). L’enjeu est de taille. Face à lui et au coude-à-coude, Sandy Wolcott, district attorney flanquée de la plus redoutable cheffe de campagne, Reese Parker.

Jay Porter est avocat. Mais depuis un an il n’est plus que l’ombre de lui-même. Depuis le décès de sa femme qu’il n’a pas accompagnée dans sa maladie, à cause d’un procès sans fin qu’il intente au nom de Pleasantville à une grosse firme qui a empoisonné les sols de la région en déversant ses déchets toxiques dans un lac, il est complètement à la traîne. Les habitants sont tombés malades, leurs maisons ont été ruinées et ils attendent depuis une éternité que la firme paie ce à quoi elle a été condamnée : des dizaines de millions de dollars qui, partagées entre les centaines d’habitants leur permettra au moins de déménager.
Depuis un an donc, Jay Porter n’a qu’une peur : devoir retourner au tribunal, devoir plaider… devoir faire son travail à nouveau. Tout ce qu’il veut à présent, c’est veiller sur ses deux enfants, Ellie et Ben, et faire son deuil avec eux. Seulement les habitants s’impatientent, comme de juste. La colère gronde et Jay se terre.

C’est dans ce climat orageux que la jeune Alicia Nowell disparaît à un carrefour, un soir d’élection. Le soir du premier tour. Puis son corps est retrouvé et son nom rejoint ceux des deux autres jeunes filles disparues il y a peu à Pleasantville et dont on n’a jamais retrouvé l’assassin.

Neal Hathorne, neveu et conseiller politique d’Axel est rapidement désigné comme le suspect numéro un : son numéro figure dans la liste des dernières personne à avoir contacté le bipper d’Alicia. Mais Neal l’assure, il ne sait pas qui est cette jeune fille, il ne se souvient pas lui avoir parlé et encore moins l’avoir rencontrée. Et, chose étrange, personne ne semble vouloir faire le lien entre le meurtre d’Alicia et celui des deux autres filles…
Par un étrange concours de circonstances et sans savoir vraiment ce dans quoi il s’embarque, Jay va prendre la défense de Neal et devoir prouver au monde, mais surtout à Pleasantville, que le jeune homme est innocent.

Mais cette affaire prend rapidement un tour politique et Jay se retrouve pris entre une multitude de feux qui vont mettre toute sa famille en danger. Alors qu’il devait défendre un client, il va devoir prouver à toute une population qu’elle se fait manipuler par les politiques qui la gouverne (et qu’elle élit) et surtout, il va devoir mettre la main sur un tueur qui rôde et qui menace chaque jour de repasser à l’acte.

Pleasantville, de Attica Locke, éd. Gallimard, Série Noire (2017)
513 pages, 22 €

Les polars de l’été #2 / Agatha Raisin vs. le reste de l’univers littéraire

Je l’ai avoué. Ces derniers temps, j’ai été complètement happée par Agatha Raisin. Et je n’en ai pas honte.

(Ne vous fiez pas à l’image : Agatha est brune)

Pourtant, on ne peut pas dire que je fasse partie des lecteurs adeptes de ce que les blogueuses appellent « livres-doudous » ou « feel good ». Je n’aime plus vraiment ça depuis que j’ai passé le cap de l’adolescence (et surtout depuis que j’ai lâché Gossip Girl – je devais avoir quinze ans, c’était à Deauville pendant les vacances de la Toussaint chez une copine) et j’ai une fâcheuse tendance à mépriser gentiment le public de ce genre de littérature (ce qui est absurde, ils sont des millions – mea culpa).

En fait, histoire de me dédouaner, je pense que ça résulte d’une certaine conception de la littérature (d’une véritable perversion induite par les études littéraires) : pour moi, la littérature n’était pas faite pour faire du bien dans l’instant. Elle servait à faire réfléchir, à faire vivre des situations-limites, ce genre de trucs sérieux et très souvent déprimants (bonjour Steve Tesich – j’ai adoré Karoo et Price mais on ne peut pas vraiment dire que leur lecture m’ait rendue heureuse). Si elle me faisait du bien dans l’instant, c’était presque par accident. Et puis j’ai lu Agatha Raisin.

Les dix tomes de la série étaient posés depuis un mois ou deux sur la table basse du salon et c’est vrai que les couvertures m’amusaient à chaque fois que mon regard tombait sur elles (ah, le vernis sélectif). Je voulais commencer, j’avais envie de m’y mettre mais j’avais toujours autre chose à lire et puis DIX TOMES (il n’y en avait que dix quand la série s’est retrouvée sur ladite table basse) !

Bref. Un jour, en mars si mes souvenirs sont bons, je ne savais plus quoi lire et je me suis décidée. J’ai attaqué Agatha Raisin et la quiche fatale. J’avais absolument zéro attente : je ne savais pas ce que je lisais (je savais juste que l’auteure – M.C. Beaton – était une dame rigolote et que ça se passait en Angleterre) et mon humeur était, genre, neutre.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, j’ai absolument adoré.

L’histoire est simple : Agatha est une quinqua londonienne qui vient de revendre sa boîte de comm’. Avec le fruit de la vente (et donc de son travail), elle s’est acheté un cottage à Carsely dans les Costwolds, charmante région du Sud-ouest de l’Angleterre, à l’opposé de la banlieue urbaine et misérable dans laquelle elle a grandi. Agatha s’installe, essaie de prendre ses marques mais c’est un peu compliqué, surtout avec son sale caractère. Là où elle a élu résidence, le tricot, la couture, la composition florale et la cuisine sont élevés au rang de religions. Or Agatha ne sait rien faire de ses dix doigts (à part se coiffer pour rendre ses cheveux brillants) et manque franchement de volonté. Donc quand elle apprend qu’une compétition de quiches se tiendra au village, elle décide de s’y mettre pour qu’on l’aime. Mais elle finit évidemment par aller acheter sa quiche à Londres, chez son traiteur préféré. Sauf que, pas de chance, le juge suprême du concours est empoisonné… par cette même quiche. Agatha se retrouve donc accusée de meurtre alors qu’elle vient juste d’arriver. Il va falloir qu’elle se défende tout en gardant son honneur (pas facile d’avouer qu’on est une vilaine tricheuse à des gens qu’on ne connaît pas et avec qui on aimerait bien faire ami-ami).
Ce premier tome plante le décor, l’ambiance et la plupart des personnages que l’on retrouvera dans les livres qui suivent : Bill Wong, le jeune policier du coin dont les parents font fuir toutes les petites amies ; James Lacey, le voisin qui fait craquer Agatha mais qui fuit au moindre signe d’intérêt de la gent féminine ; Mrs Bloxby, la femme du pasteur qui n’est que bonté alors que son mari n’est que rudesse.

Toute la série (enfin les douze tomes que j’ai lus) est dans la même veine, avec des hauts et des bas, de nouveaux personnages, d’autres qui disparaissent… Et toujours un nouveau meurtre à résoudre pour Agatha, détective en herbe.

Mon préféré est probablement Sale temps pour les sorcières (le tome 9) et celui que j’ai le moins aimé : L’enfer de l’amour (le tome 11).

Voilà, ça explique en partie que je n’aie rien écrit depuis un bout de temps. Enfin en partie seulement 🙂

Bonne soirée à tou(te)s !

PS : Si vous avez lu plusieurs tomes de la série, lequel avez-vous préféré ?

PPS : si certains lecteurs masculins passent par ici et ont lu Agatha Raisin j’aimerais bien savoir ce qu’ils en pensent !

Les polars de l’été #1 / « #HELP », le polar (absolument dément) des mamans

Je reviens d’une période de sommeil absolu : trop de travail, pas vraiment envie d’écrire sur les livres que je lisais… Mais je viens de vivre un tel moment avec #HELP de Sinéad Crowley (paru aux éd. du Masque en juin) que l’occasion était trop belle pour que je la laisse passer !

« Le polar absolument dément des mamans » n’est pas, mais alors pas du tout, exagéré. Ça faisait très longtemps que je n’avais plus lu de polar ou de thrillers. J’ai été complètement happée les mois derniers par la série Agatha Raisin dont j’ai dévoré les 12 tomes et qui a fini par bercer mon quotidien. Ça ne m’était jamais arrivé, j’étais complètement droguée. Mais j’écrirai quelque chose là-dessus pour m’expliquer parce que dit comme ça, j’ai juste l’air d’une cruche.

Donc j’avais choisi #HELP à cause de sa 4e de couv’ dont j’ai finalement effacé la transcription (trop longue) même si c’est elle qui m’a donné envie d’ouvrir ce livre. Et je pensais le lire en vacances, il était en pole position pour intégrer ma valise… J’espère qu’il trouvera une place dans la vôtre, vous ne le regretterez pas !

Miriam, aka Petit_Mouton, élève seule sa fille, Realtin. Un soir, elle décide de se rendre à un rendez-vous dont elle fait un mystère à ses parents qui jouent les baby-sitters. On ne sait pas qui elle est censée retrouver. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle finit par se faire tuer, après avoir été droguée par un homme qu’elle a suivi de plein gré. Son corps est retrouvé dans un appartement miteux (on est en pleine crise de l’immobilier en Irlande) par la détective Claire Boyle, future maman plutôt mitigée quant aux bonheurs de la grossesse.
Yvonne Mulhern fréquente elle aussi NetMaman.com sous le pseudo de Maman_From_London. Comme son avatar l’indique, elle a quitté l’Angleterre pour suivre son mari, Gerry, en Irlande, où son ami de jeunesse, Eamonn Teevan, est devenu une star de la télé. Gerry est devenu producteur du show de son copain et brille par son absence. Yvonne est débordée et ne trouve de réconfort que sur ce forum dédié aux mamans.
NetMaman.com est devenu une bulle de sociabilité et de bienveillance pour les femmes qui le fréquentent. Sans avoir à sortir de chez elles ou s’habiller (choses qu’elles n’ont plus ni le temps ni la force de faire – et on sait de quoi elles parlent…) elles se trouvent dans les mêmes conditions que si elles retrouvaient leurs copines au pub ou je ne sais où pour parler de la pluie et du beau temps, c’est-à-dire couches, biberons, allaitement, maris absents, fatigue et envies de meurtre. Je sais, ça donne envie.
Yvonne alerte la police quand elle remarque l’absence de Petit_Mouton sur le forum (elles étaient devenues plutôt proches) et qu’elle fait le rapprochement avec cette Miriam qu’on a retrouvée morte. Claire Boyle prend le message au sérieux mais Yvonne rappelle peu de temps après son premier coup de téléphone pour se rétracter : Petit_Mouton est réapparu, comme par magie, sur NetMaman.com. Elle s’était trompée. (Ou pas.) Et Claire oublie l’info.
À partir de là, le récit se construit petit à petit, on apprend à connaître ces mamans et leurs soucis du quotidien à travers leurs avatars internétiques, et quand on est maman soi-même on ne peut que se retrouver dans leurs fragilités, dans l’amour toujours coupable qu’elles portent à leurs enfants et dans cette responsabilité qui est la plus grande qui puisse exister au monde (un petit être humain que l’on doit tout faire pour maintenir en vie et le plus heureux possible).
Une fois le récit lancé, je n’ai pas pu décrocher. J’ai été entraînée, sans aucun frein, dans cette course que constitue la résolution de cette énigme. Et la fin n’est en rien décevante, bien au contraire.

Au risque d’avoir l’air sexiste, je ne suis néanmoins pas tout à fait sûre que ce polar plaise (et parle) autant aux hommes qu’aux femmes… Mais peut-être me donnerez-vous tort 🙂

Bonne soirée à tou(te)s (et faites attention aux trucs personnels que vous laissez traîner sur Internet !)